dimanche 15 octobre 2017

Léon-Marc Lévy a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

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Article de Léon-Marc Lévy,
directeur de La Cause littéraire.

Lire l'article dans son contexte originel

Dans ce recueil de courtes nouvelles, Marc Villemain s’aventure sur des sentiers difficiles. Ecrire sur les amours enfantines, ou adolescentes, est souvent un piège tapissé de guimauve ou, au moins, de sentimentalité molle. On ne sait par quel miracle d’équilibre, ces nouvelles, sans exception, y échappent. La délicatesse, le doigté, la distance narrative, sont ici les ingrédients d’un livre certes sentimental – c’en est même le sujet – mais jamais dans le pathos.
En évoquant les amours d’autrefois, celles d’« il », figure centrale de chaque nouvelle, Villemain touche bien sûr à la nostalgie du temps qui passe, mais au-delà d’une nostalgie personnelle, à celle d’un moment collectif, notre nostalgie à tous, l’évocation émouvante d’une France disparue, de modes de vie surannés. Un parfum de cartes postales de naguère qui nous renvoie immanquablement à nos propres souvenirs.

Marc Villemain se situe aussi de plain-pied dans le mythe fondateur des amours occidentales : l’inévitable destin funeste ou, tout au moins, manqué. N’est-ce pas le destin de Roméo et Juliette, de Tristan et Yseut, d’Héloïse et Abélard que de connaître l’échec de leur passion ? Il en est de même des amours enfantines : la fin des vacances, les routes qui se séparent, parfois même le drame :
« Ses parents la prirent dans leurs bras, il regardait leurs lèvres bouger, il regardait leurs yeux s’effarer, ils lui parlaient, la palpaient, lui donnaient des gifles, tentaient de la faire tenir sur ses pieds comme s’il s’agissait d’une marionnette, et tout d’un coup l’homme se mit à hurler, un hurlement aussi vieux que le monde, le cri de l’ours touché à mort, et il ne faisait plus que hurler tandis qu’à ses côtés la femme s’évanouissait dans l’herbe.
On devait, demain, fêter son dixième anniversaire ».
On peut aussi parfois sourire à des « drames » plus légers. « Elle n’est pas là, n’est plus là », « Mais le slow est terminé – tout est terminé ». Mais Marc Villemain est assez sensible pour savoir que ces petits drames en sont des grands pour les jeunes gens qui les vivent. Ce sont des blessures qui sculptent un cœur, une âme, et déterminent en grande partie les chemins que l’adulte empruntera. Et heureux ceux et celles qui s’en souviendront plus tard, sauront en garder la douceur.
« Alors il la prend dans ses bras, la serre contre lui. Il ne peut plus la soulever comme autrefois, mais ils savent.
Amoureux comme au premier jour – amoureux comme des enfants ».

Et ce joli recueil s’achève sur un retour de l’écrivain sur lui-même, un regard sur l’entreprise qui s’achève, à travers le regard d’un vieux couple qui a su s’aimer. Enfin.
« […] il a la nostalgie heureuse, fringante, il raconte comme s’il faisait une lecture, comme si, même, il l’écrivait, comme s’il vivait, là, sous ses propres yeux, ce moment merveilleux, exaltant, rare, où la plume sur le papier se fait légère, où les choses viennent à lui sans qu’il ait à les convoquer, où malgré la fatigue on ne peut ni ne veut s’arrêter d’écrire tant on a peur d’oublier ce qui tout à coup nous submerge […] ».
Un touchant album d’images anciennes, qui offre une douce étreinte de nostalgie. t


vendredi 13 octobre 2017

Lionel-Édouard Martin a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

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On sait mon admiration pour l'oeuvre de Lionel-Édouard Martin - dont j'ai eu au demeurant le privilège de pouvoir éditer trois romans, aux Éditions du Sonneur : Anaïs ou les Gravières, Mousselines et ses doubles, Icare au labyrinthe.
C'est peu dire, donc, si l'éloge qu'il fait ici de mon dernier livre, en plus de constituer un modèle de critique littéraire, me va au coeur.

Lire l'article sur le site de Lionel-Edouard Martin.


Un hymne au sensible

On est d’ordinaire, ayant passé depuis belle lurette l’âge des ferveurs naïves, économe de ses enthousiasmes et les vessies brûleront longtemps sans qu’on les prenne pour des lanternes. Les occasions d’exaltation littéraire n’étant pas si fréquentes, c’est en pesant ses mots et en les martelant dans toute la certitude du ressenti qu’on peut asséner ce jugement : jamais Marc Villemain n’a rien écrit de plus beau, de plus prenant, parfois de plus poignant, rien de plus tendrement souriant que ces Rivières ‒ comme si, brisant les entraves d’une rhétorique à laquelle (oh, le bondage était light !) il a pu s’attacher dans d’autres de ses livres, il assumait pleinement, avec ce dernier texte, ce qu’il est en ses tréfonds, quoi qu’il en veuille ou dise : un poète (« Il aimait qu’elle n’ait pas conscience de toute cette poésie en elle », écrit-il à propos d’une de ses héroïnes : retournons-lui-le compliment), un poète, sensible et même écorché vif, de l’enfance et de l’adolescence qu’il traite magnifiquement, comme l’expert en tendresse et nostalgie qu’il est. De cette thématique, il fait d’ailleurs pour ainsi dire son étendard, quand il dit, dans une sorte de projection épitaphique : 

De lui on croit savoir qu’il publia quelques romans et autres nouvelles assez nostalgiques, puisant souvent aux sources de l’enfance ou de l’adolescence. 

