mardi 13 mars 2012

Roberto Bolaño - Un petit roman lumpen

 

Roberto Bolano - Un petit roman lumpen

Bolaño pasolinien

Je ne ferai pas semblant d'être un spécialiste de Roberto Bolaño (1953/2003) : je connais très mal son oeuvre. Aussi ne m'aventurerai-je qu'assez succinctement dans la recension de ce bref roman, le dernier qui fut publié de son vivant.

Son prétexte romanesque est assez simple : Bianca, la narratrice, et son jeune frère, tous deux adolescents, tentent d'organiser leur vie après la mort accidentelle de leurs parents. Contraints par la nécessité de subvenir à leurs besoins, nécessité à laquelle s'annexe sans doute une sorte de trauma, d'accablement plus ou moins latent, ils vont rapidement décrocher de leurs études et se heurter aux impasses d'une existence désormais largement sous hypothèque. Bolaño excelle dans la peinture de ce décrochage social et des errements propres à cet âge incertain, entre indifférence au monde et sentiment de puissance. L'instinct libertaire de l'adolescent ne s'en heurte pas moins aux déterminismes les plus classiques : "J'en suis arrivée à penser que nous allions mourir. Mais notre vie a suivi les paramètres établis avant la mort de nos parents.

Avec son air de rien, avec cette manière d'écriture désossée, sans éclat ni tonitruance, cette façon étrange que le récit a de progresser, façon empathique et distante, tendre et lointaine, Un petit roman lumpen s'avère être un texte assez magique. Pour une large part, cela repose sur cette impression que les choses sont dites de manière un peu accidentelle, en passant, en donnant peu ou prou le sentiment qu'à peu près tous les faits se valent, qu'aucun, finalement, quelles qu'en soient la teneur, l'importance ou la conséquence, ne mérite d'être davantage souligné qu'un autre. Et, en effet, s'il se produit une chose grave, ou un peu décisive, l'on peut se dire qu'il suffit de le mentionner : le lecteur, lui, saura faire la part des choses. C'est bien ce que fait Bolaño, qui s'appuie sur le personnage de Bianca pour porter les choses et leur donner leur profonde résonance. Bianca est un très beau personnage, direct, simple, franc, efficace, très pur finalement, qu'habite une force secrète, intime, puissante et d'une belle densité. Sa manière de vivre, de se projeter dans l'avenir comme de prendre ses décisions au jour le jour, est mûe par un instinct de survie que l'on dirait à toute épreuve. Cette façon qu'elle a de se faire faire l'amour par les deux copains de son frère, la nuit, par alternance, au fil des semaines, sans même que, dans la pénombre et la confusion, elle sache toujours de quel copain exactement il s'agit, cette manière absente qu'elle a de se livrer (est-ce par compassion, est-ce en vertu d'un certain goût ritualiste, de ce plaisir qu'elle peut prendre à faire plaisir, à soulager ces deux hommes que l'on devine à la fois durs et troublés, ou, justement, en raison de cette sorte d'instinct de survie ?), tout cela, disais-je, témoigne d'une intelligence viscérale, instinctive, du monde, d'une compréhension immédiate de ses arcanes - "Alors je me suis regardée dans une glace et j'ai vu mes cernes, ma peau blanche, comme si la lune, qui pour moi brillait autant que le soleil, était en train de me contaminer. Alors j'ai décidé que je n'avais pas à faire l'amour toutes les nuits et j'ai fermé ma porte à clé. La vie, contrairement à ce que j'attendais, a continué toute pareille."

Ce qui va advenir, un peu plus tard, lorsqu'il lui faudra user de ses atours auprès d'une gloire déchue du péplum et du culturisme, séquence digne de Pasolini, elle le vivra dans ce semblable état, avec cette semblable conviction que ce qui doit advenir advient toujours, et que pour cette raison même rien ne saurait être fondamentalement malsain ou condamnable ; c'est là aussi la beauté résignée de ce livre, et le charme final de ce personnage dont on ne saurait dire s'il flotte dans l'existence comme pour se protéger du monde, ou si ce flottement serait la seule manière praticable de s'y mouvoir - et, peut-être, mais sans guère d'illusions, continuer à en espérer quelque chose. Tout le talent de Bolaño est de réussir à donner à cette jeune fille très singulière, dure dans ses choix comme avec elle-même, quelque chose d'une aura de sentimentalité ; une grâce, dira-t-on.

Roberto Bolaño, Un petit roman lumpen - Christian Bourgois Editeur

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jeudi 1 mars 2012

Baudouin de Bodinat - La Vie sur Terre

Baudouin de Bodinat - La Vie sur Terre / Réflexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes - Editions de l'Encyclopédie des Nuisances

Requiem du Terrien

Baudouin de Bodinat


Admettons que le regret exagère la saveur des tomates d'alors, encore fallait-il qu'elles en aient quelque peu ; qui se souviendra, plus tard, s'il reste des habitants, de celles d'aujourd'hui ?

Baudouin de Bodinat

Lorsque nous lisons un livre de réflexions, de pensées, de contemplations - un livre d'esprit -, bien souvent l'on peut, avec plus ou moins de netteté ou de facilité, entre les lignes, en déceler la petite musique, la mécanique profonde ; pressentir la trajectoire qui conduisit son auteur à donner à ses pensées cette forme-ci, cette organisation-là, et non telle autre. Ici, dans cet ouvrage assez époustouflant, ce qui, d'emblée, m'a frappé, c'est le sentiment d'évidence. C'est là une impression très forte, massive, torrentielle. L'auteur nous parle, nous rend témoins de ce qu'il pense, de ce qui le fait penser ainsi, de ce qui se produit en lui pour que cela pense ainsi. N'était une parfaite et exemplaire précision, l'on pourrait croire à une longue (et sublime) improvisation, se vivre nous-mêmes comme les spectateurs d'une pensée qui, quoique éminemment savante et littéraire, jouirait de ce luxe qui consiste à savoir laisser libre cours. C'est d'autant plus remarquable, pour ne pas dire exceptionnel, que ce livre, La Vie sur Terre, chant du crépuscule ou requiem d'un Terrien dévasté par l'épopée moderne, est arc-bouté à l'amour de la langue, chose devenue plutôt inhabituelle en ces contrées réflexives. 

