jeudi 29 mai 2008

A qui profite le procès ?

A quoi donc aura servi le procès de Michel Fourniret ? Sans doute à pas grand-chose, et d'autant moins que le verdict ne ménageait aucune espèce de suspense, la peine de mort étant abolie depuis plus de vingt-cinq ans.

Pour les familles des victimes, qui d'ailleurs l'admettent, seul le spectacle du procès, qui leur permit de crier leur chagrin au monde et ce faisant d'en partager le poids, aura apporté un peu d'onguent thérapeutique, ce qui n'est pas rien. Mais si l'on avait attendu quoi que ce soit du procès en lui-même, les parties civiles eurent pu accéder sans mal à la demande de Michel Fourniret d'un procès à huis clos ; cela aurait d'ailleurs probablement davantage servi les grands préceptes de la justice, mais alors il est vrai que les différents acteurs, sans parler des médias, auraient été très déçus (à cette aune, je trouve une nouvelle occasion de me réjouir de ne pas posséder de téléviseur, tant je n'ai aucune difficulté à imaginer l'ouverture gratinée des journaux du soir.) Le procès aura aussi été utile à l'avocat général, qui, aussi bien, voire mieux que s'il avait été allongé sur le divan d'un professionnel, aura pu se délivrer des quelques images persistantes de l'enfance qui hantent encore son inconscient, monstres, diable à deux faces, araignées et autres gluances. Quant à l'avocat de Michel Fourniret, dont il est vrai que la position était assez inconfortable, son client ne manifestant guère d'intérêt pour sa propre défense, eh bien sa plaidoirie, non contente de n'avoir servi à rien (mais il s'en doutait), n'aura fait qu'ancrer l'image au bas mot déjà désastreuse de son client : je n'aimerais pas, moi, être défendu par un avocat qui conclurait de ma personne qu'elle "appartient à notre humanité, hélas". Contresens historique et philosophique au demeurant assez grotesque : comme si l'humanité induisait la vertu.
Enfin, l'on ne saurait disconvenir que cet épisode de la justice en quenouilles aura fait les choux gras de l'inconscient présidentiel, lui aussi (tiens donc) peuplé de "monstres".

Conclusion elliptique et générale :
- nul ne semble n'avoir rien compris de Michel Fourniret et de son épouse complice (les psychiatres se montrant sur ce terrain d'un conservatisme et d'un conformisme assez exemplaires) ;
- la communauté nationale se trouve provisoirement ressoudée, chacun trouvant à se réjouir d'une sentence que nul n'aura à coeur de discuter, par crainte de passer pour laxiste ou indécent ;
- la justice a perdu quelques-uns de ses atours de rationalité au passage, le président du tribunal ne trouvant rien à redire aux roses déposées devant elles par les familles des victimes, pas plus qu'à leur départ du tribunal dès que ce fut à la défense de prendre la parole ;
- le mouvement répressif général, ici comblé, se trouve conforté ;
- la question des soins et du suivi psychiatrique est totalement passée à la trappe ;
- le fonctionnement de la justice, à mille égards insatisfaisant mais dont on se plaît tant à débattre, non seulement ne s'est pas amélioré, mais aura plutôt régressé.

Autant de raisons qui justifient notre contentement de savoir ce procès enfin clos.

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mardi 27 mai 2008

Mauvais esprit

A Cannes, cantet revenu le printemps, les journaux portent au pinacle l'école française. Il est vrai que les canards adorent agiter leurs palmes (académiques).

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mercredi 21 mai 2008

Plaisirs de la coquille

Titre d'une dépêche AFP parue ce jour :
" Coup dur pour l'État avec l'arrestation à Bordeaux de son chef présumé "

Sur l'instant je pris peur - quoique... : j'ai cru que Nicolas Sarkozy avait été appréhendé ; or il ne s'agissait que du chef de l'ETA.

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lundi 19 mai 2008

Demain, la politique

C'est ainsi, aujourd'hui, que la politique se fait :

  • Le journal LIBÉRATION fait sa Une du jour sur les 35 heures, dont le quotidien amorce une esquisse de début de commencement de bilan. A la suite de quoi, quelques heures plus tard, l'UMP, par la voix de son secrétaire général, demande le "démantèlement définitif" de cette disposition.
  • De son côté, LE PARISIEN se demande, également en Une, et à propos du RER A, "comment sortir de la galère." Illico presto et par voie de communiqué, le chef de file des élus UMP au conseil régional d'Ile-de-France, par ailleurs secrétaire d'État, demande à Jean-Paul Huchon, président dudit conseil, de "débloquer des moyens pour le RER A". Et qu'importe si, par ailleurs, le même chef de file se prononce presque systématiquement contre toute augmentation du budget francilien destiné à l'amélioration des transports collectifs.

