Marc Villemain

mercredi 25 mai 2016

Icare au labyrinthe : le road trip de Lionel-Edouard Martin

  On sait, ici, tout le bien que je pense de Lionel-Edouard Martin, et l'admiration que j'ai pour son oeuvre - bien avant, donc, d'avoir le privilège d'en être l'un des éditeurs. Depuis une petite dizaine d'années (depuis, je crois, Deuil à Chailly), je n'ai de cesse de clamer ici ou là que cette oeuvre n'a rien à envier à celle de ceux que l'on reconnaît d'ordinaire comme nos plus grands prosateurs - quant à ce qui est de sa poésie, même s'il a pu m'arriver de la commenter, je laisse à des connaisseurs plus chevronnés le... [Lire la suite]

jeudi 12 mai 2016

Bernard Clesca - Sans adieu

  Mourir de ne pas mourir Vingt années pleines et entières sans publier un livre : vingt années que l’inconsolable de la perte seul est venu clore – par ce récit, donc, qui est peut-être l’exercice le plus difficile qui soit pour un homme : « dire à une mère défunte ce que l’on n’a pas su exprimer à temps. » Car il y a quelque chose de l’exorcisme dans cette parole qui reprend la plume  pour dire un amour qui semblera à certains dépasser toute mesure commune. Il faudrait d’ailleurs se demander... [Lire la suite]
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lundi 2 mai 2016

Nicolas Cavaillès - Les huit enfants Schumann

  “... ces petits animaux hantés qui n'évoluèrent que dans les jeux d'ombre et de clarté d'une forêt clairsemée, à la lisière du noir et du blanc, reproduisant malgré eux le chaos d'aspirations et de névroses que leur père avait magnifiquement échoué à ordonner, ces enfants ne s'appartenaient pas plus que les autres, marionnettes dénaturées de leurs géniteurs et du destin, poupées déguisées enfermées dans une maison close, ne jouant qu'avec les bibelots qu'on leur avait mis entre les mains, ne s'exprimant qu'avec les... [Lire la suite]
jeudi 14 avril 2016

Tout le monde en parle - Thierry Ardisson, 2003

  Je remets la main sur ce souvenir... Tout le monde en parle, animée par Thierry Ardisson, était l'émission en vue de l'époque (2003). J'avais moins de cheveux blancs - moins de joues, aussi... Premier livre, première télé, donc : c'était pour Monsieur Lévy, paru chez Plon. Des quarante-cing minutes sur plateau, il en reste 10. Que l'on peut donc, dorénavant, visionner ici.
vendredi 8 avril 2016

Claro - Cosmoz

Le verbe des commencements Autant accepter d’emblée l’échec d’une herméneutique traditionnelle pour un tel livre : il faut savoir modestie garder. Si la chose était même possible, cela nécessiterait un appareil critique et esthétique absolument incompatible avec le format ordinaire d’un journal ou d’un magazine – fût-il aussi libre que celui du Magazine des Livres. En écho à cette œuvre, donc, cette philologie impossible, maladroite, une philologie de fuite, de parcelle et d’esquive. Disant cela, je me protège très... [Lire la suite]
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lundi 4 avril 2016

5 questions d'Arnaud Stahl / Plumes d'auteurs

Très aimablement, Arnaud Stahl m'a proposé de faire connaître mon travail via le site dont il a la charge, Plumes d'auteurs.     Cinq questions, donc :     1. Comment avez-vous trouvé votre premier éditeur ?     2. Quel est, dans vos créations, le livre que vous préférez et pourquoi ?     3. Quel est votre plus beau souvenir en tant qu'écrivain ?     4. Que pensez-vous de l'édition numérique ?     5. Quels conseils donneriez-vous à de jeunes... [Lire la suite]
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mercredi 23 mars 2016

John Cheever - Le ver dans la pomme

Sublime ennui Le vers dans la pomme est de ces livres dont il serait aisé, et peut-être opportun, de dire le plus grand bien. Nous nous inscririons alors sans trop de risques dans les pas de John Updike, Saul Bellow, Raymond Carver, Vladimir Nabokov ou Philip Roth, pour ne citer que les plus illustres de tous ceux qui ont encensé John Cheever – et que la quatrième de couverture répertorie avec obligeance... De fait, nous chercherions en vain quelque défaut que ce soit à ce recueil, et de manière générale à cet auteur, mort... [Lire la suite]
mardi 15 mars 2016

