lundi 4 décembre 2006

Le petit meccano

Meccano
Je  devais avoir une petite dizaine d'années lorsque je me fis mes premières réflexions politiques. Je m'en souviens car j'aimais consulter le grand Atlas du monde, ce grand Atlas où je découvris, un peu stupéfait et un tantinet défait, la petitesse physique de la France - dont je pensais évidemment que c'était elle qui menait la danse planétaire. Je ne sais plus en revanche à quelle exacte occasion je me suis formulé cette réflexion d'ordre plus concret, à savoir : comment faire pour que la société fonctionne ? Mon premier mouvement, quasi instinctif, fut, non seulement légaliste, mais systémiste. Je me disais, en gros, que si chaque individu adoptait un comportement qui fût à la fois responsable et moralement inattaquable, que si chacun y mettait un peu du sien (ne pas gaspiller de nourriture, aider les vieux à traverser sur les clous, respecter la loi, tendre la main aux pauvres et prêter ses jouets au voisin, donner à tous un frigidaire - garni - et un radiateur, bien travailler à l'école et bien se tenir à la messe), alors la société pourrait adopter son régime de croisière et entrer dans un mouvement de félicité continue. En fait, je regardais la société comme un jeu de meccano. Si j'avais vent, par la télévision, la radio, ou les discussions familiales, d'un problème quelconque, je me disais que toute solution résidait dans la mise à plat dudit problème : il fallait repartir de zéro, reconstruire brique après brique, pierre après pierre, pièce après pièce. Et j'éprouvais un plaisir assez exaltant à me savoir moi-même rouage parmi les rouages, petite main qui, par son comportement responsable et exemplaire, contribuait à ce que la grande roue continuât de tourner sans à-coups : si, à mon niveau, je mettais un peu de ma propre huile dans mon propre rouage, que je serrais convenablement les boulons (pas trop fort dans le cas où je sois conduit à les desserrer mais suffisamment tout de même pour que l'ensemble tienne), alors je ne voyais pas ce qui pourrait faire obstruction à la bonne marche du monde.

Naturellement, je découvrirai plus tard que ce systémisme-là était une charmante utopie - qui plus est aux fondements relativement bourgeois. Le systémisme est bien, pourtant, ce qui semble présider aux réflexions de nos dirigeants, actuels et futurs. Il part du principe que tout se tient, que le battement d'aile du papillon peut en effet faire éternuer un nourrisson allergique à l'autre bout du monde, que tout problème génère sa solution : que tout, finalement, est une question d'ordre. De la même manière qu'il faut ranger sa chambre et la nettoyer afin d'en éliminer les acariens, la société doit lutter contre ses propres scories, microbes et virus. L'hyper-hygiénisme contemporain, qui procède de cette vision du monde, ne postule pas autre chose : en éliminant la misère, nous éradiquons la violence ; en éliminant les différences, nous éradiquons les sources de conflit ; en remplissant les prisons, nous éradiquons les incivilités ; en éliminant les fumeurs, nous éradiquons le cancer ; en éradiquant le cancer, nous résolvons les problèmes de santé publique ; en résolvant les problèmes de santé publiqué, nous rebouchons le trou de la Sécu ; en rebouchant le trou de la Sécu, nous stimulons la machine économique ; en stimulant la machine économique, nous faisons le bonheur de tous ; etc... Ces vieilles croyances, nourries au biberon d'un scientisme mâtiné d'essentialisme et de progressisme, n'en finissent pas de conduire à l'échec : sans aller jusqu'à écrire (confesser ?) que c'était mieux hier, on ne peut décemment écrire que c'est mieux aujourd'hui. Finalement, il semble impossible que nous nous défassions de cette vision du monde : ce serait reconnaître que l'action des hommes est nulle et non avenue - parfois même contre-productive ou désastreuse. Et en effet, ce serait insupportable.

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vendredi 1 décembre 2006

Balthus underground

Les regards dans le matin du métro comme un tableau de Balthus, quand aucun visage ne se croise et qu'aucun oeil ne se toise. Nous tous, absorbés dans la mécanique vitale ; autant d'énergie employée à la conservation d'un job qui, pour la plupart, rétrécit le monde et ne sert qu'à remplir l'auge - mais qui pourrait se plaindre ?