Je ne dirai probablement pas grand-chose de très important sur ce livre qui, lui, l'est incontestablement. Livre à coté duquel je suis donc passé pendant près de quinze ans, puisque le premier tome parut en 1996, la présente édition y ajoutant un second tome, paru en 1999, ainsi que deux notes additionnelles, qui datent probablement de 2008. A ma décharge, il est vrai que cet ouvrage sans guère d'équivalent demeure encore très confidentiel ; et il a tout, en effet, de ces textes que l'on se refile sous le manteau, auquel on accède par hasard, ouï-dire ou aléa. Je saurai moins dire encore, et sans doute cela participe-t-il de ma fascination, si Baudouin de Bodinat a tort ou raison. Il est d'ailleurs singulier d'aller au bout d'un tel ouvrage sans savoir soi-même que penser, sans éprouver soi-même un début de petite certitude, tout juste quelque écho rendu à ses convictions. Mon avis fluctue comme fluctue ma capacité, devrais-je dire plutôt mon appétence, à prendre partie en politique ou à professer sur tel ou tel fait une opinion qui fût suffisamment nette pour que je puisse, non seulement m'en prévaloir, mais m'y tenir. Je ne sais pas, autrement dit, si Baudouin de Bodinat a raison de ne plus pouvoir regarder le genre humain que comme ce "bétail mâchonnant les granulés qu'on lui prépare", s'il ne cède pas à la voluptueuse mais sourde beauté de l'élégie en pleurant les mondes qu'il nous a fallu nier et tuer pour parfaire cette "société totale (qui) ne laisse aucune issue" ; pas plus que je ne sais si l'on peut, à sa suite, regarder la Terre et se dire "qu'il est devenu impossible de distinguer entre le monde objectif et le contenu du cerveau d'un paranoïaque" ; ou que je ne peux moi-même être parfaitement certain de ce qui se passe - ce qui se passe : "ce crépuscule où le monde historique s'achève confusément sans aucun témoin pour en faire le commentaire au micro." Que Baudouin de Bodinat pense bien, et bellement, avec puissance et profondeur, cela, nul ne pourra décemment le contester ; qu'il pense juste, je n'en sais rien. Aussi conservé-je d'abord de ce livre l'impression d'une pensée incroyablement active, mobile, pensée à laquelle la lassitude de l'auteur, qui est d'abord lassitude de ce monde-ci, apporte un heureux contraste de mélancolie rageuse et poétique. 

Je me demande, justement, si, ce que j'aime, ce n'est pas aussi que ce livre vienne flatter quelques-unes de ces vertus réactionnaires dont il est sans doute presque naturel, humain, qu'elle viennent à se déposer en quiconque - dans des proportions et à des degrès divers, sans doute, mais suivant un principe que chacun, je crois, pourrait à moindres frais reconnaître. Réactionnaire ne signifiant pas ici ce qu'un esprit par trop politisé (et non politique) entendrait par là - l'étiquette de l'infâmie, la fixette obscurantiste, le sceau de la bêtise bornée : réactionnaire, donc, renvoyant plutôt de l'esprit humain sa part de lumière voilée, désolée, enténébrée - d'ailleurs, comment le nier : "le monde s'assombrit." Le réactionnaire craint ou abhorre le changement ; pas celui qui démissionne du présent : "Je ne parle pas de ce que les choses ont changé, mais de ce qu'elles ont disparu ; de ce que la raison marchande a détruit entièrement notre monde pour s'installer à sa place. Je ne regrette pas le passé. Non seulement que ce soit vain, mais que c'était aimable à lui d'être un passé ; de laisser ainsi le temps ouvert devant nous et d'offrir à notre curiosité, nos réflexions et nos rêveries, de nobles ruines rencontrées au hasard d'une promenade, tant de belles maisons, de beaux meubles, de Mémoires, d'Historiettes, de méditations, de Vies des hommes illlustres, etc. Je ne regrette pas le passé, c'est ce présent que je trouve regrettable, qui n'aura été que le misérable antécédent des jours synthétiques où nous serons bientôt pour n'en plus sortir." Je vois bien ce qu'à La Vie sur Terre, pourraient objecter le prométhéen, le chef d'entreprise, l'idéologue, le progressiste ou le croyant ; quelque chose que l'on pourrait résumer ainsi : à quoi bon dérouler ces horreurs ? à quoi bon consacrer tant de pages, éventuellement d'intelligence et de lyrisme, à nous dire que l'ancien monde est mort et que le nouveau se meurt ? à quoi bon précher la désespérance ? souffler sur une flamme éteinte ? à quoi bon nous humilier, nous autres qui nous débattons, comme nous le pouvons, avec ce que nous sommes, et sourire au prétexte que "nous reniflons les combustions d'un monde parti en fumées et nous croyons penser." C'est que, cette fois, il n'y a pas de solution. Pour Baudouin de Bodinat, ce que nous vivons n'est pas de l'ordre de la conjoncture - de la réforme gouvernementale ou de la promesse de nouveaux changements. Il n'y aura pas, il n'y aura plus, de temps nouveaux : il y aura ce qui doit advenir, c'est-à-dire ce qui est déjà là, à l'aboutissement de quoi nous travaillons. Quelque chose de superbement spenglerien taraude La Vie sur Terre, mais ce n'est pas tant l'Occident dont il serait ici question que de la métaphysique et de la société des hommes dans leur ensemble, achevant de donner à ce livre un tour plus ou moins cosmologique, exhaussant peu à peu ce qui pourrait ressembler à une doctrine fondamentale de notre nature. 

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Le moins que l'on puisse dire, donc,  est que La Vie sur Terre n'est pas un nouveau Que faire ? Sans doute parce qu'il y aurait, désormais, trop à faire. Et je trouve, en vérité, assez bienvenu que l'on vienne simplement nous dépeindre, nous montrer, nous aider à nous voir nous-mêmes, nous autres qui aimons tant nous extasier devant le miroir de notre génie, à mettre de la perspective, du champ, de l'horizon derrière le plat profil que nous présentons, sans chercher à nous faire croire à l'espérance, regrettant simplement que nous ne sachions pas contourner "ces rues de l'Age de masse en mouvement" et admettre que "la domination produit les hommes dont elle a besoin, c'est-à-dire qui aient besoin d'elle." Nous traversons les siècles en nous échinant à les maîtriser, à leur donner les contours que nous espérons, à tirer de la nature le plus grand profit en croisant les doigts pour le lendemain, et c'est peut-être bien pourquoi on rêverait de le faire lire, ce livre, à nos dirigeants et aspirants politiques : dans l'ordinaire frénésie du temps électoral, "dans le volume sonore général de ces jours si collectifs", on rêverait qu'ils soient sensibles à ce qu'une pensée humaine peut fomenter de plus profondément, viscéralement, passionnément désespérant - puisque s'y profile un avenir d'autant plus impossible que ce sont les hommes mêmes qui l'ont ainsi voulu. Même s'il est vrai que, pour désespérer du lendemain, encore eût-il fallu que nous sussions conserver la faculté de nous y projeter : "sans doute l'avenir est-il une dimension du temps qui nous est complètement sortie de l'esprit : il ne s'étend pas plus loin que les actualités télévisées du lendemain soir et nous attendons qu'on nous en montre les images."