Certes, ce n’est pas la première fois qu’il s’aventure sur ces sentiers : dans Et que morts s’ensuivent, en 2009, il nous y entraînait déjà, mais Il y avait des rivières infranchissables relève, me semble-t-il, d’une exploration plus profonde et plus globale du thème et suscite chez le lecteur une empathie encore plus complète, plus viscérale ‒ à tout le moins : chez le lecteur de mon âge mais je gage que ces courtes histoires parleront à d’autres bien plus jeunes, parce qu’il doit y avoir, dans l’inconscient collectif propre à notre culture, un « éternel adolescent » que les mœurs actuelles n’entaillent qu’avec difficulté – Le Grand Meaulnes, j’en suis sûr, fait encore rêver.

*

C’est la fin des années 1970 (« l’époque était bénie »), auxquelles il est fait de nombreuses références (« fraîcheur de vivre Hollywood chewing-gum », «Ils ont les yeux couleur menthe à l’eau et le cœur grenadine »), qui sert d’arrière-plan temporel à ces treize nouvelles, chacune relatant un épisode de la vie copieusement amoureuse d’un jeune garçon « à l’imaginaire sensiblement romanesque » esquissée dans l’anonymat d’un « il » dont nul n’est dupe, le tout formant un ensemble d’une grande cohérence, couronné par la dernière histoire qui, sortant du cadre spatio-temporel des douze premières, projette l’adolescent dans sa vie d’homme et dans de nouveaux paysages pour mieux composer le livre en un système où chaque nouvelle est l’élément d’une mosaïque formant un tout, formant un sens. Les Rivières en effet ne sont pas une simple juxtaposition de textes constituant un recueil, mais bien plus une sorte de roman de forme originale, sans réelle focalisation diégétique, organisé en leitmotivs et dont le mouvement se développe fluidement du plus joyeux au plus mélancolique, du plus frivole au plus profond, selon le résumé programmatique qu’en fait d’ailleurs Villemain dans les toutes dernières pages : 

Plonger dans le passé redonne un peu d’allure à ses vieux jours. Tout y passe, jusqu’à ses amours enfantines. Alors le voilà qui parle au présent. Il dévale une piste de ski dans sa combinaison jaune et vole au secours d’une petite fille éplorée en bord de la piste, et puis il y a cette gamine, au bal, qu’il n’a jamais pu embrasser parce que ses grands frères le menaçaient, ou cette drôle de petite paysanne qu’il aidait aux travaux de la ferme ; et cette autre, une petite Hollandaise croit-il se souvenir, avec qui il aimait cueillir des fleurs dans la montagne et qu’il ne put sauver de la noyade.

*

Amours enfantines, oui : c’est bien là ce qui fonde l’unité du livre. Encore faut-il savoir de quoi on parle, le terme et sa définition n’allant pas de soi, ou chacun s’en faisant sa propre idée tant que l’expérience n’est pas passée par là : 

« C’est l’amour, qu’est-ce que tu crois !
– Je crois pas, non. C’est pas ça l’amour. »

Qu’est-ce donc qu’aimer quand on est collégien, et que de l’amour, dont on ressent si fort la nécessité, de cet amour qui vous taraude, on sait si peu de choses entre dix et quinze ans ? Peut-être est-ce, dans la relation qu’on entretient avec autrui, – et cela, on l’apprend en l’éprouvant, dans une manière de sensualisme –, des cinq sens, privilégier la vue, le toucher, l’odorat, comme dans cette scène où 

Elle veut bien qu’ils se déshabillent mais sous les draps, ne veut pas trop qu’il la voie. Pas grave, il la sent. La tiédeur veloutée de ses cuisses, la fraîche rondeur de sa petite poitrine, son odeur lointainement citronnée, et cette chaleur partout sous les draps qui irradie de sa chair.

– empire des sens, pourrait-on dire, où la volonté d’« elle » ne fait guère obstacle aux sensations de « il».

Il est là, cet « il » qui zyeute ailleurs autant qu’il peut cette autre fille 

entièrement nue [qui] se lave à l’eau claire qui sort par jets doux et réguliers du tuyau d’arrosage et dépose sur son corps, infimes cascades, toute la fraîcheur de la nature – chaque goutte est une perle où la lumière se réfracte en d’innombrables arcs-en-ciel miniatures

au point d’en être « tétanisé » et de poétiser l’événement, la vision virant à l’image, microcosme et macrocosme se confondant dans la pupille : le monde de l’amour est un monde baroque et fusionnel. Le grand jeu est d’ailleurs d’occulter le regard pour mieux l’aviver, mieux faire sentir la présence espérée mais inattendue : « Jointes en bandeau, deux petites mains fraîches qui lui couvrent les yeux. Il se retourne : elle est là ». Et « il » est là aussi qui palpe avec quelque maladresse, dans un geste primaire et réciproque, le corps de l’autre : 

Ils se touchent la peau à la manière des singes, les yeux grand ouverts, étudiant leurs cartographies intimes du bout des doigts ou plaquant l’entière paume de leur main sur le visage de l’autre, épousant, palpant les courbes, les inflexions, les douceurs insoupçonnées de leur squelette. 

Et quand ce n’est pas son corps qu’il éprouve sous ses paumes, ce sont ses cheveux 

si longs que sa main vient s’y emmêler, que sa main vient s’y embrouiller, alors il y voit un mauvais présage, un avertissement, peut-être une remontrance

parce que, dans ce monde inconnu qui se révèle et que l’on déchiffre vaille que vaille, tout, forcément, fait sens, se lit comme on déchiffre un mystère.