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jeudi 30 novembre 2006

Le pire d'entre nous

Solitude
Il 'y a rien à faire d'autre que de retomber sur l'intarissable poncif - que son mauvais air de certitude ne fait pas moins juste : l'écrivain est un être seul. Le pire d'entre nous, celui, cynique, qui ne regarde plus le monde et les hommes que comme une seule et même occasion d'en tirer une bonne histoire, celui qui s'assure de sa cote dans les pince-fesses où il s'incruste parfois avec l'allure de celui qui maugrée, celui qui ne disserte plus sur la vertu que pour mieux s'en émanciper lorsqu'il s'agit de faire les comptes, celui qui vise le sujet qui vendra le plus quand c'est celui qui lui ressemblera le moins, celui qui traque, fouille, pille les autres, en arguant de sa bonne foi et en s'offusquant de la suspiscion générale, celui dont le moteur intime ne s'allume et ne s'attise plus qu'au contact de l'épée, de la hargne jalouse ou de l'échec rédempteur, celui qui ne lit plus les siens que pour s'assurer qu'il est bien le meilleur d'entre eux, ou pour vérifier que l'autre est toujours décevant, celui-là, cet écrivain-là, aussi mort sera-t-il au miroir de l'humanité, n'en sera pas moins seul devant son écriture. Cette solitude, davantage que son dernier repère, est, sera, son dernier territoire, rabougri peut-être, pathétique si vous voulez, misérable et vain sans doute, mais son dernier territoire tout de même, là où il habitera en conscience les ultimes parcelles son humanité. Dans ce moment, ce monde qu'il voue aux gémonies et auquel il aspire pourtant avec la même et enthousiaste verdeur que le puceau devant l'objet le plus indécent et le plus incandescent de son désir, ce monde ne sera plus rien : il se résumera au micro-périmètre du bureau, du stylo et du cerveau. Et rien ne pourra l'en faire partir. Fors l'amour.

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mardi 28 novembre 2006

Orgueil et prétention : nuance

André Gorz - Lettre à D


I
l est difficile de critiquer le petit livre d'André Gorz, Lettre à D. - Histoire d'un amour : c'est authentique, touchant, nécessaire. Et que peut rêver de mieux celle qui, à quatre-vingt deux ans, en est la destinataire ? Combien l'auteur a-t-il dû mettre de lui-même dans ce livre ? dans chaque mot de ce livre ? combien d'images, de visions, d'émois, a-t-il dû faire revenir à lui pour l'écrire sans avoir le sentiment de se trahir ou de trahir une histoire ? Décemment, non, on ne peut critiquer le récit d'une existence tout entière tournée vers l'être aimée. Pourtant, je peux, ou veux, le dire : je ferai(s) mieux - ce n'est pas prétention d'écrivain, simple orgueil d'amoureux.

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lundi 27 novembre 2006

Swiftien

PersilQu'en est-il de la "guerre du Persil", dont on parla un peu dans le courant de l'été 2002, et qui voyait s'opposer, sur fond de diplomatie internationale, de vigilance européenne et de médiation américaine, le Maroc et l'Espagne ? Le Maroc a t-il finalement pu recouvrir la jouissance du petit rocher inoccupé ? l'Espagne a-t-elle accédé aux revendication des quelques chèvres qui y luttaient pour la liberté de paître ? ou au contraire a-t-elle persisté à voir en ce rocher une zone dangereuse qui pourrait bien, un jour, devenir une plaque tournante pour la drogue et pour la très vilaine immigration clandestine ? Bref, quelqu'un pourra t-il me répondre : qui, des Gros-Boutiens ou des Petits-Boutiens, l'a finalement emporté ? la guerre du Persil a-t-elle eu lieu ?

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vendredi 24 novembre 2006

Patrice Alègre, la plante tordue

Patrice_Al_gre
O
n se souvient du procès de Patrice Alègre, en 2002, accusé (et reconnu coupable) de cinq meurtres et six viols. Je ne sais pourquoi je notais alors, et assez régulièrement, les minutes de ce procès - peut-être parce que mon imagination de romancier se heurtant à quelque panne, je cherchais là une source nouvelle et probante. Toujours est-il que je m'y intéressais, pour des raisons qui ne tenaient pas tant aux faits eux-mêmes (finalement assez banals dans l'histoire criminelle) qu'aux réactions qu'ils suscitaient dans l'opinion et les médias : nous étions déjà de plain-pied dans l'ère du fait divers que l'on monte en épingle métaphysique. Cinq ans plus tard, un peu de sarkozysme aidant, les faits divers sont officiellement devenus le gros grain à moudre de nos médias et l'une des principales sources d'inspiration où s'abreuve le discours politique dominant.