On pense, en lisant La Vie sur Terre, à bien des choses. On se sent, d'abord, montré du doigt. Car même le plus méritant d'entre nous, le plus sensible à la marche des millénaires, le plus résolu à s'extraire de la "raison marchande", ne peut pas, à un moment donné, ne pas se reconnaître dans ce portrait infiniment sombre et défaitiste d'un monde qui a jeté son dévolu sur les promesses du confort matériel et moral au prix, donc, peut-être, de son âme : "Le progrès industriel a confisqué aux hommes le monde sensible et la société du genre humain. Et qu'avons-nous reçu en échange ? Des lanternes magiques animées à distance, de petites autos à conduire soi-même en tournant le volant, des croquettes de poisson faciles à manger, des vêtements doux et confortables avec des élastiques." Mais qu'y pouvons-nous, nous autres individus ? Peut-on décemment reprocher à quiconque de ne pouvoir, seul, porter, assumer, l'histoire des hommes ? Peut-on, sauf à nous ériger en quasi divinités, négliger ce qui nous constitue aussi comme humains : la faiblesse, la fatigue, l'indétermination ? Oui, nous sommes soumis à "l'autoritarisme du changement qui s'étonne de nous voir encore attachés à la nouveauté qu'il recommandait hier" ; oui, "on ne s'accomode de ce que ce présent factice et empoisonné nous offre qu'à la condition d'oublier les agréments auxquels nous goûtions le plus naturellement par le passé" ; et il est vrai aussi que "si nous nous souvenions de ce que nous sommes, notre vaste passé plein d'aventures et l'imprévu que c'est d'être dans l'univers, ces belles fins de journées aux lumières glorieuses nous pousseraient à des actes de désespoir ; soit à nous réunir en d'intraitables conspirations. Mais rien, nous baissons le regard et chacun rentre chez soi." Pourtant, l'intention de Baudouin de Bodinat n'est certainement pas de stigmatiser ce qui en nous est condamné à demeurer veule, inepte ou complaisant : là aussi repose notre part d'humanité. C'est en quoi le propos de Bodinat est touchant : c'est qu'au fond sa rage n'atteint personne en particulier, elle n'est que la rage, triste, dépitée, d'un témoin qui n'a pas plus que nous la musculature de Sisyphe ou l'omnipotence de Zeus. Il persiste, pourtant, à nous observer ; à traquer dans notre existence et dans notre quotidien ce qui, à l'ultime seconde, pourrait encore le porter à modifier son jugement. Le terrible est que cela n'aboutit jamais, que tout au contraire vient le conforter, que rien, semble-t-il, et sûrement pas en nous, ne soit plus apte à nous sauver. Il faut donc se résigner à vivre dans "un monde où il faut construire des toilettes publiques sur les pentes de l'Everest à cause de l'affluence des promeneurs, qui peuvent là comme ailleurs utiliser leur portatif grâce aux réseaux de satellites déployés en orbite basse : "il fait très beau, la vue est superbe !" ; observer avec lui "que les six milliards qu'on est à piétiner ce globe en sont réduits à fouiller partout pour trouver à se sustenter sur-le-champ, comme des affamés à la recherche de racines ou de n'importe quoi et bientôt toute la suite des siècles futurs est mangée et dans l'affolement les Etats en viennent à se disputer à l'arme lourde les derniers gisements de temps fossile, les quelques décennies avariées qui restent" ; à déplorer le temps où "dans la pénombre fraîche du vestibule et les reflets d'eau calme de sa bibliothèque vitrée d'autres mains ouvriraient à leur tour ce volume annoté au crayon dans l'autre siècle ; tel était, dans la vie profonde de l'oubli, l'aimable commerce des morts avec les vivants ; et notre existence touchait par là à une manière d'éternité."

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Keun Chul

Livre de déploration, donc. Ce qui, convenons-en, est assez vain. Car "maintenant que même les Chinois ont des escalators, des digicodes, des cartes de crédit, des gratte-ciel et des maladies pulmonaires ; que même les Papous ont des boissons gazeuses, des parkings, des T-shirts et des radio-cassettes ; que les Eskimaux ont des scooters, des statistiques de suicide et du diabète de type 2", qu'y pouvons-nous ? Mais c'est, précisément, ce caractère vain qui donne à cette prose splendide, à cette pensée souillée au contact du monde, sa beauté presque créatrice. Car vain ne signifie pas que les choses, les mots, soient sans effet. Le fonctionnalisme du temps nous a habitués à ne rien faire, à ne rien écrire, qui n'ait sa projection dans le réel, qui ne conduise à une certaine modification, même infime, du réel. Quitte à lui faire courir le risque de l'incessant mouvement, de la perpétuelle agitation, et alors nous ne sommes plus bien sûrs de ce que nous avons sous les yeux. Sans doute avons-nous nous-mêmes, par désir de faire et d'avoir, interdit qu'on ne puisse plus désormais fixer le réel, témoigner de lui, et "ce nervosisme augmente et contamine l'ambiance sociale d'une complète indifférence quant à la circonstance où se trouve l'humanité." A vouloir à tout prix vivre dans un monde un, régenter les choses de manière à ce qu'elles lui offrent tout ce dont il a le caprice, l'homme a sans doute éteint "tout ce qui faisait aimer cette vie pour ce qu'elle était périssable", et s'est condamné à "la claustrophobie de la société intégrale" dont même l'évasion touristique est devenue un leurre : "et roulerait-on des heures et des jours par des routes ensuite de plus en plus étroites et cahoteuses, ce serait toujours pour arriver en fin de compte chez des téléspectateurs assis à regarder Amour, gloire et beauté en traduction automatique dans leur idiome."

De tout cela, conscient ou pas, l'homme de la rue est malade, ou fatigué. Baudouin de Bodinat s'étonne, s'alarme, de constater sur les figures et dans les comportements humains autour de lui autant d'"altérations de la conduite" de "bizarreries", de "courtes aberrations", d' "appauvrissement du vocabulaire", d' "anomalies syntaxiques et sémantiques", "un je ne sais quoi d'indigence dans le tour que prend la conversation enfermée dans un cercle de notions de plus en plus restreintes", de "rabâchages à chaque fois très convaincus", d' "irritabilités subites, sans raison apparente, peut-être endogène", de "discrètes manies", de "bafouillements" de "susceptibilités vraiment inouïes", de "soupçons compliqués", d "euphories manifestement irréalistes suivies d'abattement" ou d' "indignations morales fatigantes." Ce sont là les maladies du temps, sans doute, mais plus encore les maladies du temps industriel et marchand, "de cette époque qui trouve normal de disposer d'un réacteur nucléaire pour se raser le matin et faire le café ; qui n'imagine pas d'inconvénient à ce qu'on ravage l'univers de fond en comble afin de lui procurer du salami sous blister, de l'antitranspirant et des chemises infroissables ; qui ne s'étonne pas qu'on lui ajoute des rires enregistrés dans sa radiovision, qu'on défriche au bulldozer les derniers restes équatoriaux pour lui fabriquer des meubles de jardin qu'on peut laisser sous la pluie, qu'on lui offre des bases de données en ligne pour faire les mots croisés et des satellites de téléphonie portative pour demander ce qu'il y a au dîner." Au fil des siècles, nous nous sommes peut-être décalés de nous-mêmes, au point d'y installer le siège des nouvelles pathologies - et nous apprendrons, "si l'on ne se sent pas bien, à gérer cette tension sous le nom de stress positif avec une thérapeute behavioriste recommandée par la directrice des ressources humaines."