Cela vaut-il seulement un commentaire ?
Peut-être, dans l'avenir, nous autres citoyens serons-nous invités à exprimer nos suffrages en votant, non plus pour des partis, mais pour des organes de presse ? Ce serait alors, pour de bon et en toute légalité, le triomphe mille fois annoncé de la démocratie d'opinion, devenu le substrat doctrinal presque exclusif de nos grands partis.

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lundi 28 avril 2008

L'exemple allemand

En France, nous ne voulons toujours pas entendre parler de la réédition des pamphlets de Céline - que les petits cochons antisémites se refilent donc sous le manteau d'Internet ; en Allemagne, le Conseil central des juifs vient de se prononcer pour celle de Mein Kampf : c'est toute la différence entre une nation soucieuse de transmettre l'histoire et une société avant tout désireuse de la taire.

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mercredi 16 avril 2008

Grande pompe pour les pompes

Véridique, ce texte d'une dépêche AFP (AFP - Mercredi 16 avril, 19h13) :

Le Pape reçu en grandes Pompes à la Maison Blanche

Dieu soit loué, ils ne vont pas jusqu'à nous informer de la pointure des dites pompes...


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vendredi 28 mars 2008

BENAMOUraché de lui-même

Citer suffit, parfois, tant le suc de certains mots tient surtout au statut de leur émetteur : "Je suis victime d'une cabale d'intellectuels mondains, cette gauche caviar qui n'a pas supporté mon soutien à Nicolas Sarkozy." (Georges-Marc Benamou, à propos de sa nomination contestée, et finalement avortée, à la tête de la Villa Médicis.)

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jeudi 27 mars 2008

Philippe Starck ou le retour au réel

starck
"
Tout ce que j'ai créé est absolument inutile. D'un point de vue structurel, le design est totalement inutile. Un travail utile, c'est astronome, biologiste ou quelque chose comme ça. Mais le design, ça n'est rien", vient donc de déclarer Philippe Starck, 59 ans, après que des années de créations en tous genres l'auront placé à la tête d'une fortune absolument colossale. Et le créateur d'enfoncer le clou : "J'ai essayé de donner à mes produits un peu de sens et d'énergie. Mais même quand j'ai donné le meilleur de moi-même, c'était absurde". Aussi n'est-il plus surprenant que le pape de l'objet de consommation aborde finalement des territoires spiritualistes où il était jusqu'à présent assez peu attendu : "J'ai créé tellement de choses, sans vraiment m'y intéresser. Peut-être toutes ces années ont-elles été nécessaires pour que je me rende compte finalement qu'au fond nous n'avons besoin de rien. Nous possédons toujours trop". Enfin cette prise de conscience s'accompagne d'un sentiment de culpabilité positive : "J'étais un producteur de matérialité. J'en ai honte. A l'avenir, je veux être un fabricant de concepts. Ce sera plus utile". Même si cela reste à voir, là n'est pas la question ; et aucune raillerie ne vient ternir mon propos : il faut au contraire louer Philippe Starck, et le donner en exemple, lui qui, malgré son succès planétaire, ou peut-être en raison même de ce succès, se révèle encore capable d'interroger les fondements et le destin de son activité. Non, ce qui me réjouit en revanche, et au plus haut point, c'est la désillusion et le désabusement programmés de ces innombrables modernes qui nous ont assenés, ivres de leur pulsions créatives et vingt années durant,
que le devenir de l'art passait par le design et l'esthétique du matériau ; qu'ils n'étaient pas des fabricants d'objets de classe (dans les deux sens du terme) mais des artistes prolongeant les intuitions sublimes de Michel-Ange ; qu'un produit du design valait bien la toile d'un maître. Il ne s'agissait en fait que de dissimuler le consumérisme du temps sous le vernis du Beau et de créer de nouveaux "segments" dans le marché des biens. Ce qui ne signifie pas que tout, dans le design, ne soit pas d'intérêt artistique, loin s'en faut ; seulement que l'imposture ne trompe que ceux qui aspirent à être trompés - sur la marchandise.

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vendredi 14 mars 2008

Signe d'élection

Analysant la stratégie et la répartition du pouvoir au sein d'un groupe de chimpanzés, l'éthologue et primatologue Frans de Waal emprunte à la théorie des coalitions l'idée selon laquelle, en fonction de la situation, la force entraîne la faiblesse, ou au contraire la faiblesse se révèle une force. Paradoxes aux termes desquels "l'acteur le plus puissant est souvent l'allié politique le moins attirant" ou, à situation inversée, "les acteurs mineurs peuvent se positionner à un point d'intersection qui leur offre un grand avantage."