Mais c’est avant tout « l’odeur troublante de l’amour », telle qu’en exergue Jean Ferrat l’annonce, qui mobilise l’être entier du jeune héros : innombrables, dans le texte, les occurrences du vocabulaire lié à l’odorat, sans doute parce que l’odeur est, comme le dit dans ses Fragments le poète Ilarie Voronca (« Par [l]es [autres] sens on va vers le monde, on cherche ses contours, on s’arrête à sa surface. Par l’odorat au contraire, le monde vient à nous, nous pénètre, entre en vous. ») l’odorat est le sens le plus profond, celui qui nous comble d’une présence (comme, eût-on dit jadis, de cet enthousiasme qu’on a pu traduire par inspiration), et ce, quelle que soit la fragrance qui nous obsède :  

Qu’est-ce qu’il l’aimait, son odeur de petite paysanne. Il aimait qu’elle sente la vache, le lapin, le chien, cette odeur de bête entremêlée de fumier, de paille et de crottin, des potages de sa mère aussi, poireau, navet, céleri, et du jambon crocheté au mur à côté de l’antique vaisselier de famille. Une odeur qu’on aurait dit vieille comme le monde. 

Il y avait des rivières infranchissables est ainsi un texte plein d’odeurs, le texte d’un nez sensuel, « capable de flairer » jusqu’à l’absence de neige à la montagne et tout ce que le monde peut receler de parfums :

À l’intérieur ça sent le sommeil encore, le confiné, le café moulu du matin, la lessive et la semelle de godasses ; les murs du couloir sont d’un jaune sale, humide, des poils de chien plein la moquette. […] Et puis les odeurs : celles des vaches qui passent matin et soir sous sa fenêtre, le crottin de quelques rares chevaux, le grain des poules que l’on sème à la volée, le fumet du gibier, l’arôme un peu sec de l’ortie venue se mêler aux pâquerettes, entre les tombes du cimetière mitoyen avec la maison.

L’amour, c’est donc ça : une exaspération des sens qui, redécouverts à la faveur de quelque effleurement de peau, condensent le monde dans le rien du « bouquet mentholé de la terre fraîche », dans « l’odeur chaude et pleine d’une pièce immense au dallage sombre et sévère. » Le bonheur, chez Villemain, est un paroxysme sensoriel – il y a du Stendhal, autre fou d’Italie, chez cet homme, quand, dans cette ultime et magnifique nouvelle qui se déroule à Venise et sert d’épilogue à ses Rivières, il évoque 

[l]e bonheur […] de pouvoir prendre son café sur les Zattere devant l’eau qui miroite, grignoter son croissant chaud garni de crème pâtissière en tendant l’oreille aux premières rumeurs du commerce des hommes et en observant les innombrables nuances dont le soleil qui finit de s’étirer dans le ciel jaspe le canal.

Il suffit de se figurer la scène pour concevoir comme tout, des mains, du nez, des yeux, de la langue et des oreilles, est engagé dans cette globalité sensible que peut être pour l’auteur un simple petit déjeuner pris sur les quais de la Giudecca.

*

On le comprend aisément à travers les exemples donnés : si Il y avait des rivières infranchissables se veut un hymne au sensible et, malgré parfois la cruauté de la vie, à la beauté et à la bonté du monde, il faut que le texte soit servi par une langue qui puisse exalter ce qui est sensible, et beau, et bon. À cette exigence, Marc Villemain répond par, je l’ai dit d’emblée, une écriture dont la prose compte aujourd’hui peu de spécimens : qui écrit, de nos jours, des phrases comme celle-ci :

Il dit que, dans son cœur, c’est comme si des petites framboises y faisaient de la balançoire. Il dit que pour lui c’est une image du bonheur, ça, d’imaginer des petites framboises, toute une famille de petites framboises faisant sur son cœur de la balançoire

ou comme cette autre, quasi virgilienne : 

[Ils] se remettent en marche, enveloppés de douceur et de nuit, infimes sous le ciel infini. 

Il faut, me semble-t-il, creuser profondément dans la littérature publiée de nos jours pour y trouver de telles pépites que seuls des esprits chagrins trouveraient surannées, leur préférant sans doute ce rendu stylistique mal digéré régurgité un peu partout – comme si brutaliser la langue était le gage de la modernité. La prose poétique de Marc Villemain, toute de douceur et de tendresse, telle qu’on la lit dans Il y avait des rivières infranchissables, est à situer du côté de celles, de même exigence, d’un Franck Bouysse, d’une Emmanuelle Pagano, d’une Sylvie Germain, pour ne citer que quelques-unes des grandes et belles voix françaises contemporaines. Raison de plus pour, cette prose, la signaler et la saluer – je dirais même : la magnifiert

jeudi 12 octobre 2017

Il y avait des rivières infranchissables / Présentation / Agenda


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Je suis heureux d'annoncer la sortie en librairie de Il y avait des rivières infranchissables, recueil de nouvelles publié aux Éditions Joëlle Losfeld.
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QUATRIÈME DE COUVERTURE

Un premier regard échangé derrière une haie, un premier baiser volé parmi les fleurs d’une clairière, une première étreinte maladroite dans un lit trop petit. Dans un recueil de nouvelles porté par une langue précise et évocatrice, Marc Villemain met en scène la naissance du sentiment amoureux, l’hésitation initiale de jeunes gens qui, en découvrant l’autre, se révèlent à eux-mêmes. Les détails – un morceau de chocolat pour le goûter, une chanson dans une salle de fête communale, une balade à vélo sous le soleil d’été, la sensualité d’un sein aperçu – nous emportent dans un voyage tendre et bienveillant, brutal parfois, celui d’un homme qui explore les vertiges et vestiges de ses amours passées. 
On pense à Dominique Mainard, à son art d’aborder avec délicatesse les sujets les plus intimes, passant de la noirceur à la légèreté avec une élégance infinie.