J'ai aussi pensé, bien sûr, à Melancholia, le film de Lars von Trier. Qui, quelque réserve que sa première partie ait pu m'inspirer, n'est pas loin d'être l'illustration cinématographique, picturale, dramaturgique, de ce qui se joue, se trame dans La Vie sur Terre. La fin du monde, bien sûr. Mais pas seulement. C'est, d'abord, en amont, tout ce qui a pu conduire Baudouin de Bodinat et/ou Lars von Trier, à vouloir penser cette fin du monde ; à essayer d'entrer dans ses raisons, ses raisons autres que matérielles, physiques ou géologiques. Affleurent, dans ce livre comme dans ce film, une espèce de nostalgie sans souvenir pour "un ciel de vieille civilisation dirait-on, lent, mobile, délicat et varié" ; un certain ahurissement devant l'apparent paradoxe de ces "trois milliards d'hommes dessous les barèmes de la "pauvreté absolue" durant que les autres avalent des vitamines pour suivre le rythme des innovations" ; d'étonnement devant ces humains qui, de manière manifeste, revendiquée peut-être, éprouvent "d'abord le soulagement, l'euphorie que c'est d'avoir renoncé complètement à tout et répudié ce moi craintif trituré d'angoisses, de vouer sa vie à la dépossession, d'avoir enfin abjuré toute idée d'en être contrarié."

Le lecteur ne trouvera donc dans La Vie sur Terre, ni recette, ni remède - à ses maux propres comme à ceux du monde. Si toutefois il accepte d'entendre cette sorte de cri, hautement littéraire, hautement civilisé, et de le considérer, certes comme un manifeste contre la raison marchande et l'ornière où elle a mis la civilisation humaine, mais bien davantage encore comme le témoignage d'un état de l'homme et de son âme dans l'histoire, il saura à coup sûr quoi en faire - même, donc, si cela est vain : "Et j'ai pensé à ce sujet qu'en voyant dans les magazines les portraits de ceux-là qu'on estime considérables en toutes activités et qu'on donne en référence à l'émulation (...), qui sont en vainqueurs dans la compétition sociale ; qu'à une époque où ces gens-là sont quelque chose, on se dit, avec un véritable soulagement, que c'est une légitime satisfaction d'amour-propre, un motif d'orgueil, une sorte de grandeur, de n'être absolument rien."

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mardi 14 février 2012

Jack-Alain Légèrement survolté

Dashiell Hedayat - Jack-Alain Léger

 

L'est pas de bien bonne humeur, Jack-Alain Léger. L'agaçant génial foutraque trublion des lettres françaises nous revient avec ce que, faute de mieux, on appellera un essai autobiographique - premier volet d'une saga qui, nous dit-il, devrait en compter sept. Que l'on ne s'attende pas à un parcours de santé : J.-A.L retrouve ici la fougue hallucinogène de sa jeunesse plus ou moins rock, plus ou moins free, quand il enregistra en 1969, sous le pseudo de Melmoth et avec les musiciens du groupe Gong, l'album Devanture des ivresses, ce même album qui, cette même année, excusez du peu, obtint le Grand prix de l'Académie Charles Cros, rien que ça, et que CBS ("CBS SS !") retira de la vente au bout de trois jours, réalisant soudain que ce garçon déjà largement possédé par la dépression et la hantise du suicide ne ferait rien comme les autres. Je réécoute, en écrivant ceci, une drôle de chanson, une parmi d'autres, Vous direz que je suis tombé : on dirait du Thiéfaine. Et celle-ci, Le blues interminable de la préposée au chalet d'aisance du bureau d'émigration, qu'on n'aurait pas été plus surpris que ça d'entendre dans la bouche de Boris Vian, de Brigitte Fontaine ou d'Higelin le Jeune. Puis vint Chrysler, deux ans plus tard, le presque tube, enregistré cette fois sous le nom de Dashiell Hedayat - hommage à qui vous voyez. Enfin bref. C'est cette énergie contestatrice, provocatrice et désespérée que retrouve Jack-Alain Léger dans Zanzaro Circus, brillant, touchant, et (nécessairement) inégal.

Jack-Alain Léger - Zanzaro CircusNécessairement, car l'objet de Jack-Alain Léger n'est pas seulement littéraire. Il gueule, fulmine, enrage, règle des comptes (nombreux), s'épanche, s'attendrit, (se) déplore, se nostalgise, se reprend, repart de plus belle : la phrase est chaotique comme ses affects sont sinueux. Reste que c'est brillant, toujours. Et méchant, donc. Derrida et Lacan ne sont heureusement plus là pour entendre. Ni Françoise Verny, la virago de chez Grasset, jamais citée, mais enfin comment ne pas la reconnaître, "la Grosse, vous voyez qui je veux dire, la méchante grosse vache qui prétend régenter à elle toute seule les éditions Grasset" ; et J.-A.L de nous rapporter par le menu cette scène où "saoule comme une vache, de la bave aux lèvres" elle entreprend de pisser, "debout, quoique titubante" sur les chaussures de Christian Bourgois. On peut ne pas toujours sourire à autant de rustique aigreur ; mais ladite aigreur est surtout la marque d'une constitution, d'une sensibilité blessée à vif, débordée, dominante, et douloureuse donc. Pétrie d'un sentiment de culpabilité, d'amertume devant le cours du monde, de révolte devant l'inculture de(s) masse(s). De haine de soi, aussi. De haine de sa maladie, cette maniaco-dépression dont les premières lances le font saigner dès les premiers bourgeons de l'adolescence, et qui emportera tout sur son passage, faisant de l'existence de Jack-Alain Léger une chose dont désormais seule disposera la maladie, qui va décider, jusqu'à aujourd'hui, de son sort, de ses humeurs, de sa capacité à écrire ou pas, de sa capacité à se supporter - ou pas. La vérité pour Jack-Alain Léger est crue, ou n'est pas. Dire tout, ou se taire. Raconter par le détail les fantasmes masochistes de l'adolescence, sa fascination pour les machos en uniformes, "les portraits des beaux Bérets verts, tout pectoraux et maxillaires, parus dans Paris Match" ; raconter l'excitation que lui procure alors "des hommes, des vrais (...), des qui matraquent les crouilles à coups de pèlerine en caoutchouc noir roulée serrée, des qui se font des colliers d'oreilles tranchées au coutelas sur les cadavres ennemis" ; et nous l'écrire, nous le dire, à nous, sur le ton de de la confession faite à sa mère suicidée ; parce qu'il y a bien de cela aussi, dans ce livre, quelque chose d'une confession d'un enfant débordé par son temps - le temps commun, bien sûr, mais plus sûrement encore son temps à lui, ce qui lui demeure inextricable dans ce qu'il vécut et eut à vivre, ce qui, dans son existence, continue de l'entailler. C'est lorsqu'il s'en saisit que les accents de vérité de Jack-Alain Léger ne souffrent plus aucune discussion, tant la mise à nu est intégrale : "Jouissance et mépris de soi. Indissolublement liés.

Zanzaro Circus n'est certainement pas le plus grand livre de Jack-Alain Léger : pour cela, je renverrai plutôt à cet article, où j'évoquais quelques-uns de ses romans (Jacob Jacobi, Le Roman, Le Siècles des Ténèbres). Le roman familial dont il est ici question, sous une forme qui, donc, n'a plus grand-chose de romanesque, constitue pourtant une lecture vigoureuse, impétueuse, viscérale, et, il faut bien le dire, aux antipodes de ce que l'époque adule, J.-A.L., verbe haut et parole franche, réfutant "ce ton compassionnel qui poisse la littérature contemporaine quand elle ne se veut pas trash, hard, crade nihilisme pipicaca, mais mol humanisme à la mie de pain, gnangnan préchiprécha culcul mouliné dans une prose minimale à l'eau de rose." Il faut, pour le comprendre, entrer dans l'urgence de Jack-Alain Léger, urgence qui, sans doute, n'appartient qu'à lui, mais qui le conduit à exercer son art dans un genre auquel il donne là, à sa manière, ses lettres de noblesse.