La transcription aux sociétés humaines et à leur mode de résolution des conflits politiques "triangulaires" est on ne peut plus parlante - cf. l'actualité politique de cette semaine et de ce week-end : "Les coalitions sont rarement plus importantes que lorsqu'elles sont nécessaires pour gagner, en vertu de quoi les deux plus grands partis n'éprouvent aucun désir de gouverner ensemble. Tous deux courtiseront le petit parti, lui conférant un pouvoir disproportionné."

Frans de Wall, Le singe en nous - Éditions Fayard 2005

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mardi 26 février 2008

Mon désolationnisme

J'avoue n'avoir jamais été particulièrement fier de mon pays. Je l'ai toujours aimé, parce que l'homme est ainsi fait que quelque chose en lui le voue à aimer de manière plus ou moins inconditionnelle ce qui l'a fait advenir, le lieu et le temps où il a pris vie, mais, aussi loin que je puisse remonter dans ma génération, il s'avère que les motifs de fierté patriotique sont pour ainsi dire inexistants. Je sais qu'il est tentant de préférer ce que l'on connait moins, qu'on ne déteste jamais autant que ce que l'on connaît le mieux, que la pensée magique peut prendre la forme aguicheuse d'une tentation de l'ailleurs : à cette aune, je me défie donc de mes propres impressions. Mais de la France, je suis surtout fier de ce qui ne lui appartient pas en propre, en tout cas malgré elle (sa géographie), ou de ce qui témoigne d'un ancien génie qui a déserté (sa culture et son histoire.) Aussi le sentiment d'appartenance peut-il ne pas se doubler d'un sentiment d'adhésion : je sens que j'appartiens à un pays, je sais que je n'y adhère pas. Il ne s'agit pas d'un rejet de principe, et certainement pas d'un rejet en bloc, mais de l'enracinement progressif d'une inconsolable tristesse devant le spectacle, non pas forcément du "déclin", mais d'une vigoureuse progression vers la déchéance.

Cette impression s'est bien sûr accrue avec l'élection de Nicolas Sarkozy, qu'accompagnent de concert le cynisme pornographique d'une droite qui peut en effet se targuer d'être décomplexée, et la bêtise d'une gauche dont les "nouveaux militants" ne trouvent rien de mieux à proposer qu'une charité de proximité teintée de fascination pour tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à du moderne. Elle prend toutefois ses racines bien avant ce funeste événement - sans que je puisse d'ailleurs la fonder avec précision dans l'histoire. Ceux de mon âge ont hérité d'un pays, voire, en partie, d'un continent, qui s'était peu ou prou libéré des carcans les plus tangibles de l'ancienne morale. De cela, nos parents sont sans doute assez fiers et, même si le bouillonnement caractéristique des années 70 a aussi produit ce lot d'inepties et de désinvolture dont nos "bobos" sont les héritiers directs, leur relative fierté est en partie compréhensible. Elle l'est d'autant, et surtout, que nous-mêmes, leurs enfants, ne trouveront rien de mieux à transmettre au futur qu'un pays devenu carcéral, truffé d'instincts, sans mémoire ni dessein, dont la sentimentalité bigote côtoie sans contradiction apparente une aspiration profonde (et de moins en moins secrète) à l'ordre et à la délation, un pays où le conservatisme peut prendre les atours avantageux de la jeunesse, de la gaieté, de la fête et du lien social.

Face à cela, trois attitudes possibles.
La première : ne pas abdiquer. Continuer la lutte. Plaider les racines de l'ancien monde sans jamais oublier ce qu'il contenait d'inique et d'effrayant, entailler le réel, résister afin que l'activisme et le bougisme ne défassent complètement ce qui nous fit.
La seconde : s'assurer qu'on passera entre les gouttes, rejoindre la social-démocratie, de droite ou de gauche, entretenir le mouvement ou son illusion vers un meilleur possible, une dignité à portée de main, un sens que l'on pourrait recouvrer.
La troisième : tourner le dos, rentrer chez soi, attendre que tout finisse car toute chose finit par finir, préférer le poids de sa culpabilité à l'échec programmé de sa bonne volonté, nettoyer son terrier et espérer que tout cela ne soit pas trop indigne.

Plus jeune, je me serais érigé en juge de ces trois attitudes : il n'y a pas de pire procureur qu'une jeunesse pleine d'idéal. Aujourd'hui, et très probablement demain, il me paraît évident, naturel et souhaitable, que chacun puisse se déterminer aussi librement qu'il en sera capable. Et advienne que pourra.

 

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