Nous apprenons donc, ce mois de février 2002, que Patrice Alègre est condamné à l'emprisonnement à perpétuité, peine assortie de vingt-deux années de sûreté. Au passage, rappellons que le père de Patrice Alègre (dont ce dernier disait qu'il ne l'avait "pas éduqué, mais dressé") était CRS - information on ne peut plus rassurante quant à l'éducation qu'est susceptible de prodiguer un père de famille formé par la République au sang-froid, à la maîtrise de ses pulsions et au respect inconditionnel de la loi. À l'issue du procès, je recopiai sur un carnet la lettre qu'adressa Patrice Alègre à sa fille Anaïs, douze ans, et que voici : « Bonjour, étoile de mon coeur, tu sais, je ne suis pas né comme ça et je n'ai pas voulu tout ça. Toute ma jeunesse fut très dure, et ce n'est pas une excuse. Au fond de mon coeur, j'aurais préféré que tout cela n'arrive pas et que nous soyons ensemble. La seule chose que j'ai faite dans ma vie et dont je suis fier, c'est toi ma fille. Je n'ai eu personne pour me guider, m'expliquer. Comme une plante, avec du soleil et de l'eau, elle va pousser droit. Si la plante prend la grêle et les coups, elle va pousser tordue. Je t'aime »

Aujourd'hui, c'est de la société elle-même et de certains de ses représentants les plus autorisés que les plantes reçoivent la grêle et les coups. La volonté de Nicolas Sarkozy, farouche, obsessionnelle, de revenir sur les principes cardinaux de la justice des mineurs, principes qui prévalent depuis 1945 et qui fondent une éthique du droit somme toute assez raisonnable, en est une des manifestations. Mais ce qui procure la plus grande tristesse, c'est que Nicolas Sarkozy n'est ici qu'un syndrôme : il n'est effectivement, j'en suis persuadé, qu'un amplificateur de la vox populit

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jeudi 23 novembre 2006

Houellebecq national

Dans mes diverses notes, je tombe sur ce mot de Jacques Julliard, paru dans le Nouvel Observateur - nous sommes en février 2002, la campagne électorale présidentielle bat son plein : La rencontre de Michel Houellebecq et de Jean-Pierre Chevènement dans la salle des pas perdus du souverainisme vaut bien celle d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection. Il fallait la trouver, celle-là...

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Du sexe des anges et de l'amour des animaux...

La technologie Canalblog est à ce point performante (mais ni plus ni moins sans doute que d'autres plateformes d'accueil) que chacun peut aisément savoir qui vient visiter son blog, ce qu'il y fait, et par quel intermédiaire il y a atterri. C'est en cliquant par curiosité sur l'option qui permet de savoir quels mots-clés les internautes ont entrés dans leur moteur de recherche pour arriver chez moi que je suis tombé sur cette entrée : " Les techniques pour pénétrer ma chienne". J'avoue avoir été stoppé net dans mon élan, ahuri (on le serait à moins) que l'on puisse : 1) compter sur Google pour trouver une réponse à cette délicate question ; 2) atterrir sur un blog aussi respectable que le mien avec de telles pensées.

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mercredi 22 novembre 2006

Houellebecquisme sénégalais inversé


Proverbe sénégalais : Tous les soirs les singes s'endorment en rêvant qu'ils sont des hommes. Tous les matins les singes pleurent. Il se trouve que, parfois, je ne serais pas en total désaccord avec la proposition inverse -  m'endormir en rêvant que je suis un singe, et me marrer au réveil. t

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Journal du 1er juillet 2001


Mes vieux journaux n'ont ni style, ni pensée véritable ; mais un intérêt, toutefois : celui de confirmer l'ancrage, la pérennité de nos marottes. Ce trait, par exemple : Traversée du corps - comme on parle d'une traversée du désert.

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