mercredi 2 décembre 2009

Lire écrire mourir


Je suppose
que vient un moment où l'homme sait qu'il va mourir, qu'il le sait avec la même évidence qu'il sait que le soleil se lèvera tout à l'heure ou qu'il se couchera ce soir ; au sens où cette question n'en est plus une ; ce n'est pas qu'il accepte  particulièrement son sort, mais il s'impose à son mental, à son humeur, ça vit en lui déjà, en quelque sorte il fréquente déjà la mort et il n'y a plus qu'à laisser faire et cette inaction a sans doute quelque chose d'une libération. L'idée donc ne soulève en lui aucune joie particulière, au contraire le moment de l'évidence peut entraîner de la tristesse, du remords, de l'abattement, mais malgré tout il ne peut que se sentir libéré, de l'angoisse, de l'angoisse du corps, de l'angoisse de soi - puisque je vais mourir, alors plus rien de ce que je fais ou entreprends n'a d'importance, et je puis donc le faire bien, sans aucun autre souci que cette chose et que le bien de cette chose. Ainsi, par exemple, écrire ce livre. t

 

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mardi 22 septembre 2009

Dieu ?

Dieu

 

Pourquoi croyez-vous en Dieu ?
Pour trouver la force de partir d'ici-bas.

Pourquoi n'y croyez-vous pas ?
Pour trouver celle d'y rester.

 

 

 

 

 

 

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dimanche 31 mai 2009

Le métier


Plus j'écris, plus je publie, plus m'apparaît difficile, même impossible, le métier d'écrivain. t

 

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mercredi 22 avril 2009

Ce que nous sommes


Nous sommes des solitudes qui, de temps en temps, acceptent qu'on les accompagne. Elles s'acculent à l'unisson. t

 

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jeudi 8 janvier 2009

Où vont les gens ?


Je regarde
passer les avions, de la fenêtre de mon bureau : à l'instant, il en est trois qui viennent de croiser leurs fumées. Mystère des visions et autres réminiscences qui s'inscrivent en nous, j'ai cru, une seconde, que l'un d'entre eux se dirigeait droit sur la tour Montparnasse. L'illusion optique évanouie, les avions ont passé leur chemin, estompant derrière eux une traînée de poudre blanche dans le ciel obstinément froid et bleu. A l'intérieur, des gens, plein de gens, qui ont une autre vie que la mienne et qui, à cet instant précis, s'arrachent à la Terre. Je suis là, moi, bien assis, calé dans mon fauteuil, le regard tourné vers la fenêtre haute ; eux se détachent de ce qui pèse ici-bas, apesanteur. Le spectacle des avions dans le ciel me donne toujours l'impression que les gens fuient vers un avant irréversible. Je suis sûr que beaucoup y trouvent un plaisir assez trouble, mâtiné d'excitation pour le lointain et d'angoisse pour une origine dont rien ne dit qu'ils la retrouveront. Où vont tous ces gens, que vont-ils faire là-bas qu'ils ne peuvent ici, quelle affaire à conclure, quel espace, quel royaume à découvrir, quelle routine ou quelle improbable histoire à vivre ? Regarder voler les avions, ça donne des idées. t

 

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vendredi 7 novembre 2008

Ecrire, dit-il

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J'ai consacré un petit essai, que je n'ai pour le moment pas publié, à essayer de comprendre sur ce qui pouvait pousser un type dans mon espèce à passer quelques heures quotidiennes devant un bureau et essayer d'y écrire - ce blog, des articles, des critiques, des livres. Bien sûr, à l'origine, les choses sont complexes,
travaillées, taraudées, bigarrées, et elles le sont sans aucun doute pour tout écrivain : quelques bonnes raisons, quelques mauvaises, en proportions peu ou prou égales. Dorénavant, et exceptés ces moments, trop rares il faut bien le dire, où l'écriture fait écho, où à un style semblent coïncider une pensée ou un désir, où l'on se prend, finalement, au jeu de l'euphorie de soi-même, dorénavant, disais-je, je sais bien pourquoi j'écris : j'écris pour elle. t

 

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jeudi 6 novembre 2008

Quand l'ignorance vaut mieux que la connaissance


Ne jamais chercher à être soi, et se défaire de l'idée d'y parvenir. Ne serait-ce que parce que nul ne sait ce que pourrait être un soi pur, et que le désir même de se trouver affecte et altère notre quête. Mais surtout parce que si chacun était soi, alors la surface de la terre ne serait plus que
cadavres. t

 

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mercredi 5 novembre 2008

Au fil de la vie


L'homme alors se retourne, stoppé net dans son élan vers l'avant. Il regarde, s'interroge, ne voit rien, se convainc de scruter mieux et davantage cette lande qui maintenant lui obscurcit le regard. Un banc de brume recouvre tout ce qui peut-être pourrait encore subsister. Est-ce amertume, est-ce dépit, alors il tombe à genoux,
tremblement désolé. Aucune parole ne lui vient, seule une voix de lui inconnue prie le ciel que la clarté descende enfin, qu'enfin il retrouve le fil perdu. t

 

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mercredi 15 octobre 2008

Le chagrin


Le chagrin n'empêche pas de vivre. Il vous rend juste invivable - ce qui, en effet, peut empêcher de vivre. t


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jeudi 25 septembre 2008

L'intérêt de vivre


Je suis souvent frappé par l'importance que prennent dans nos existences immédiates le plus infime des événements, le plus anodin des gestes, la plus pauvre des paroles. Nous ne sommes jamais en mesure, au moment où la chose se produit, d'en relativiser la cause et l'effet, de la situer dans une perspective cosmogonique. Je me dis que cette forme douce et intégrée de l'hystérie résulte d'une inadéquation paradoxale à la vie qui est sans doute constitutive de ce qui nous rend humains. Naturellement, nous ne nous le disons jamais ainsi, pas plus que nous n'acceptons d'en accepter l'idée pour nous-mêmes : la chose serait insupportable, et la vie proprement invivable : en avoir conscience, ou simplement s'en faire la remarque, reviendrait à compromettre la vie même, qui n'est possible qu'à la condition d'y trouver intérêt. Or à quoi peut-on trouver intérêt ? A un être que l'on distingue d'amour, aux sentiments généraux que nous éprouvons, à l'effort de vivre selon quelques préceptes supérieurs, aux choses de l'esprit, autrement dit à ce que nous activons en nous pour dépasser l'être vivant des origines que nous continuons d'être aussi de manière indéfectible. Ainsi toute notre dignité consiste donc en la pensée, comme le résumait Pascal ; sans doute alors faut-il vivre en acceptant que l'acte de penser induit de vivre dans le pourtour magnificent de la mort qui nous couronne. t

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