     De premières rencontres sont d'ores et déjà programmées : 
- Le Chat qui Lit, Châtelaillon-Plage, dimanche 22/10, 10h30 ;
- Entre pages et plage, Étretat, samedi 28/10 à partir de 18 heures (avec Marc Mauguin, écrivain et comédien) ;
- L'Humeur vagabonde, Paris 18e, à 19 heures (avec Claude Aufaure, comédien) ;
- Radio France fête le livre, Paris - Maison de la Radio, samedi 25 novembre de 14 à 18 heures ;
- Librairie commercienne, Commercy, samedi 2 décembre à 16h30.

* Par ailleurs, je serai en direct aujourd'hui même sur Radio Libertaire (89.4 FM, ou en ligne sur https://www.radio-libertaire.net) de 15h à 16h30 dans *Bibliomanie*, l'émission littéraire animée par Valère-Marie Marchand.

* Les usagers de Facebook peuvent rejoindre la page consacrée à l'actualité du livre en suivant ce lien.

CONTACT PRESSE : christelle.mata@gallimard.fr 

lundi 9 octobre 2017

Livres Hebdo - Il y avait des rivières infranchissables

livres hebdo


Avant-critique de Véronique Rossignol
Livres Hebdo, 
22/09/17 

Les petites amoureuses
Marc Villemain se promène dans le vert paradis des amours enfantines.

Ce sont des histoires d’émois fondateurs. En douze nouvelles complétées d’une treizième et dernière qui les lie toutes, Il y avait des rivières infranchissables fait défiler en ordre dispersé un cortège de petites amoureuses pour recomposer l’itinéraire sentimental d’un garçon, alternativement enfant, adolescent, un petit homme en brouillon qui découvre ce qu’aimer veut dire.

Né en 1968, Marc Villemain, directeur de collection aux éditions du Sonneur, critique littéraire, auteur de six livres dont le recueil de nouvelles Et que morts s’ensuivent (Seuil, 2009), lauréat du grand prix SGDL de la Nouvelle, se souvient d’une époque qui fut celle de sa propre jeunesse. Avoir 10 ans à la fin des années 1970 : la barre de chocolat dans du pain frais pour le goûter, le camping à la ferme avec les parents, les vacances aux sports d’hiver… La décennie suivante est le temps des mobs et des boums - "le rallye dansant de la classe moyenne" -, des slows. Plus tard, ce sera les discothèques et le billard. A cette époque, le téléphone est fixe et domestique, "installé dans l’entrée, posé sur un guéridon en acajou recouvert d’un napperon de dentelle blanche", et les conversations durent des heures.

Dans ce recueil, Marc Villemain joue une musique presque romantique, parfois fleur bleue, même si, dans une seule nouvelle, le drame surgit derrière les bucoliques. Que les scènes se passent en bord de mer, ou dans la chambre d’une ado d’une tour de banlieue, que l’on marche le long d’un canal dans la brume, qu’on bavarde au bord d’un terrain de foot, ou qu’on passe et repasse dans une rue en vélo pour épier une jeune fille dans un jardin, se jouent la même tension fébrile. Elle est faite d’approches maladroites, d’apprivoisement, d’audaces brusques et d’attente, qui animent les élans chastes des premières fois d’avant la première fois, quand "ils ne s’autorisent pas encore à rêver d’autres choses que de baisers sur la bouche ou dans le cou, de caresses dans le dos, peut-être sur les seins". L’écrivain remue doucement, avec délicatesse, ce passé instable, émotif. Et "cette tristesse étrange, aussi, qui se niche en nous au sortir de l’innocence".

vendredi 29 septembre 2017

Borislav Pekic - L'homme qui mangeait la mort

Borislav Pekic

 

La mort dans ses petits papiers

Je me suis souvenu, en lisant L’homme qui mangeait la mort, d’une nouvelle de Rachid Mimouni, Le manifestant, où l’on voyait un homme défiler dans les rues d’Alger, seul, brandissant au-dessus de sa tête un écriteau sur lequel il avait écrit « Vive le Président ! », ne rencontrant sur son passage que l’indifférence, puis l’incrédulité, enfin l’incompréhension des autorités, au point qu’elles le condamnèrent à mort : l’absurde administratif ne sait que faire d’un civisme aussi étrangement revendiqué*. Cette dimension à la fois moderne et ancestrale de l’absurde n’est pas le seul point commun entre Rachid Mimouni et Borislav Pekic : outre qu’ils connurent l’un et l’autre les foudres de la société (une condamnation à mort fut placardée dans la mosquée à quelques centaines de mètres à peine du domicile de Rachid Mimouni), tous deux cultivaient un savoir-faire inégalé dans la fabrication de fables aux dimensions anthropologiques et politiques très élaborées. Peu connu en France, Borislav Pekic est pourtant l’une des plus grandes figures de la littérature yougoslave. Disparu en 1992, il nous a laissé un grand œuvre, La Toison d’Or, phénoménale saga qui relate sur sept tomes huit siècles d’histoire des Balkans. De lui, l’écrivain serbe Borislav Mihailovic Mihiz a dit qu’il était comme « un homme fiché sur le pal de l’histoire ». Le propos est d’autant plus juste que ladite histoire n’aura rien épargné à Pekic, qui purgera à partir de 1948 cinq années en prison – condamné à quinze années en 1948 pour activisme démocratique. Sans doute cette expérience n’est-elle pas étrangère à ce qui va enfanter ce court récit inspiré des heures les plus noires de la Terreur.