Jack-Alain Léger, Zanzaro Circus, L'Éditeur

mardi 7 février 2012

Brèves de lecture : Christian Gailly & Bertrand Redonnet

Christian Gailly, La Roue et autres nouvelles (éditions de Minuit) / Bertrand Redonnet, Géographiques (éditions Le temps qu'il fait)

Au prétexte de lever le pied critique, je m'en voudrais de ne pas mentionner, fût-ce brièvement, deux lectures récentes.

Bertrand Redonnet - GéographiquesLoin de l'actualité, commençons par Bertrand Redonnet, auteur de Géographiques, petit livre très charmant paru aux éditions le temps qu'il fait. Charmant : l'emploi de ce qualificatif délicat, presque désuet, pourra surprendre. C'est qu'il y a bien quelque chose de cet ordre dans ce récit à la fois drolatique, taciturne et formidablement vivace. L'on peut même, par moments,  y goûter une lointaine délectation dix-huitiémiste ; comme Jacques le Fataliste, qui ne niait pas être "une espèce de philosophe", les personnages de Redonnet, très humbles de tempérament et fort civilisés, sont de bienheureux gaillards que soudent l'amour de l'esprit, un authentique bon sens et un insatiable goût pour la tablée. C'est autour d'elle d'ailleurs qu'ils vont ce soir se quereller, mais comme on ne se querelle plus guère, c'est-à-dire avec estime, considération et franche camaraderie. L'objet de la querelle, si objet il y a, car au fond tous ces hommes font de beaux et grands humanistes, soucieux de l'autre autant que de raisonner avec une certaine hauteur d'âme, serait donc un certain rapport, scientifique ou poétique, à la terre. A l'instar de ce Poitou que Redonnet et moi-même avons en commun, et dont il parle avec de beaux accents de vérité, ces hommes forment "un monde franc où l'embuscade n'est pas permise. Tout le contraire d'un pays de chicane. Seul un pommier de plein-vent, parfois de ses bras noirs, pleure sa désolation sur une plaine immobile." Cette considération géographique, choisie parmi tant d'autres, résume assez bien ce qui anime ces bons vivants qui clament en banquetant l'amour des terres où ils vécurent et font mine de se gourmander au prétexte de désaccords spirituels ou étymologiques. Ce huis clos sans affèterie parvient, comme le recommandait le siècle des Lumières, à nous entraîner dans son élan vital et malicieux, sa bonhommie de façade et son mouvement très enjoué, mais sans que jamais ne se desserre l'impératif d'une pensée qui fût de haute précision. Aussi avons-nous l'impression d'être nous-mêmes attablés, goûtant le vin de Hongrie autant que l'émotion des convives, et de participer à cette sorte de joute qui n'est pas seulement oratoire, mais bel et bien physique, traversée d'éclats, de sourires entendus et de nostalgie. Car, au fond de tout cela, revient toujours chez Redonnet, incessante, obsédante, cette question de l'exil, qui comme on sait constitue le principal sujet de son blog, L'exil des mots. Tout cela passe par la littérature : c'est bien de la langue dont il est ici question. Voilà pourquoi, sans doute, Bertrand Redonnet n'avait, selon moi, jamais aussi bien écrit.

N.B. : Plus récemment, Bertrand Redonnet a fait paraître Le théâtre des choses, évoqué ici.

 

Christian Gailly - La roue et autres nouvellesVenons-en, donc, à Christian Gailly, dont vient de paraître, chez Minuit bien sûr, La Roue et autres nouvelles. Le moins que l'on puisse dire est que les quelques livres que j'ai publiés jusqu'ici ne portent guère de traces de l'admiration que je porte à cet écrivain - preuve, s'il en était besoin, que nos influences passent par de bien insondables tamis. Ecrivain dont il devient d'ailleurs difficile de parler, tant est forte l'impression que tout a été dit déjà - son minimalisme, son écriture en butées et soubresauts, sa filiation d'avec l'absurde, son amour du jazz, sa personnalité effacée, casanière... D'autant qu'aucun livre de Christian Gailly ne nous surprend jamais vraiment. Au fil du temps, on ne le lit d'ailleurs plus pour cela, mais simplement pour le retrouver, lui, son personnage, ses personnages, pour prolonger et perpétuer le joli miracle de nos premières lectures. Pour retrouver sa voix, et, par là, un peu de notre chez-soi. Pour savoir où il en est, pour vérifier. On peut, pour le découvrir, commencer par n'importe lequel de ses livres, tout s'y trouvera déjà. Ce ne sont jamais, dira-t-on, que des petits livres sans histoire, des petites histoires balbutiantes, sans queue ni tête. C'est comme cette histoire de roue qui ouvre le recueil, et que je tiens pour une des plus belles pièces qu'il ait jamais écrites. Pour elle seule il convient d'acquérir tout le recueil - non qu'elle fasse de l'ombre aux autres d'ailleurs, enfin un tout petit peu quand même, parce qu'il y a là concentrée toute la matière et toute la moelle de Gailly, mais ce petit objet est tellement parfait, tellement pénétrant. Gailly a cette manière absolument unique de nous faire entendre la mélodie du temps, l'aléa perpétuel, cet accident incessant où les choses trouvent toujours à se produire, cette insoluble tension que constitue le seul fait d'être mis en relation avec d'autres humains, ou, même, simplement, avec le dehors. Il m'a toujours donné l'impression d'écrire avec les yeux écarquillés dans le vide. De ne pouvoir faire autrement que de regarder passer les choses qui lui passent sous le nez, tout en s'en découvrant parfois l'acteur. Au fond, pour lui, on dirait que les choses vont toujours trop vite. A peine le temps de les voir, de les saisir dans leur mouvement, moins encore de les penser, que, hop, une nouvelle chose chasse l'autre. Gailly passe son temps à éponger ce qui, de l'extérieur, parvient jusqu'à lui ; il est, à sa manière, le réceptacle le plus juste et le plus précis du monde ; et comme cette infinie précision vient d'un grand maître de l'ellipse, le contraste n'en est que plus étonnant, et merveilleux. Il est un des rares à savoir écrire avec cette apparente légèreté, cette grâce un peu vaporeuse, à savoir mettre un peu d'amusement et de facétie dans les choses graves et profondes dont ses personnages nous parlent, et à pouvoir laisser derrière lui autant de traces aussi indélébiles.

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mardi 24 janvier 2012

Le Magazine des Livres, n° 34 - Janvier/février 2012

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Autant vous le dire, je suis tout spécialement attaché au trente-quatrième numéro du Magazine des Livres, qui paraît aujourd'hui.

