jeudi 30 novembre 2006

Le pire d'entre nous

Solitude
Il 'y a rien à faire d'autre que de retomber sur l'intarissable poncif - que son mauvais air de certitude ne fait pas moins juste : l'écrivain est un être seul. Le pire d'entre nous, celui, cynique, qui ne regarde plus le monde et les hommes que comme une seule et même occasion d'en tirer une bonne histoire, celui qui s'assure de sa cote dans les pince-fesses où il s'incruste parfois avec l'allure de celui qui maugrée, celui qui ne disserte plus sur la vertu que pour mieux s'en émanciper lorsqu'il s'agit de faire les comptes, celui qui vise le sujet qui vendra le plus quand c'est celui qui lui ressemblera le moins, celui qui traque, fouille, pille les autres, en arguant de sa bonne foi et en s'offusquant de la suspiscion générale, celui dont le moteur intime ne s'allume et ne s'attise plus qu'au contact de l'épée, de la hargne jalouse ou de l'échec rédempteur, celui qui ne lit plus les siens que pour s'assurer qu'il est bien le meilleur d'entre eux, ou pour vérifier que l'autre est toujours décevant, celui-là, cet écrivain-là, aussi mort sera-t-il au miroir de l'humanité, n'en sera pas moins seul devant son écriture. Cette solitude, davantage que son dernier repère, est, sera, son dernier territoire, rabougri peut-être, pathétique si vous voulez, misérable et vain sans doute, mais son dernier territoire tout de même, là où il habitera en conscience les ultimes parcelles son humanité. Dans ce moment, ce monde qu'il voue aux gémonies et auquel il aspire pourtant avec la même et enthousiaste verdeur que le puceau devant l'objet le plus indécent et le plus incandescent de son désir, ce monde ne sera plus rien : il se résumera au micro-périmètre du bureau, du stylo et du cerveau. Et rien ne pourra l'en faire partir. Fors l'amour.

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mercredi 22 novembre 2006

Proverbe


Proverbe sénégalais : Tous les soirs les singes s'endorment en rêvant qu'ils sont des hommes. Tous les matins les singes pleurent. Il se trouve que, parfois, je ne serais pas en total désaccord avec la proposition inverse — m'endormir en rêvant que je suis singe, et me marrer au réveil.

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Journal du 1er juillet 2001


Mes vieux journaux n'ont ni style, ni pensée véritable ; mais un intérêt, toutefois : celui de confirmer l'ancrage, la pérennité de nos marottes. Ce trait, par exemple : Traversée du corps - comme on parle d'une traversée du désert.

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mardi 21 novembre 2006

Journal du 20 décembre 1997


Toujours à explorer ces vieux journaux que je destine au feu. Dans celui-ci je trouve cette note, qui me rappelle à quel point on change peu :

     Je me sens déjà vieux, à vingt-neuf ans, et si peu différent, pourtant, de ce que je fus.
 

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vendredi 17 novembre 2006

Journal du 6 février 1996


Je fouille et farfouille toujours dans mes vieux journaux, non sans quelque malaise. J'en conserve certains états, certains mots - à fins d'archivage, c'est certain, mais aussi parce que, pour certains d'entre eux, et sans nécessairement le partager, comme c'est le cas ci-dessous, j'en comprends encore l'esprit.

     On demande trop à la vie. Elle n'est qu'un processus. Nous nous agitons : en vain. Seule l'extase intérieure, seul le côtoiement passager de la folie, peuvent, à cette vie qui s'impose, ajouter quelque sens et beauté. Qu'importe de vivre s'il n'y a pas d'œuvre à la clé ? Vingt-sept ans, et pas l'ombre d'un commencement d'œuvre en vue.

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mercredi 15 novembre 2006

Journal du 22 juillet 1995


J'étais jeune encore ; immature, plutôt. Je n'allais pas facilement sur la tombe de mon père - je n'y allais que parce que je m'y sentais obligé, c'est ainsi. Cette fois-là, j'avais vraiment envie d'y aller. Y songeant, je notais alors ceci, cette phrase étrange, obstinément adolescente : J'ai dû réprimer un mouvement comme un relent que l'on retient en société, le signe de croix qui grondait en moi.

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mardi 14 novembre 2006

Journal du 27 juillet 1994


Je continue de feuilleter ces vieux journaux intimes - avant, donc, de les jeter les uns après les autres.
Cette note.

     Dans la nuit. Insomnie. J'écris. Il faut parvenir à habiter la solitude, l'habiter tout entière, dans sa totalité pleine ; se coller à ses parois. Imaginer une pièce carrée, vide, complètement vide et nue, sans autre matière que le vide et la pénombre - ou au contraire une clarté trop grande, trop lumineuse : elle est là, la solitude est là. Il faut s'y engouffrer, ne pas lui laisser, à elle, ce plaisir de nous engouffrer, elle ne demande que ça. Il ne faut pas se laisser habiter, mais l'habiter, elle. Et si possible avec joie.

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lundi 13 novembre 2006

Journal du 13 août 1993


Je retrouve cette note dans mon journal du 13 août 1993.


    Dur de trouver sa voie. Enfant chargé de rêves, d'idéaux et de destinées glorieuses ; qui a toujours voulu être le meilleur et qui ne s'en est jamais donné les moyens ; qui a toujours voulu faire croire qu'il était différent et qui n'éprouvait que le poids des dominations ; qui trépignait de mépris devant les conformismes et demeurait là, bouche bée et bras ballants, à regarder les pièges se refermer ; qui disait vouloir s'extirper de la masse et en était toujours incapable. Quelle vie aura cet enfant ?

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dimanche 12 novembre 2006

Baccalauréat


Qui est autorisé à me dire : "tu dois" ?
Ce fut le sujet de l'épreuve écrite de Français du baccalauréat, lorsque je le passais. Rétrospectivement, je me dis que c'est assez drôle d'être tombé sur cette question : je n'ai eu de cesse, depuis, de me la poser. Je n'avais alors obtenu qu'un modeste 12/20 ; mais sans doute ne ferais-je pas beaucoup mieux aujourd'hui - ne serait-ce que parce que je continue d'ignorer la réponse.

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jeudi 9 novembre 2006

Charles Nodier forever ?


A l'adolescence, les phrases que l'on note dans nos petits carnets sont toujours un peu les mêmes, puisque c'est l'âge où s'agrègent et se compilent les réflexions les plus improbables et les pensées les plus contradictoires.

Ainsi notais-je, dans mes carnets du 20 août 1993, ce mot de Charles Nodier, que j'étais allé dénicher, allez comprendre, dans le Larousse mensuel illustré de 1920 : "A vingt ans, j'ai épuisé la lie de toutes les douleurs et, après m'être consumé dans des espérances inutiles, je me suis aperçu, à vingt ans, que le bonheur n'était pas fait pour moi". 

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