Le personnage central, Jean-Louis Popier, dont on ne sait pas au fond s’il est le fruit de l’imagination de l’auteur ou la survivance incarnée de quelque témoignage de la tradition orale, officie comme greffier au tribunal institué par la Révolution française. Au rythme où vont les choses et où tombent les condamnations (toute révolution charrie son lot, généralement grossissant, de déviationnistes), le brave greffier Popier, citoyen à l’apathie assez exemplaire, se retrouve rapidement débordé par sa charge. Tant et si bien qu’il commet une maladresse qui le contraint, s’il veut échapper au contrôle de sa hiérarchie, à faire disparaître un acte de condamnation. Et quoi de plus efficace pour faire disparaître ledit acte que de l’ingurgiter aussi sec, laissant ainsi la promesse de mort se dissoudre au fond d’entrailles que nul n’aura jamais idée de venir fouiller ? Ce faisant, un éclair de génie lucide traverse la sourcilleuse et très réglementaire conscience du brave Popier, lequel réalise du coup qu’engloutir un tel acte entraîne irrémédiablement le salut d’un condamné. Qu’à cela ne tienne, le brave et désormais conscient Popier n’aura de cesse, chaque jour, de manger la mort, et d’épargner la guillotine à un congénère supplémentaire. Jusque-là d’ailleurs, le rigoureux gratte-papier n’avait jamais vu de guillotine : après tout, sa mission s’arrêtait aux marges du grand registre où il consignait les condamnations. Difficile, au passage, de ne pas songer à la banalité de ce mal dont Hannah Arendt fit l'herméneutique en d’autres circonstances. La pratique quotidienne et routinière d’une fonction sociale légale, voire valorisante aux yeux de ses contemporains immédiats, induit des mécanismes réflexes qui confinent l’individu dans l’impression de sa normalité – fût-elle parfaitement abjecte. Et aujourd’hui encore, l’on condamne à des peines parfois très lourdes sur la base d’assertions et dans des perspectives qui ne sont pas toujours fécondées par la raison.

Pekic ne cherche nullement à ménager un mauvais suspens. La fable n’est édifiante que parce qu’elle nous empêche de sombrer dans l’excitation du voyeur et que, dès le départ, il est clair que le brave greffier Popier devra rejoindre à son tour la cohorte des déchus de la Révolution : ce n’était pas là une possibilité pour le scénario, mais sa seule conclusion disponible. Car la grande histoire a quelque chose d’une machine infernale ; et tout spécialement lorsqu’elle se veut révolutionnaire. « La méfiance, le soupçon et la peur – sentiment indissociables de la vigilance révolutionnaire » sont à la fois le terreau et le fruit de la révolution. Étrangement, paradoxalement peut-être, la politique révolutionnaire (et donc contre-révolutionnaire, la contre-révolution ne visant au fond qu’à faire la révolution contre la révolution) n’exige pas l’engagement des citoyens, ni même, à l’extrême, leur approbation, mais leur simple effacement ; elle ne leur dénie pas nécessairement le droit à exister pleinement, mais les contraint à une sorte d’invisibilité sociale, d’inexistence singulière. Pekic écrit à propos du brave greffier Popier qu’il serait vain de lui chercher des « signes particuliers. S’il en avait eu, il aurait été sur la paille de la Conciergerie et non assis derrière un bureau du greffe du Tribunal révolutionnaire ». C’est tout le mystère des révolutions – qu’elles aillent de l’avant ou qu’elles marchent à reculons – : elles donnent corps à des individus compulsifs qui se révèlent à eux-mêmes en se laissant entraîner là où ils ne pensaient pas vouloir aller. Naturellement, le piquant de la fable est que la Révolution va ici se heurter à l’un des ses agents les plus irréprochables. La résistance ne viendra pas d’individus héroïques extérieurs au système, mais de l’être le plus docile, le moins soupçonnable, le plus indifférent à ce qui se trame. Nonobstant les apparences, et n’était la chute finale, il pourrait donc bien s’agir d’une fable optimiste, le contrôle social total se révélant impraticable : le plus policier des systèmes viendra peut-être à bout de l’homme, jamais de l’imprévisibilité humaine. Ici, l’individu devient malgré tout, et surtout malgré lui, le meilleur agent corrupteur, l’imprédictible grain de sable qui s’ingéniera à gripper les rouages. Pourquoi ? Par accident. Que la prise de conscience de ce hasard qui entraîna l’accident, puis la compassion qu’il fera naître chez notre agent corrupteur, se manifestent ensuite comme des principes politiques ou civiques ne changent rien à l’affaire : au départ, rien ne disposait le brave greffier Popier à vouloir renverser, ne serait-ce qu’interrompre, l’ordre des choses. Il aura fallu que l’imprévisible lui mette la puce à l’oreille. 

Comment se forge-t-on une conscience en ce monde ? La réponse de Borislav Pekic est pleine d’une richesse métaphorique et anthropologique peu commune : par le hasard. La conscience de soi et du monde peut nous tomber dessus comme le ciel sur la tête ; elle peut tout aussi bien loger dans la petitesse des choses ordinaires que dans la brutalité des actes sociaux, s’apparenter à une révélation dans le désert autant qu’à un accident de parcours dans la paisible linéarité des jours. Dès lors entrevoyons-nous, fût-ce faiblement, ce qui demeure vivant une fois que la société a érigé ses miradors : l’aspiration à la liberté. t 

* La ceinture de l’ogresse, Rachid Mimouni, éditions Seghers, 1990.

