samedi 21 mars 2009

THEATRE : L'Habilleur - Ronald Harwood


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A
u sortir du Théâtre Rive Gauche, Marie et moi n'avons d'autre mot à nous dire que : "Il n'y a rien à dire". Si notre esprit critique a certes tendance, par principe, à baisser la garde devant Laurent Terzieff, nous ne voyons pourtant rien, vraiment rien, ici, qui puisse susciter la moindre réserve, presque la moindre conversation. Ce fut un moment parfait, nous le savons - et nous le savions dès les premiers instants.

L'entièreté du mérite n'en revient certes pas à Laurent Terzieff, mais il est difficile de faire abstraction du génie profond, de la présence et de l'absolue souveraineté de ce comédien dont on pourrait penser qu'il habite davantage le théâtre que ce dernier ne l'habite. Car il y a bien quelque chose de cela : on ne jouit pas d'une telle intimité avec les règles du genre, écrites et non-écrites, on ne saisit pas aussi ardemment le spectateur d'un mot, d'un geste ou d'un rictus, sans être constitutif de l'idée même du théâtre et de sa légende. Il est assez prodigieux de contempler ce comédien qui, a soixante-treize ans, donne, le temps d'une pièce - ici deux heures trente, tout de même - ce qu'il y a de plus haut et de plus abouti en lui. Ce don permanent, si l'on mettait de côté le travail, la passion, l'abnégation, aurait quelque chose d'assez voisin du miracle. Jamais la moindre faute, jamais le moindre écart : Terzieff est une école de justesse à lui seul. Il est à lui seul le témoignage et l'hommage au théâtre tout entier : il en porte l'histoire, la science, les secrets, il est le témoin d'une puissance telle qu'on la lui dirait transmise par quelque obscure et lointaine transcendance. Et si l'on peut seulement se désoler qu'il s'émacie davantage à chacune de ses nouvelles apparitions, force est de constater qu'il est ou redevient, sur scène, un beau jeune homme, capable d'autant de facéties enfantines que de saillies désespérées ; de jouer la vie aussi bien que la mort.

L_habilleur___Avant_sc_neDonc, il y a quelque chose d'un peu inéquitable à n'évoquer ici que le magistère de Laurent Terzieff - car il faudrait louer chacun, à commencer par Claude Aufaure, remarquable quels que soient les registres, immense comédien lui aussi, partenaire historique certes mais comme qui dirait naturel de Laurent Terzieff, et attribuer une mention spéciale à Philippe Laudenbach, qui incarne avec grand talent un personnage décalé, impétueux, sarcastique et en tous points réjouissants. D'autant plus inéquitable, donc, que L'habilleur est un hommage au théâtre et aux troupes qui en font l'histoire et la légende. Moyennant quoi, à certains moments, et pas seulement lorsque la mise en scène nous invite à tourner notre regard et à explorer les coulisses comme une scène qui dès lors n'aurait plus rien à envier à l'autre, me suis-je fait la réflexion que nous riions comme riaient sans doute ceux qui assistaient aux mises en scène du temps de Molière. Le procédé est classique, mais il permet ici de magnifier la figure du comédien, de dire combien sa passion charrie d'angoisses insurmontables et de montrer les affres qu'elle l'oblige à endosser.

L'habilleur est donc à la fois un hommage au théâtre et le témoignage de son immanente et perpétuelle actualité. La scène se déroule pendant la dernière grande guerre, en Angleterre. L'aviation allemande bombarde la ville alors que les comédiens s'apprêtent à jouer Le Roi Lear, et que le "Maître" (Laurent Terzieff), revenu de la ville où il s'était laissé égarer, se confronte au doute, dans sa loge, accablé par un sentiment puissant et complexe d'inutilité et de vacuité. Le Maître divague, il tâtonne et se maintient en un équilibre très précaire. Jusqu'au moment où son brave, loyal et roublard serviteur (Claude Aufaure) l'informe que "ce soir, on fait salle comble". Éclat dans le regard ressuscité du maître, regain d'intérêt pour la vie - pour le théâtre : le public est revenu, il est là, toujours là. Et le Maître, requinqué, plus souverain que jamais, de s'en prendre aux bombardements : "Mr Hitler rend la vie très difficile aux compagnies shakespeariennes". La pièce dans la pièce va pouvoir commencer, et ce seront plus de deux heures de tumulte, de déchirements, de roublardises, de déclamations, personnages et comédiens se confondant aux yeux d'un public qui en redemande et qui, assistant au dédoublement des uns et des autres, pourra parfois se demander qui est le public de qui. Histoire de dire que l'homme et le comédien ne font qu'un, que la vie du comédien est la comédie même ; que vivre et représenter, que vivre et jouer sont deux manières indifférenciées de se doter d'une existence.