Pierre Charras - Quelques ombres

  Ça cache quoi, une ombre ?  Sous ses airs un peu désinvoltes, le nouveau recueil de Pierre Charras se déguste aussi vite que son charme sensible distille ses effluves. Au départ un peu expectatif, voire chagriné que l’écriture, à force de concision, ne se mette pas davantage en danger, j’ai fini par m’apercevoir que j’avais bu ces huit textes comme du petit lait, et que leur doux clapot avait réussi à m’éloigner des embruns du monde. On pourrait d’abord se croire dans tel ou tel de ces petits fragments intimistes à la... [Lire la suite]
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dimanche 6 mars 2016

Pierre Lelièvre - D'un continent, l'autre

  Ancien élève de Roland Dyens et de Judicaël Perroy, auréolé de nombreux prix internationaux, enseignant au conservatoire Claude Debussy de Paris, Pierre Lelièvre est surtout connu, désormais, pour être l'un des membres du fameux Quatuor Eclisses, dont on sait l'audience qu'il rencontre de par le monde - leurs récentes tournées au Mexique, en Jordanie, aux Etats-Unis ou en Indonésie en témoignent. Très soutenu, à l'instar du quatuor, par le label Ad Vitam Records, Pierre Lelièvre signe donc là son premier album en solo,... [Lire la suite]
mardi 1 mars 2016

Antoni Casas Ros - Chroniques de la dernière révolution

La morale du chaos Si l'honneur d’un écrivain est aussi de savoir sortir des rails où il posa son écriture, alors, sans conteste, de cet honneur, Antoni Casas Ros est digne. Il n’est d’ailleurs pas un de ses livres où il ne manifeste le souci constant de se mettre en danger et de forer à la source de son texte : la prise de risque est consubstantielle, non seulement à son travail, mais probablement à l’idée même qu’il se fait d’une œuvre littéraire. Je n’ai donc guère été surpris que Chroniques de la dernière révolution témoigne,... [Lire la suite]
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vendredi 19 février 2016

Marie Simon - Ce que j'appelle jaune

  “Jouer le jeu, prendre de l'importance, atteindre la délivrance, la sienne, et la lui offrir. Elle, elle ne se doute de rien. Elle n'imagine pas d'où l'on revient, elle ne se souvient plus qu'elle ne voulait pas d'enfant, elle pense seulement à tout ce qu'elle voudrait ne pas me transmettre.” La première pensée qui m'est venue, à mesure que j’avançais dans la lecture de Ce que j’appelle jaune, le nouveau et second roman de Marie Simon, n’est pas une pensée à proprement parler littéraire : je me suis dit d’abord que c’était... [Lire la suite]
jeudi 4 février 2016

Vincent Duluc - Un printemps 76

  “La foule leur demandait d'être sales, avait en détestation les maillots immaculés des précieux, elle voulait voir la sueur et la peine, elle ne payait pas pour s'évader mais pour s'identifier, elle cherchait dans l'effort des autres la reconnaissance du sien, s'accrochait à ce miroir et envisageait une appartenance de l'ordre du travail et de la ville, un cousinage entre ceux qui extrayaient le charbon dans la nuit des entrailles de la terre, et ceux qui couraient sous la lumière.” Il ne va pas être aisé, rédigeant cet... [Lire la suite]
mercredi 27 janvier 2016

Antoni Casas Ros - Enigma

  Vila-Casas Il est naturel que l’on puisse redouter d’avoir à écrire sur tel ou tel livre, fait d’une telle matière, nourri à un tel foisonnement organique que notre espace critique apparaîtra d’emblée exigu, riquiqui, comme si l’on pressentait, lors même qu’on est en train de le lire, que nous allions manquer de pénétration, d’ampleur, d’air : au bonheur d’une lecture ne fait pas nécessairement écho la possibilité ou le moyen de s’en saisir. Accepter, donc, pour soi-même déjà, l’idée qu’un travail critique puisse demeurer... [Lire la suite]
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vendredi 22 janvier 2016