Borislav Pekic, L'homme qui mangeait la mort - Editions Agone
Traduit du serbo-croate par Mireille Robin
Article paru dans Esprit critique, revue de la Fondation Jean-Jaurès, n° 68,  mars 2006


vendredi 15 septembre 2017

Julia Peker - Cet obscur objet du dégoût

Julia Peker - Cet obscur objet du dégoût


Une éducation au dégoût

Lorsqu’un(e) philosophe se penche sur la merde, j’ai tout lieu de penser qu’il faut aller renifler ça d’un peu près. Entrée en matière aussi attendue que douteuse, je n’en disconviens pas, mais qui n’a pour but que d’attirer l’attention sur ce petit livre passionnant, et dont ce n’est pas le moindre mérite que de nous acculer à quelques questionnement plus décisifs qu’il y paraît.

Nous savons bien ce qu’est le dégoût : il suffit de nous regarder lorsque nous devons y faire face. Un haut-le-cœur, une moue édifiante, un mouvement de rejet ou de dénégation, à l’occasion un spasme vomitif : un cheveu sur la soupe, et ce sont les nôtres qui se hérissent. Voilà pour les affects. Or, force est d’admettre avec Julia Peker que « la réaction de défense invoquée se heurte au caractère bien souvent inoffensif de la situation. » Et si le dégoût est répertorié par la neurobiologie au rang des émotions primaires, il n’en peut pas moins « devenir une véritable nausée, confondant ses effets avec le symptôme médical. » C’est que, sous son apparente évidence, le dégoût, comme le goût, a une histoire : ce qui nous dégoûte aujourd’hui ne nous dégoûtait pas hier. Ainsi de la vermine, dont Julia Peker nous dit que, jusqu’au 16ème siècle, elle n’était en aucun cas considérée comme « sale », rappelant au passage qu’alors « on s’épouille en famille ou en couple avec tendresse. » Dans le sens inverse, et jusqu’au 18ème siècle, l’eau, cette eau dont nous bassinons nos corps à longueur de bains et de douches, ne s’utilisait guère « qu’avec d’infinies précautions », la priorité, pour protéger le corps, étant alors « de le tenir clos », les classes aisées elles-mêmes préférant « s’ensevelir sous des couches de parfums et de poudre afin d’effacer les odeurs corporelles. »

Mais cet ouvrage ne serait qu’intéressant s’il se contentait de déambuler dans l’histoire pour montrer combien notre rapport au propre et au sale, au pur et à l’impur, a pu ou peut être changeant, et ô combien conditionné. Julia Peker va donc bien au-delà, interrogeant surtout l’ambivalence, terme psychanalytique par excellence, de nos aversions. Et se fait très persuasive lorsqu’elle avance par exemple que « la véritable force du dégoût, c’est la dénégation du désir qui est à l'oeuvre à travers lui. Il fait partie de ces armes brandies par la conscience pour faire barrage à certaines idées, et l’accès à cette réalité ambivalente n’a rien de spontané. » C’est que, « comme le goût, le dégoût s’éduque. » Et cela d’autant plus qu’il peut s’avérer être un « puissant facteur de cohésion sociale, l’intensité des aversions [créantdes divisions puissantes entre les communautés et d’une société à l’autre, à tel point que des divergences peuvent apparaître comme de véritables abîmes creusés dans le sentiment d’altérité. » Dans des paradigmes qui n’ont rien à voir entre eux, le registre lexical du dégoût est d’ailleurs utilisé dans le discours raciste ou antisémite (celui de Céline, par exemple, « expression parmi d’autres de la grande nausée morbide découverte sur le champ de bataille »), aussi bien que dans l’éducation. Ainsi des excréments « dont l’aversion n’a rien de spontané », ce dont atteste le premier mouvement de l’enfant, qui « ne renonce que laborieusement à considérer ce reste comme une partie de lui-même. » Dans un même ordre d’idée, j’ai lu récemment que Le Quotidien du Pharmacien faisait état de recherches visant à mettre au point une gamme de gélules thérapeutiques et cosmétologiques à base d’urine et de bouse. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que « l’inutilité de l’excrétion n’est pas seulement la contrepartie inévitable de l’efficacité d’une production, elle en est également la condition nécessaire. » Mais le fait est que nous devons en permanence « négocier avec nos aversions. » C’est là notre lot, nombre d’entre elles émanant de nous-mêmes, de ces excrétions intimes qui nous sont autant d’objets inappropriables. C’est d’ailleurs « en regard de cette confrontation douloureuse à l’impropre et à l’inappropriable que se définit laborieusement l’identité », comme en témoigne l’obsession hygiéniste ou le fantasme de pureté. Car il y a bien « complicité sourde entre le propre et l’immonde », l’immonde étant, littéralement, « ce qui ne fait pas monde [et qui n’en existe pas moins pour autant. »

C’est là résumer à trop grands traits un petit ouvrage très stimulant et très plaisamment écrit. Et si l’on ne peut que regretter un travail éditorial un peu rapide (coquilles, mots oubliés etc…), ce n’est que pour mieux souligner, et ce n’est pas secondaire, la qualité d’une écriture très précise et cohérente, pendant d’une réflexion pleine d’éloquence et d’allant. t

Julia Peker, Cet obscur objet du dégoût - Éditions Le Bord de l'eau
Article paru dans Le Magazine des Livres, N° 25 - Juillet-août 2010