Tout dès lors est remarquable, et la troupe, virevoltante, rend son hommage unanime au théâtre avec force maestria, humour, intelligence, trouvant d'emblée ses marques autour de ce déjà vieux couple que forment Terzieff et Aufaure, plus sensibles et lumineux que jamais. Elle sert un texte très vif, serré, percutant, diabolique à souhait, dont tous les tiroirs sont destinés à être ouverts. Tout cela pour aboutir à ce chant qu'entonnent les hommes de qualité dans un même élan de joie combative, afin que perdure une exigence esthétique qui, bien sûr, a tout d'une éthique. 

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L'HABILLEUR - Pièce de Ronald Harwood

Adaptation de Dominique Hollier
Mise en scène de Laurent Terzieff

Avec :
Laurent Terzieff (Le Maître), Claude Aufaure (Norman), Michèle Simonnet (Madge), Jacques Marchand (Geoffrey Thornton), Nicolle Vassel (Lady M.), Philippe Laudenbach (Mr Oxenby), Émilie Chevrillon (Irène).

 

 

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jeudi 19 mars 2009

Et que morts s'ensuivent : Sélection de Sud-Ouest

Sud_Ouest_2Sélection du Cahier des Livres du journal Sud Ouest, dimanche 15 mars 2009.

Machine à occire
Nouvelles. A l’homme de Paul Valéry, « prévu pour plus d’éventualités qu’il n’en peut connaître », correspond ici la figure floue de Géraldine Bouvier dont la récurrence épouse tous les rôles secondaires. Des notices nécrologiques pleines d’un humour glacé neutralisent en fin d’ouvrage la fonction romanesque esquissée à travers cette kyrielle de destins éphémères. L’auteur manie la machine à occire avec une cruauté réjouissante. (L.G.)

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mercredi 18 mars 2009

Prix littéraire - Prix Lavinal

Et_que_morts_s_ensuiventEt que morts s'ensuivent vient d'être sélectionné pour la 3ème édition du Prix Lavinal, organisé par la librairie Mollat, France 3 Aquitaine, le journal Sud-Ouest, Radio France Gironde et le café Lavinal.

Cinq autres livres sont en lice :

- Stéphane Audeguy, pour Nous Autres, paru chez Gallimard ;
- Dominique Périchon, pour Samedi soir et des poussières, paru au Dilettante ;
- Tatiana Arfel, pour L'attente du soir, paru chez Corti ;
- Nathalie Léger, pour L'exposition, paru chez POL ;
- Grégoire Polet, pour Chucho, paru chez Gallimard.

Le prix sera décerné autour du 11 juin, au château Lynch-Bages.
Le lauréat 2008 était Eric Laurrent, pour son livre Renaissance italienne, paru aux éditions de Minuit.

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jeudi 12 mars 2009

Bloggeurs, le Top 9

Paru dans le magazine Technikart - Mars 2009

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Ils écrivent sur Internet, ce qui ne les a pas empêchés de le faire aussi dans de vrais livres avec de vraies pages qu'on tourne. La blog sélection de "Tech".
Marc Z. Danielewski, L'amerloque ; Eric Chevillard, Le gallinacé ; François Bon, Le Pionnier, Pierre Assouline, L'institution ; Claro, Le stakhanoviste ; Anna Sam, La caissière ; Marc Villemain, L'inventif ; David Foenkinos, Le roi des salons ; Chloé Delaume, La geekette.