- Tout d'abord, je m'y entretiens longuement avec Lionel-Edouard Martin, alors que son nouveau roman, Anaïs ou les Gravières, dont j'ai donc l'honneur d'être l'éditeur, paraît le 14 avril prochain aux éditions du Sonneur. Ceux qui me lisent savent l'admiration que je porte à son oeuvre, et, ce faisant, peuvent imaginer la joie que j'ai de pouvoir contribuer à faire connaître cet écrivain encore si méconnu. Si Lionel-Edouard Martin parle avec la pudeur et l'humour qu'on lui connaît, la conversation très libre que lui et moi avons eue donne une idée assez complète, et en vérité assez inédite, de son rapport au monde et à l'écriture.

- Ensuite, je suis très heureux que Carte blanche ait été donnée à Valérie Millet, fondatrice et directrice des éditions du Sonneur - où j'officie donc depuis quelques mois. Revenant sur la création de cette maison il y a un peu plus de six ans, elle revient, dans un article intitulé Ceux qui passent, ce qui passe, sur un certain nombre d'idées reçues, et interroge utilement quelques-uns des poncifs de la modernité éditoriale. Du Sonneur, j'aurai naturellement bien des occasions de reparler sur ce blog.

Les lecteurs trouveront enfin mes recensions des ouvrages de Tibor Déry (Derrière le mur de briques, éditions de La Dernière Goutte), de Joseph Vebret (Menteries, éditions Jean Picollec), et de Fabrice Lardreau (Un certain Pétrovitch, éditions Léo Scheer).

Je vous laisse découvrir ici le reste du sommaire, particulièrement riche.


jeudi 8 décembre 2011

Francis Carco - Rien qu'une femme

Francis Carco - Rien qu'une femme
C'est à un nom bien oublié que les Éditions du Sonneur tentent aujourd'hui de redonner un peu d'actualité. On ne compte plus, pourtant, ses innombrables romans, recueils de poésies, pièces de théâtres ou chansons - dont certaines eurent pour interprètes pas moins que Fréhel ou Edith Piaf. Sa trajectoire lui fit croiser les pas d'Apollinaire, de Raymond Dorgelès, Paul Bourget, Jean Paulhan, de tant d'autres encore, et de bien des peintres (Vlaminck, Valadon, Derain...). Enfin, Colette, à laquelle le lia une profonde amitié. Il recevra le Grand Prix de l'Académie Française pour son roman L'homme traqué, avant d'intégrer l'académie Goncourt, deux ans avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale.

L'existence de Francis Carco, puisque c'est de lui qu'il s'agit, fut pourtant moins linéaire et tranquille que ne pourraient le laisser croire ces quelques allusions biographiques. Ballotté au gré des mutations d'un père autoritaire et violent, le jeune Carco n'aura guère eu de domicile fixe avant longtemps. Parti vers ses dix ans de Nouméa, où il naquit en 1886, il aura aussi bien vécu à Châtillon-sur-Seine qu'à Villefranche-de-Rouergue, Nice, Agen, Lyon ou Grenoble - sans parler de Montmartre, où il connut la bohème et arpenta le Lapin Agile de la grande époque. Les bas-fonds n'avaient guère de mystère pour lui, et il n'est certainement pas abusif de considérer que toute son oeuvre en témoigne.

Un personnage, donc, qui pourrait avoir tous les traits de son époque, n'était une sensibilité que l'autoritarisme paternel contribua, et pas que peu, à écorcher. La poésie, très tôt, lui fut d'un incontestable secours, mais l'ensemble de son oeuvre romanesque en porte les traces - ou les stigmates. Y compris, donc, ce roman-ci, Rien qu'une femme, où il est question d'un jeune adolescent qui vit avec sa mère depuis que son père prit la tangente avant même qu'il soit en âge de s'en apercevoir. Mère qui, au demeurant, ne semble nullement chercher à consoler, pas même à compenser, la solitude affective de son fils. Toujours est-il que c'est dans l'hôtel dont elle est la "Patronne" et dans les bras de Mariette, une domestique, qu'il apprendra les rudiments de l'amour, et (davantage encore peut-être), du plaisir sexuel. Car sous ses apparences de parfaite correction littéraire, et dans une langue qui, si elle n'a rien d'exceptionnel, n'en est pas moins rigoureuse et toujours très soignée, Rien qu'une femme n'hésite pas à éplucher la toute-puissance de l'élan sexuel et à faire la lumière sur des pans à tout le moins ombrageux de la psyché d'un jeune homme naïf et tourmenté. Ce fut d'ailleurs une des ambitions (et le plaisir ?) de Francis Carco que de donner à lire des livres qui, sous une apparence convenable, sonnaient gaillardement la charge contre les morales dominantes de son temps. Cela donne un livre assez touchant, où d'implacables considérations sociales viennent s'ajouter aux affres de la détresse intime. Tout cela a un peu vieilli, c'est sûr, et la rumination sentimentale tombe parfois dans un ressassement un peu édifiant. Il n'empêche. Pour peu que l'on soit curieux de l'esprit qui prévalait alors, pour peu aussi que l'on veuille bien entendre ce qui conduisit Francis Carco à sans cesse tourner autour de ces questions parfois scabreuses (la place et la fonction, ici, notamment, de la violence dans l'amour), ce roman laisse traîner un charme qui ne manque ni de soufre, ni de tenue, ni d'authenticité.

Travaillant comme éditeur aux éditions du Sonneur, mes recensions d'ouvrages émanant de cette maison ne seront publiées que sur ce seul blog personnel.

 

samedi 3 décembre 2011

Du roman, du vrai

Roland Devolder


On lit depuis quelques temps, un peu partout, dans la presse ou sur Internet, des prises de position, dont beaucoup émanent d'écrivains, sur le roman et son statut, brouillé à force de dilution : le roman serait moribond, à tout le moins, nous dit Philippe Forest, en 
« coma dépassé » ; son appellation même serait devenue trompeuse, et cynique : la mention « roman » en couverture d'un livre permettrait surtout d'en espérer un certain gain - ce que je n'ai jamais pu vérifier par moi-même, mais sans doute cela ne concerne-t-il que les auteurs de grand talent. Et Philippe Forest de s'émerveiller de la volonté (auto)proclamée du roman contemporain de « se tourner vers le vrai », et de louer sa méfiance à l'égard de ceux qui refourguent « au lecteur de façon très peu imaginative les mêmes intrigues stéréotypées avec des personnages de papier-mâché dans des décors en trompe-l’œil. » Cri du coeur, donc : "on veut du vrai !". Et Forest de distinguer enfin, à la lueur des dernières remises de prix et dans une formule qui emprunte aussi bien à la malice journalistique qu'à la souveraineté professorale, mais au demeurant sans doute destinée à faire florès, le roman vrai du vrai roman. Philippe Forest est par ailleurs un excellent littérateur, là n'est pas la question, mais je distingue davantage dans ce type d'assertion une justification de sa propre littérature (échafaudée, le concernant, « sur l'expérience personnelle ») qu'un souci d'étayer une pensée du roman qui fût un peu neuve (qu'importe, d'ailleurs), et surtout fondée. Je sais bien que l'intention n'est pas celle-là, et que le bon mot cherche davantage à marquer les esprits qu'à faire oeuvre de lumière, mais il faut tout de même se méfier un peu d'un mouvement, d'un geste, d'une parole lancée à la cantonade qui, sans en être l'objectif, pourraient inciter à l'érection de nouveaux carcans, d'un nouvel idéal-type, là où s'engouffrent toujours tous les académismes. Bref, d'aucuns semblent s'étonner que le roman n'ait (plus) guère de définition universelle et unilatérale, à quoi je serais bien marri qu'ils se donnassent (eh oui) pour mission de lui en (re)donner une.