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vendredi 8 septembre 2017

Izthak Orpaz - Fourmis

Itzhak Orpaz - Fourmis


Métaphysique du grouillement

Qu’on ne s’étonne pas que le pauvre Yaacov se fasse l’impression de tourner en bourrique : un beau jour en effet, il surprend sa femme, étendue sur le lit, « blanche comme neige, noble, inentamée par le soleil ou la pluie », « rejetant la tête d’un côté et de l’autre, les narines frémissantes, les hanches agitées de soubresauts et les jambes battant l’air » : voilà qui a toutes les apparences d’une partie de plaisir. Et « qu’est-ce qui ébranlait ce corps, qu’est-ce qui l’arrachait à sa merveilleuse froideur ? ». Réponse : « C’était une petite fourmi. » Quiconque se sentirait désarmé (jaloux ?) pour moins que ça. D’autant que, en dehors de la noce et sous la contrainte de cette seule justification, elle ne le « laisse pas lui faire ce que fait un homme avec une femme ». Comme chez Kafka, on ne peut s’empêcher de rire sans pouvoir réprimer le frisson qui monte concurremment le long de notre échine : c’est un rire incomplet, sur la défensive, assez peu sonore et plus proche du grincement de dents. Car dans ce huis clos qui tourne au corps à corps, un couple balance entre incompréhensions, sentiments de trahison, élans irrépressibles et érotisme animal. Mais il ne s’agit pas tant de dépeindre la vie de couple que d’interroger le chemin de vie de l’individu et d’explorer sa voie intime. L’univers de Rachel et Yaacov se réduit chaque jour davantage, au même rythme que le rétrécissement de leur espace vital peu à peu entièrement corrodé par les fourmis. Si bien que Yaacov le maçon, usant de tous les stratagèmes pour refouler les petites indésirables, en vient à ériger murs après murs à l’intérieur même des murs – sans qu’on ne sache si Rachel lui donne tort ou raison, ou même si la présence des insectes l’inquiète ou la satisfait.

Difficile, bien entendu, de ne pas chercher l’allégorie. Écrivain dont la famille fut décimée par la Shoah tandis que lui-même s’était mis à l’abri en Israël, Itzhak Orpaz a écrit ce texte en 1968, peu de temps après la Guerre des Six jours, qui permit au pays d’élargir ses frontières. Si l’arrière-plan politique ne peut pas ne pas l’avoir inspiré, au moins influencé, il n’en demeure pas moins que ce qu’il appelle « le mystère de l’être-juif » n’apparaît pas clairement ici. S’il est impossible, comme lecteur, de ne pas y songer, Orpaz interroge surtout le réel le plus brut et le moins déterminé. Écrit avec élégance, humour, brio, plus proche d’un conte surréaliste que de la fable édifiante, Fourmis est une sorte de sotie métaphysique qui se révèle d’autant plus efficace qu’on en sort avec la très agréable impression de n’avoir pas tout compris. t

Izthak Orpaz, Fourmis - Editions Liana Levi
Article paru dans Le Magazine des Livres - N° 4, mai/juin 2007

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samedi 2 septembre 2017

Marc Mauguin - Les attentifs

Marc Mauguin - Les attentifs

 

D'une certaine mélancolie américaine

C'est donc à Marc Mauguin que revient le soin d'inaugurer "Les Passe-Murailles", collection dirigée par Emmanuelle Dugain-Delacomptée à partir d'une idée astucieuse autant qu'excellente : exploiter d'une oeuvre, tableau, film ou autre, tout ce qui pourrait susciter un désir d'interprétation ou d'invention littéraire - et, ce faisant, la revisiter .

Des tableaux d'Edward Hopper, Marc Mauguin a donc su tirer douze nouvelles dont le jeu subtil d'échos, de lumières et de variations véhicule quelque chose de joliment désuet et souvent mélancolique. Une mélancolie douce, toute en retenue, mais persistante, et qui va croissant au fil du recueil. L'air de rien, tout au long de ces petites histoires de rien du tout, à échelle de l'individu et le plus souvent à hauteur de femme, il dresse le portrait diffus, tamisé, pudique et sensible d'une certaine Amérique du milieu du vingtième siècle. Par petites touches, on atteint à une certaine dramaturgie intime, familiale, conjugale, autant qu'à une certaine sociologie. Les scènes peintes par Hopper lui inspirent des personnages en demi-teinte, souvent travaillés par de forts remous intérieurs mais comme réprimés, cadenassés. Beaucoup d'ailleurs parlent moins qu'ils ne soliloquent, que cela soit par tempérament, timidité ou complexe social, donnant l'impression de n'être jamais vraiment sûrs d'eux-mêmes. Des personnages fragiles donc, friables, soucieux de rester discrets, de ne pas trop s'exposer au monde et qui, à leur manière, font tous montre d'une certaine élégance. Les femmes, quelle que soit leur condition, sont toujours impeccablement mises, brushées, serviables, soucieuses d'incarner une sorte d'éternel féminin à l'américaine tout en souffrant de le savoir ; on pourra penser, de près ou de loin, à certains personnages féminins de la brillantissime série Mad Men. Quant aux hommes, s'il en est moins question dans ce recueil, leur présence s'impose d'autant plus qu'ils veillent à leur empire, témoignant d'un savant et distingué mélange d'autorité naturelle et de sentiment, même tacite, de supériorité ; Mauguin pourtant ne juge pas, et d'ailleurs émane aussi de ces mêmes hommes une certaine impression de blessure et de frustration. In fine, hommes ou femmes, les êtres que nous croisons ici nous ressemblent tous, avec leurs complexes, leurs peurs du monde, et ce sentiment d'être embarqués un peu malgré eux sur un chemin de vie dont ils ont un peu de mal à percer les motifs.

