dimanche 20 juillet 2008

Je suis marmando-jarrettien


Billet de Francis Marmande dans Le Monde, comme toujours excellent, loin des poncifs sur les humeurs du musicien : Voir tous les ans Keith Jarrett pour savoir où en est la planète. Histoire de revenir à la musique - et d'oublier les ambiances.

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jeudi 17 juillet 2008

Nos amis les nuages


Par la fenêtre les nuages se poussent au cul comme de gros veaux marins, lourds lents et fastidieux. Ils avancent s'empilent et s'incorporent dans la plus grande indifférence pour la beauté de leurs formes, et finissent en un agrégat obèse et compact. Ce peuple étrange, moutonnier, qui se soucie d'être dans le vent et caresse les arbres dans le sens de leurs feuilles, a pourtant quelque chose qui nous ressemble.

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jeudi 10 juillet 2008

Chimère


D'
où vient ce désir, soucieux, constant, de coller à son temps ? D'où vient que les humains éprouvent toujours le besoin de se distinguer de leur propre passé, non pour ressembler à ce que l'humanité pourrait être demain, mais pour se confondre avec ses manifestations du jour ? D'un côté, l'on se vante d'être moderne en oubliant machinalement ce qui fut et en lui lançant à l'occasion quelque œillade de commisération, de l'autre on se heurte à cette étroitesse d'esprit congénitale qui nous empêche de voir plus loin que le bout de nos jours. Aussi les vraies "avant-garde" ne le sont qu'à leur insu. Elles ne sont pas représentées par ceux qui scrutent l'avenir et tente de s'en approprier ce qui pourrait être les tics ou les oripeaux, mais par ceux qui embrassent les trois dimensions du temps au point même que le temps n'a plus prise sur eux. La modernité d'apparat semble avoir trouvé sa résolution dans la manifestation de ses formes - un langage, une vie sociale, un code, un accoutrement : c'est pourquoi toute mode est ringarde par essence, et pourquoi toute nouveauté tue ce qui pourrait être nouveau en elle dans l'instant même où elle s'annonce comme telle. C'est pourquoi aussi l'amour de la part sacrée de l'art ne fait plus guère recette que chez quelques fossiles et qu'il a cédé sa place à la revendication du plaisir de la reconnaissance et de l'identification : l'art, pour trouver son public, doit finalement lui ressembler, se confondre, ici et maintenant, avec ce que nous semblons ou croyons être. C'est pourquoi enfin nous pouvons faire preuve d'un optimisme suspicieux : ce que nous pensons être n'étant jamais ce que nous sommes, les œuvres et manifestations de l'art, autant que ses publics, demeurent imprévisibles.

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mercredi 9 juillet 2008

Libération ou divine surprise ?

La libération d'Ingrid Bétancourt n'est pas un sujet, c'est entendu. Tout au plus peut-on s'agacer du spectacle auquel elle donne lieu, qui voit communier dans un même élan caritatif tous ceux que, d'ordinaire, rien ne parvient jamais à mettre d'accord. Mais il est connu que les gaulois querelleurs raffolent des trêves patriotiques. Quant à celle ou celui qui tenterait d'exister à travers cet événement dans notre paysage politique un peu dérisoire, il ou elle ne fera que se ridiculiser davantage - mais il est vrai qu'on peut en prendre l'habitude.

Mon propos, très bref, sera digressif. Je m'étonne simplement que la foi religieuse d'Ingrid Bétancourt, foi à laquelle nul ne peut rien trouver à redire, qui ne me gêne d'aucune manière et que je respecte d'instinct, ait trouvé matière à s'exprimer dans les enceintes du Parlement. En effet, la croix qu'elle arbore sur sa poitrine constitue ce que, naguère, le législateur désigna comme "signe religieux ostentatoire", et qu'à ce titre il bannit des édifices publics. Ce n'est pas la croix en elle-même qui me gêne, mais son exposition, ce qu'elle signifie et charrie. S'il arrive que quelques urticaires laïcistes peuvent, à moi aussi, me donner l'envie de me gratter, tant ils sont épidermiques et machinaux, m'irritent tout autant les petites libertés que la République prend avec les lois qu'elle a votées - et, en l'espèce, avec quelle solennité. Autrement dit, le bonheur de la nation n'aurait pas été moins total et moins sincère si nous n'avions pas à le mettre sur le compte de l'intervention divine, et si ladite intervention n'avait pas fait l'objet d'une publicité un peu grossière dans les lieux mêmes qui sont censés l'interdire. Dieu soit loué, Ingrid Bétancourt n'est ni scientologue, ni musulmane, ni juive, ni témoin de Jéhovah.

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lundi 7 juillet 2008

THEATRE : Délivrez Proust - Philippe Honoré

D_livrez_Proust
Voilà donc qu'on nous invite à une DÉCLINAISON LOUFOQUE ET SENTIMENTALE AUTOUR DE PROUST. Après tout, pourquoi pas : soyons modernes. C'est un des grands dadas de notre époque que de vouloir trouver du rire et du loufoque en tout, quitte à en fabriquer ex nihilo si vraiment on rentre bredouille. En fait de loufoque, nous ne trouverons rien ici qu'un empilement de caricatures, un peu comme pouvaient l'être les pièces que les bouffons jouaient pour complaire au roi, naguère : juste ce qu'il faut d'humour gras (ah, les "matières de Marcel" !), de pochade sociale (la bouche en cul-de-poule de Madame Verdurin), et d'anachronisme car ça fait toujours rire - cf. Les Visiteurs. Bon, on rit sous cape, c'est sûr, mais pas toujours à bon escient, et rarement pour la bonne cause.

L'intention, cela dit, n'était pas déplaisante - mais il est vrai que l'enfer en est pavé : donner envie de Proust, dédramatiser l'épaisseur de La Recherche, rire, car cela est risible en effet, bien sûr, des us et coutume de la belle société d'époque, faire entendre ses résonances dans notre temps contemporain. Mais le didactisme ici devient vite très lourd, tant il est éculé, attendu, vaguement poujadiste. Les deux acteurs, Anne Priol et Pascal Thoreau ne sont pas mauvais, ils se donnent, essaient d'y croire, d'habiter autant que faire se peut un texte hilare, parfois même semblent y chercher autre chose, jusqu'à éprouver une émotion sincère ; aussi la chute est-elle un peu plus tenue, le texte prend enfin le dessus sur la grimace. Mais voilà : d'un texte un peu sot et mal mis en scène, il est difficile de tirer autre chose que des soupirs. Jusqu'à l'exaspération pour ceux qui ne supportent pas que Proust fasse l'objet d'un tel simulacre ludique ; avec un peu plus d'indulgence si l'on accepte que Proust a aussi le droit d'être mal interprété.

DÉLIVREZ PROUST, d'après Marcel Proust, de Philppe Honoré - Mise en scène de Philippe Person, avec Anne Priol et Pascal Thoreau.
Théâtre du Lucernaire, Paris.

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