J'ai l'air, comme ça, de me moquer un peu. Pas tant que ça. Pour la simple raison que je n'ai sur ces questions pas le moindre début d'opinion, et que je n'aspire sûrement pas à en avoir. À cet instant précis, je ne suis donc pas un « intellectuel » - si tant est que la chose me soit déjà arrivée, mais c'est sans importance. Autrement dit, si j'admets et perçois l'intérêt théorique, historique, sociologique, voire métaphysique de cette disputatio moins neuve qu'il y paraît sur la notion de roman, la vérité est que cela ne m'intéresse pas beaucoup - rien, en tout cas, qui justifiât que mes pensées débordassent (eh oui) du cadre de cette notule. J'aurais même, pour tout dire, tendance à y voir, qu'on me pardonne, une sorte de propos de salon, de divertissement mondain. J'éprouve toujours un peu de circonspection devant ce genre de débat, me demande toujours quel en est, au fond, le mobile - car il y a toujours un mobile : si vous lisez des romans avec des personnages de papier-mâché dans des décors en trompe-l’œil, vous en savez quelque chose.

Je ne déteste rien tant que tout ce qui vient à verser dans l'anti-intellectualisme : ce pourquoi je mesure aussi les limites de ce que je viens d'écrire. C'est qu'une part de moi, une part, disons, instinctive, demeure toujours un peu dubitative quand un écrivain se met en tête de fournir une explication à portée générale de ce qu'est ou doit être l'écriture - ou, donc, quand un romancier fomente une comparable ambition à l'égard du roman. La chose pourra surprendre, étant entendu qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Mais aucun débat sur ce qu'est le roman ne peut échapper aux scories de l'académisme, fût-il rampant. Je ne crois pas qu'il existe de bonnes définitions du roman, et je ne crois pas que les écrivains aient à se poser la question ; je crois même tout le contraire : que les bons écrivains sont précisément ceux qui ne prêtent pas l'oreille à la rumeur théoricienne, ceux qui par nature pressentent ce que l'ambition théorétique doit aux circonstances ou au goût du jour, ceux pour qui la création d'une forme requiert précisément l'oubli (sans doute relatif, certes) des formes. J'ai donc un propos spontanément, essentiellement, positivement individualiste. J'ai de l'intérêt et de la curiosité pour bien des choses, pour bien des formes, pour bien des genres (et j'ai ma part de mauvais goût), aussi m'attristé-je toujours de tout ce qui pourrait chercher à faire école. La vérité de la littérature, s'il en est une, se passe de toute vérité particulière, grégaire ou corporatiste. L'on ne peut pas défendre l'absolu du geste littéraire en en cadenassant les formes aimables ou estimables, en dressant un catalogue des bonnes et mauvaises manières du roman. Le roman est un mot qu'il est absurde et vain de vouloir définir, c'est un ensemble auquel il ne faut pas chercher à donner des contours. Dans le quant-à-soi de nos lectures, nous savons bien, nous, ce qui relève ou pas du roman, nous savons bien, surtout, ce qui appartient en propre à la littérature ou se contente d'en singer les atours. Du mot, donc, je préfère entendre ce qu'il contient et conserve d'incertain - tenant à cette incertitude : elle est le gage même de l'incessant renouvellement du roman, et des heureuses vicissitudes du goût. Écrivains, laissons à d'autres le soin d'élaborer les classifications et les typologies de la littérature : ceux-là, je les lirai, car j'aime qu'on m'aide à comprendre les faits humains. Mais prenons garde, nous-mêmes, pour nous-mêmes, de ne jamais édicter de prescriptions (qui d'ailleurs pourraient nous revenir à la figure), ni de proscrire quelques formes que ce soient : cela, la société, le temps, l'écume, s'en chargent déjà.

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mercredi 30 novembre 2011

Jean-Claude Pirotte - Place des Savanes

Jean-Claude Pirotte - Place des savanes
U
n petit mot, tout de même, sur le dernier livre de Jean-Claude Pirotte, auteur dont je dois confesser que je le connais bien mal, nonobstant une déjà grosse quarantaine d'ouvrages publiés - et quelques prix de qualité. Eh bien je dois dire que Place des Savanes est un petit régal, très spirituel, composé avec beaucoup d'allant, de verve et de brio, d'une authentique liberté de ton et de style, et qui réussit le tour de force d'être parfaitement fluide tout en donnant l'impression de se soucier de l'être à peu près autant que d'une guigne.

Prétexte à d'incessantes et très moqueuses digressions sur notre temps, ce temps de juges, de flics et de peuple-procureur, et à une langue qui ne manque pas de rouerie, l'intrigue, sous des abords un poil foutraques, n'en est pas moins finement serrée. Le narrateur, adolescent on ne peut plus précoce, déjà amplement averti de la vacuité de son époque, se révèle très attachant, tout comme nous sommes séduits par la personnalité de ce bien étrange et insolite grand-père, de toute évidence un ancien du milieu - bref, un sage à sa manière, buveur devant l'éternel, entouré de deux geishas peu ou prou interchangeables.

Ce qui assez original, chez Pirotte, c'est cette manière qu'il a de ne pas y toucher, de manifester une sorte de désinvolture, d'indifférence, de laxisme, mais de prendre, au fond, tout à coeur. L'écriture est d'ailleurs bien plus ciselée qu'on pourrait d'emblée le croire, trompés que nous serions par l'énergie qu'elle dégage. Et si on le sent assez peu à l'aise avec la vie contemporaine, si l'on sent bien, chez lui, la nostalgie, par exemple, du vieux Paris, ou celle de cette faune qui survit le jour en se refaisant une sociabilité la nuit dans les bars de quartier, il n'en prend pas moins plaisir à régler son compte aux temps modernes. Mais avec une causticité qui prévient et vaccine de toute aigreur. On pourrait lire ce Pirotte-ci comme on se repasserait un de ces films des années cinquante où, sur des dialogues d'Audiard (obligé), quelques fines gueules bien charpentées, Gabin, Ventura ou quelque autre monstre sacré, trouvent toujours à tromper leur monde. Reste que c'est bien de littérature qu'il s'agit : elle est même, au fond, ce qui motive ce roman, lequel n'est, ni plus ni moins, qu'une authentique manière de lui rendre hommage.

