samedi 29 août 2009

Lecture de Michèle Pambrun


Michèle Pambrun
a déposé un commentaire sur mon blog, suite à sa lecture de Et que morts s'ensuivent. Le propos me semble suffisamment neuf et original pour que, avec sa permission, je lui donne cet écho supplémentaire.


Il est rare, je peux bien le dire, que la lecture d'une critique m'apprenne quoi que ce soit sur mes livres, ou simplement m'invite à les (re)lire par un autre bout. Aussi, je remercie Michèle Pambrun d'esquisser ici une lecture quasi-structuraliste de mon recueil, dans le droit fil du "nouveau réalisme", étayé par Jean-Claude Lebrun. Lecture que, naturellement, j'aurais été moi-même bien incapable d'entreprendre. Et que je trouve, non seulement intelligente, mais fort séduisante.

Voici donc ce qu'elle en dit :

" Cela ne cesse de faire signe sans que d'abord l'on s'en avise : les nouvelles de Et que morts s'ensuivent se présentent précédées d'un chiffre romain.

La numération romaine est une survivance d'une pratique archaïque, antérieure à l'invention même de l'écriture (donc, à strictement parler, préhistorique).

Deux nouvelles constituent une remontée vers ce que l'on peut considérer un archaïsme :
VII. "Anna Bouvier" (le cannibalisme).
IX. "Jean-Charles Langlois" (le retour à l'état d'enfance).
Ces deux nouvelles, de quatorze pages chacune, encadrent la nouvelle VIII, "Jérôme Allard-Ogrovski" (deux pages), dans laquelle "Le parallèle entre l'ingestion (d'un) animal mythique et l'intrusion de la matérialité électronique du monde dans le sexe femelle apparaît comme la métaphore souveraine et absolue de l'infection que représente pour tout être humain le côtoiement contraint de ce qui n'est pas soi : le monde est l'autre mot pour désigner l'infection."

Un monde, de fait, où cohabitent la haute technologie et des situations parfaitement archaïques appartenant à des temps reculés de l'histoire. Pour dire - questions vives de nos sociétés post-industrielles - la régression dans des comportements primitifs, comme si le temps s'était inversé et renvoyait les individus dans la barbarie des origines.

C'est ce que le critique Jean-Claude Lebrun dans Visages du roman français contemporain qualifie de "nouveau réalisme". C'est-à-dire cette veine de romans (ou nouvelles) qui s'emparent du réel, en construisent des images surchargées, saturées, et qui en accentuent ainsi les traits profonds.

Ce n'est sans doute pas un hasard si l'auteur de
Et que morts s'ensuivent
qualifie de "personnalité complexe, mélancolique et houellebecquienne" le personnage de Pierre Trachard dans la nouvelle VI. Cette nouvelle étant d'ailleurs une sorte de pierre angulaire dans la construction du livre, si l'on considère qu'il y a cinq nouvelles avant et cinq nouvelles après. Le personnage de P. Trachard dont l'activité d'écriture dans son journal n'est pas sans évoquer le Perec "d'Espèces d'espaces", de "Penser/Classer" et de "L'infra-ordinaire".

L'on peut ajouter qu'à l'instar des tragédies antiques, les histoires de Et que morts s'ensuivent se terminent toujours par un sacrifice humain (figures portées par un désespoir mortel), cependant que l'auteur malicieux nous réserve de jolies surprises : c'est que le "déprimisme" broie du noir avec délectation.
"

Michèle Pambrun

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vendredi 28 août 2009

Et que morts s'ensuivent : Fluctuat.net

logo_cmjnCritique parue sur Fluctuat.net, signé par un ou une certaine "Elobru" (?)

 

Nouvelles de la mort

 

La mort s'appelle Géraldine Bouvier dans les nouvelles de Marc Villemain. Elle endosse successivement les rôles d'une cliente d'un institut de beauté, d'une femme de ménage, d'une infirmière, d'une cantatrice.... Elle est le signe que le drame va se produire. Car des drames, il n'en manque pas, dans le très justement nommé Et que morts s'ensuivent.

Chaque nouvelle du recueil de Marc Villemain est le compte rendu détaillé des circonstances particulières d'une mort, partielle ou totale.

Partant du principe que la vie d'une personne est tout entière contenue dans la façon dont elle meurt, il pourrait se dégager des portraits singuliers et forts de ces nouvelles. Pensons à Marat dans sa baignoire. Ce n'est pas le propos du livre, et c'est dommage. L'écriture de Marc Villemain est élégante et précise, certes, mais surtout distanciée au point qu'il nous semble observer les personnages depuis une table d'autopsie. Comme s'ils étaient morts avant d'êtres morts. Les personnages ont pour point commun d'être désincarnés, et sans illusion à ce propos : « Langlois eu très tôt l'impression d'une distance impraticable entre lui et la vie : l'avancement dans l'âge lui permettra simplement de la creuser et d'en décider souverainement. »

D'où l'idée que peut-être, ce qui importe et qui rassemble ces destins en un tout, par-delà des singularités finalement sans grande acuité, c'est d'être voués à rencontrer Géraldine Bouvier. On a parlé à propos de ce livre de « satire sociale ». On peut également considérer que ces détails propres à notre société, bien observés par Marc Villemain, sont une sorte d'équivalence aux fruits et bijoux qui ornent les tableaux « vanités » : dérisoires. Belle leçon de fatalisme.

Trois nouvelles sont plus prenantes que les autres, « Jean-Charles Langlois », « Jean-Claude Le Guennec », « Matthieu Vilmin », sans doute en raison de leur plus grande longueur. L'auteur ne réduit pas dans ces nouvelles ses personnages à des traits essentiels et caractéristiques, et nous avons le temps de se demander où il va bien pouvoir nous emmener. Une nouvelle, enfin, « Anna Bouvier », transforme la compréhension que l'on peut avoir enfin de l'ensemble du recueil. Car c'est quand même la question que l'on se pose au fur et à mesure de l'avancée de l'ouvrage : y a t-il un lien autre que Géraldine Bouvier entre tous ces personnages ? Y a-t-il d'autres recoupements ? Si l'on suit la pente que dessinent ces récits, on serait tenté de répondre que non, justement, il n'y a rien à comprendre, et c'est bien ce que l'on peut reprocher à ce livre. En tout cas il donne furieusement envie de se plonger dans un roman picaresque, un roman où les personnages sont faits de chair et de sang s'il vous plaît.

"Elobru" (?)

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