Antoni Casas Ros - Mort au romantisme

Sous les mots, la vague Il y a bien, oui, un mystère Casas Ros. Pas spécialement celui qui s’attise aux rumeurs liées à l’identité de l’auteur – dont nul ne connaît le visage –, mais celui de cet espace de liberté très singulier, peut-être extensible, que semble lui procurer l’écriture. Car que cette appropriation de la liberté apparaisse comme une sorte d’évidence pour n’importe quel écrivain un peu respectueux de son art est une chose, qu’elle soit investie avec autant de sensibilité, d’amplitude, d’intériorité, n’est pas aussi... [Lire la suite]
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lundi 18 janvier 2016

Rolf Dieter Brinkmann - Romes, regards

Les éclopés de l'Occident De la vie de Rolf Dieter Brinkmann, il n’y a pas grand-chose à dire. Né en 1940 dans une petite ville de Basse-Saxe, il se consacre très tôt à la littérature après avoir occupé quelques emplois secondaires. De lui nous ne connaissons qu’un roman, Keiner Weiß Mehr, paru en 1968 et traduit en 1971 chez Gallimard sous le titre La lumière assombrit les feuilles. Il mourra à l’âge de trente-cinq, à Londres, fauché par un véhicule qui arrivait sur sa gauche… – à l’anglaise. Destin propre à fabriquer un mythe,... [Lire la suite]
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samedi 16 janvier 2016

André Bonmort - L'âge de cendre

  Humains, trop inhumains Commençons par saluer la pugnacité et l’ambition de cette petite maison, Sulliver, qui poursuit depuis 1995 son travail d’analyse sociale et politique et s’obstine dans son attachement à une « langue insoumise ». Axée principalement sur les sciences humaines, la maison d’édition s’est récemment dotée d’une collection littéraire, dans la continuité naturelle de son optique critique. André Bonmort, qui en est le responsable éditorial, nous donne donc à lire L’âge de cendre, à partir d’une idée... [Lire la suite]
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mardi 12 janvier 2016

André Blanchard - Entre chien et loup & Contrebande

Il faut vivre Si vous tenez à lui plaire, n’allez pas dire à André Blanchard que vous aimez ses livres. Tiens, n’allez pas même les acheter, c’est plus sûr – vous ne pourriez faire autrement que de les aimer, il risquerait de s’en étouffer. à moins que le succès ne décuple sa rage, dans un de ces accès de haine de soi qu’on a parfois tendance à railler un peu rapidement, tant l’écrivain peut en faire son miel. Quoique Blanchard ait le cœur trop élégant pour y sombrer tout à fait. Mais c’est pire : car si la haine de soi... [Lire la suite]
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vendredi 8 janvier 2016

André Blanchard - Pélerinages

Les indulgences de Blanchard Ah, Blanchard… ! Ce monstre sacré, ce maître mésestimé. Je l’attendais, celui-là, depuis Contrebande et Entre chien et loup : impossible alors de résister aux griffes de ce tempétueux animal, styliste comme on n’en fait plus, gouailleur de première et goguenard en pagaille. Il nous revient, donc, avec sa manière bien à lui de pèleriner, usant gaillardement ses godillots et bousculant au passage toute la mauvaise poussière amassée par l’époque. Le pèlerinage, cette déambulation intime sur les chemins... [Lire la suite]
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mercredi 6 janvier 2016

André Blanchard - Autres directions

Suivez le guide Quand un beau jour j’ai commencé à picorer dans les Carnets d’André Blanchard, autant dire que j’ai fissa pris goût à m’en prendre plein le bec. Non que je me fusse senti nécessairement visé par ses rugueuses rosseries, mais c’est la force de toute bonne littérature que de savoir nous exciter la raison sans négliger de nous chatouiller l’humeur. Donc, j’ai aimé, d’emblée, cette rudesse. Peut-être parce que je sentais bien, au fond, que Blanchard était un tendre qui se donnait pour règle de ne rien... [Lire la suite]
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lundi 4 janvier 2016

Benjamin Berton - Foudres de guerre

  Sarkozysme et schtroumpfs rebelles Le durcissement de la société française (qui ne date pas, loin s’en faut, du triomphe de Nicolas Sarkozy, mais que celui-ci incarne avec la morgue et l’audience que l’on sait) ne peut pas ne pas trouver écho dans la littérature contemporaine. Il sera d’ailleurs passionnant, demain, (un jour…), de scruter le paysage littéraire des années sécuritaires. Ce quatrième roman de Benjamin Berton, un peu déjanté derrière sa très respectable façade gallimardienne, permettra alors peut-être, à défaut... [Lire la suite]
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