 

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jeudi 24 novembre 2011

Novembre au Sonneur, Elsa Triolet à Tahiti

Elsa Triolet - A Tahiti


L
es éditions du Sonneur publient ce mois-ci un document intéressant : le premier livre d'Elsa Triolet, publié en russe en 1924, qui fit suite à son séjour à Tahiti entre 1919 et 1920. Elsa Triolet a-t-elle à l'esprit d'entreprendre une oeuvre, cultive-t-elle seulement le souci d'être écrivain, je ne saurai le dire ; toujours est-il que, dans sa dédicace à André Triolet, son premier mari dont elle conserva le patronyme, elle considère ce texte comme appartenant à "l'enfance de son écriture." L'expression est d'autant plus appropriée qu'émane parfois de la parole de cette encore jeune femme quelque chose d'en effet un peu ingénu, presque candide. Cela ne serait que cela, pourtant, une sorte de journal de voyage joliment troussé, fin, spirituel, s'il n'était teinté d'un ordre bien différent, éminemment littéraire, anxieux, toujours troublant, d'où appert une étonnante et singulière maturité.

Le séjour d'Elsa et André Triolet à Tahiti a quelque chose d'une évasion, comme le suggère Marie-Thérèse Eychart dans sa très juste préface : André, officier à la mission française de Moscou, fuit les lendemains du carnage de 14/18, Elsa fuit la déconvenue d'une impossible relation avec Maïakovski, qui, donc, lui préfèrera sa soeur, Lily Brick. Tahiti est loin alors d'être une île paradisiaque - ce que d'ailleurs elle n'est toujours pas, taraudée par une assez grande misère, mais le tourisme s'y est depuis installé, quand à l'époque on ne pouvait guère espérer s'y rendre en moins de six semaines. Elsa Triolet consigne dans ce livre ses impressions quotidiennes, empreintes d'un mélange de sensibilité naturaliste, d'étonnements ethnologiques, de lassitude et de dépression. Ses observations sont d'une minutie très étonnante, au point que, par moments, je dois bien avouer m'y être un peu ennuyé. Pourtant, l'on conserve de cette lecture une drôle d'impression : outre que son écriture y est très grâcieuse, voire très féminine (et qu'on me fasse grâce d'une définition de l'écriture féminine...), outre aussi que le propos est d'une intelligence que j'ai souvent trouvée remarquable, il émane de ce livre un parfum assez indéfinissable, fruit sans doute d'une complexion que l'on dirait presque, parfois, aristocratique, d'une incessante curiosité pour tout ce qui l'entoure, mais peut-être davantage encore parce que l'on sent poindre, page après page, un sentiment croissant de déconfiture, de fatigue, de danger, qui fait entendre un authentique mal du pays : Elsa souffre de solitude, elle souffre du climat, elle s'ennuie de la Russie, de l'Europe - et d'expliquer "comment ce pays vous engourdit, vous étouffe : cela est tout aussi insupportablement sucré, inévitable et pénible. (...). ... Et bientôt il n'y aura, et aujourd'hui et demain et toujours, plus rien que la mer qui nous garde, l'anneau de corail qui nous enserre, la verdure muette et humide, l'éclat des fleurs, les Maoris majestueux, le soleil qui se lève et se couche, et la nuit brillante et étouffante comme le jour."

Elsa Triolet semble éprouver une certaine fragilité à la vie, elle se livre finalement moins à l'existence qu'elle ne la questionne ; elle ne cherche pas son identité, mais au moins sa place, au moins une manière d'être et de vivre qui lui soit plus conforme. Elle a, à Tahiti, une vie sociale assez dense, mais on distingue assez bien, entre les lignes, ce qui nourrit son malaise, son esseulement, cette sensation, probablement, de se sentir étrangère, y compris à elle-même : une certaine manière de décrire les scènes de la vie quotidienne, d'évoquer les mille détails de la vie matérielle, de dépeindre les soirées chez les notables blancs. Soirées pour lesquelles elle s'apprête et enfile ses chaussures à hauts talons, avant de regarder ce petit monde s'ébrouer, de contempler les femmes danser et les hommes faire leur cour, de consigner les ragots (dieu sait s'il y en a), de décrypter le tempérament, les habitudes, les traits particuliers aux insulaires. On se laisse aller à cette lecture avec empathie et langueur, surpris par l'acuité de cette jeune femme douée d'une très grand sens de l'observation, et de toute évidence déjà prête à bien des horizons poétiques.

Traduit du russe par Elsa Triolet elle-même - Préface de Marie-Thérèse Eychart

Travaillant comme éditeur aux Éditions du Sonneur, mes recensions d'ouvrages
émanant de cette maison ne seront publiées que sur ce seul blog personnel.

 

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lundi 21 novembre 2011

Sur Mettray (... et sur Joël Roussiez dans la revue Mettray)

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ne fois n'est pas coutume, je voudrais attirer l'attention sur une revue : METTRAY - du nom de cette petite commune d'Indre-et-Loir située à proximité de Tours. Créée en 2001 par Didier Morin, lequel rend ici hommage, avec une extrême sobriété qui en dit long sur son chagrin, au peintre Roman Opalka décédé il y a quelques semaines, et qui livre par ailleurs un entretien très dense et très personnel avec ce grand nom du théâtre qu'est Antoine Bourseiller, METTRAY n'a d'autre prétention que de dire ses attaches et ses enthousiasmes, sans souci de clinquer ni désir d'ameuter la foule. Elle ravira tous ceux qui n'aiment rien tant que renifler l'air où le temps s'absente et fourrager hors des chemins balisés. METTRAY n'a pas d'ailleurs pas l'heur de rouler sur l'or, nulle couleur ne rehausse son antique papier ; tant mieux : rien ne vient y distraire notre lecture.

Je m'y suis en fait et spécialement intéressé en raison de la présence de Joël Roussiez, qui signe en fin de volume deux nouvelles saisissantes (notamment Aux malheurs éternels, prodigieuse, et qui décidément ne ressemble à rien de ce que j'aie jamais pu lire.) Ce Joël Roussiez, je ne l'ai découvert qu'assez récemment, avec le très beau Un paquebot magnifique, paru à La rumeur libre. Fort méconnu encore, qui plus est éminemment discret, il me semble être pourtant un écrivain tout à fait unique, naviguant entre prose et poésie, contes et romans, déployant un univers très personnel, dense, insolite, imprévisible, inquiétant et burlesque, sur le fil d'une écriture dont l'étrangeté n'affecte pas le relatif sentiment d'évidence qu'elle procure. J'avais dit sur Un paquebot magnifique quelques mots (trop) brefs ici : on en lira mieux et davantage sur le blog de l'écrivain Romain Verger, ou en réécoutant l'entretien qu'il donna à Alain Veinstein sur France Culture.

Jack Kerouac - Photo - John CohenIl serait toutefois inéquitable de n'évoquer que les deux nouvelles de Joël Roussiez, ce nouveau numéro de METTRAY accueillant aussi l'ultime texte, limpide, du philosophe Kostal Axelos, disparu en 2010 (Onze remarques critiques sur le Marquis de Sade), ainsi que de nombreuses photographies, très belles, très incarnées, de John Cohen (Jack Kerouac, Bob Dylan, Robert Franck, Delphine Seyrig, Allen Ginsberg etc.)

En couverture : Roman Opalka

Ci-contre : Jack Kerouac / Crédit : John Cohen


Pour se procurer (et soutenir) METTRAY : adresser un chèque de 16 euros pour deux numéros (port compris) à l'ordre de METTRAY - 40, rue du Panier - 13 002 Marseille.