VILLEMAINm_OpalJF_29490_18MARC VILLEMAIN, L'INVENTIF

Écrivain et chroniqueur littéraire, celui-ci tenait un blog littéraire classique. Au moment où paraît son (bon) recueil de nouvelles ("Et que morts s'ensuivent"), il a l'idée de lancer un blog concept où sept auteurs écrivent en marabout-de-ficelle.
HTTP://LESSEPTMAINS.CANALBLOG.COM


ETIENNE DUCROS ET BAPTISTE LIGER

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lundi 9 mars 2009

Et que morts s'ensuivent : Nicolas Gary dans ActuaLitté

actualitteDécouverte ce matin d'une critique un peu étonnante de mon recueil, publiée par Nicolas Gary sur le site ActuaLitté. Disons qu'il en fait une lecture un peu charcutière mais, pour le coup, assez originale...

Lire l'article en cliquant sur ACTUALITTE (fichier format pdf).

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dimanche 8 mars 2009

Et que mort s'ensuivent : Gerald Messadié dans Le Magazine des Livres

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G
érald Messadié, dans la dernière livraison du Magazine des Livres, s'attaque donc à Et que morts s'ensuivent. Il y a trouvé, dit-il, un poison fatal.

Pour lire l'article, cliquer sur MESSADIE (fichier format pdf)
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mercredi 4 mars 2009

Et que mort s'ensuivent : Thierry Germain, dans Esprit Critique

Esprit_critique
C'est avec une certaine émotion que j'ai pris connaissance de l'article que Thierry Germain consacre à mon recueil de nouvelles. Je sais qu'il me lit depuis toujours, ou presque, qu'il a lu Monsieur Lévy aussi bien que Et je dirai au monde toute la haine qu'il m'inspire, et ceci explique très probablement l'acuité, la justesse et la profondeur de son propos. Je ne saurais décemment en dire plus, et seulement vous inviter à le lire, en cliquant ici, sur Thierry_Germain (fichier format pdf).

Du Grognard

sc000048e5Le numéro 9 du Grognard vient de paraître ; vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour vous le procurer. Sous la tutelle de Stéphane Beau, Stéphane Prat (dit aussi le manchot-épaulard) et Goulven le Brech, cette jolie revue à l'apparence aussi désuète que son ton est vif poursuit son bonhomme de chemin - ce qui ne signifie pas, loin s'en faut, que celui-ci est balisé...

Petite particularité de ce numéro : j'y publie un assez long texte, intitulé Écrire, dit-il.

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mardi 3 mars 2009

Et que morts s'ensuivent : le livre du jour d'EVENE

64Et que morts s'ensuivent est Le livre du jour du site EVENE, et fait l'objet d'une critique d'Emilie Vitel.

La critique
La note evene : 5/5La note evene : 5/5
  par Émilie Vitel

Qui connaît ou croise une Géraldine Bouvier ferait mieux de se tenir sur ses gardes. Car cette madame Toulemonde, qui assiste sans mot dire aux exécutions les plus arbitraires, n’est autre que le second rôle favori des nouvelles de Marc Villemain, un personnage clé, en somme, dans l’affaire de cet écrivain tueur en série. Et que morts s’ensuivent tient volontiers sa promesse : en quelque 165 pages, l’auteur règle leur compte à onze innocentes victimes, dans des circonstances toujours plus extravagantes. A la fois meurtrier et enquêteur, il sillonne la France et les époques en quête de la proie idéale. Celle-ci s’appelle Nicole Lambert, Matthieu Vilmin ou Edmond de La Brise d’Aussac. Cantatrice, curé ou icône sacrifiée sur l’autel de la vindicte populaire, elle cristallise le vide de l’existence et porte sur ses épaules le poids des contraintes sociales. Le ton frais et gouailleur tourne vite au sarcasme cinglant. Marc Villemain nourrit une tension délicieuse, mène ses personnages droit à la catastrophe, et réduit les tragédies à de simples anecdotes. A force de détails croustillants, il excite une curiosité malsaine, va jusqu’à réveiller certains penchants sadiques, et mène la danse jusqu’à l’apothéose. Imagé, millimétré, sordide à souhait, Et que morts s’ensuivent s’impose comme un recueil palpitant, digne du Petit Journal et autres quotidiens de faits divers qui tenaient autrefois les Français en haleine.

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jeudi 26 février 2009

Les 7 mains à l'assaut du... Monde

Par ailleurs, plaisir de découvrir que Le Monde, qui n'est pas un journal de référence pour rien..., invite ses abonnés à tendre leur propres mains aux 7 autres...

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