Sans effet ni tapage, et avec finalement autant d'humilité que ses personnages, l'écriture de Marc Mauguin, joliment déliée, et à laquelle je reprocherai seulement un usage parfois appesantissant du point d'exclamation, pose une lumière tranquille sur leurs gestes, leurs paroles ou pensées communes, le moindre détail se faisant révélateur. J'ai d'ailleurs souvent pensé, en le lisant, à l'univers et aux tonalités d'un John Cheever, maître de la nouvelle s'il en est, dont on connait la minutie et le sens très fin de l'observation. 
L'hypocrisie, l'avarice, la jalousie, les relations mères/filles, la relégation sociale et les complexes afférents, la tromperie, le racisme, la suffisance et la muflerie des hommes, les sensations de vieillissement et de solitude : derrière une apparence infiniment douce, Marc Mauguin nous renvoie du monde des humains un écho traversé de souffrances et d'inassouvissements profonds. C'est un des charmes de ces nouvelles un peu hors du monde que de laisser le lecteur sur une impression ambiguë, où la légèreté du trait le dispute à la gravité de scènes joliment intimistes. t

Marc Mauguin, Les attentifs - Éditions Robert Laffont
Marc Mauguin sur le site de l'éditeur

lundi 21 août 2017

Richard Morgiève - Les hommes

Richard Morgiève - Les hommes


Des bagnoles et des hommes 

 

« Elle était timide, ça me trouait le cul mais je la trouvais émouvante avec sa pudeur. Elle m'a donné le petit baiser qu'on s'accordait en public, style Peynet. Parfumé au champagne. Je n'aurais pas dû me regarder dans ses belles lèvres rouges, car j'ai vu un pauvre mec au derniers tiers du vingtième siècle. Heureusement, j'avais l'habitude. » 

Il est toujours difficile de parler de Richard Morgiève sans se donner l'impression de le trahir. Peu d'écrivains sont aussi sincères avec leurs lecteurs, peu donnent à ce point le sentiment d'écrire pour se sauver d'eux-mêmes, aussi éprouvé-je toujours quelque scrupule à jouer au critique. D'ailleurs je me demande toujours ce que l'on peut dire d'un roman de Morgiève - et m'est avis que lui-même doit parfois se demander ce que l'on pourrait bien trouver à en dire. On peut aimer, on peut ne pas aimer, on peut refermer ses livres en trouvant qu'il va décidément trop loin, ou les relire au contraire parce que son souci de la justesse nous fascine. Ce qui dans tous les cas ne dira pas grand-chose de son oeuvre. Morgiève n'est certes pas le premier écrivain écorché, mais sa manière, romans après romans, d'aller mordre dans ce que la vie lui a réservé me conduit, c'est ainsi, à une certaine réserve. Sa biographie officielle est connue - la mort de sa mère, le suicide de son père, l'adolescence bricoleuse et les petits trafics afférents, les premiers poèmes publiés à compte d'auteur et le sentiment de honte qui s'ensuivit, les premiers romans policiers plus ou moins reniés, le ressassement littéraire enfin de ces motifs biographiques, cette marginalité de fait qui finit par le situer voire le définir dans le jeu social et la "famille" littéraire. Avec Les hommes, il continue donc de remâcher cette existence dont il semble penser qu'elle est et sera toujours plus forte que lui - à l'instar de Mietek, le personnage principal : « J'étais ce qu'on me faisait, comme tout le monde. » 

Mietek. Le Polack. L'alcoolo qui ne boit pas. L'enfant déclassé de la société française des années 1960/70 qui porte par devers-lui l'héritage des bandits de la vieille école : code de l'honneur et individualisme farouche, frères d'armes et fraternité clanique, aversion instinctive pour les « caves » et réalisme mélancolique. Jamais bien certain de vivre ce qu'il vit ni de penser ce qu'il pense - de ce qu'il faudrait vivre ou penser. Aucun goût particulier à la vie. Seulement l'envie de sécuriser son pré carré dans cette « ville sale comme une pauvre femme sans savon », parfois un éclat dans l'oeil pour peu qu'il puisse mater peinard le jour se lever. On a les héritages et les amis qu'on peut, Robert-le-Mort, Mohammed-le-Périmé, François, Patrice, Clément, Dédé, "Mireille", Chimel, Karine, Brigitte et les autres. On retrouve même les Cheval, héros d'un précédent roman. Des macs, des prostituées, des « bicots » et des transfuges de la guerre d'Algérie, des types qui cachent leur jeu et des filles qui en savent long. Que de l'humanité en rupture. Du fracassé en veux-tu, en voilà. Et tout ce petit monde qui se reluque, se mélange, s'apprivoise, peu ou prou reconnaît en l'autre un frère ou une soeur. Et cette si bonne madame Test, qui pour un peu lui rappellerait sa mère - « La France manquait de gens comme elle, tous les grands hommes n'étaient pas au Panthéon.» Et Ming bien sûr, que Mietek aime à sa manière, avec cette pudeur archaïque et virile dont les hommes sont aussi faits. Il y a de la fierté chez ceux-là. Ne rien devoir à personne, savoir se faire loup dans un monde cannibale. Se planquer et agir. C'est le monde ambigu et brutal, amoral ou pire encore de José Giovanni et Albert Simonin, peuplé de malfrats au coeur tendre, brutes résignées et généreux mercenaires, sentimentaux à qui on ne la fait pas. Les héritiers s'il en est d'Audiard et de Grangier auraient grand intérêt à se pencher un peu sur les hommes de Morgiève, de ceux qui connaissent les limites de leurs fantasmes et peuvent confesser : « J'aurais voulu être Mesrine, braquer pour vivre comme un homme. » Morgiève n'est pas Despentes : pas de critique sociale, pas de revendications politiques, pas de dénonciation de l'ordre moral, aucune édification d'aucune sorte. La société, le monde ? Peu leur importe, à ces hommes - on va tous mourir, voilà leur sagesse. Indifférence totale pour cette frénésie du jour qu'on voudrait toujours croire inédite : « Les mecs autour de moi parlaient politique et foot : les cons avaient besoin de parler à des cons de sujets cons. » Et qu'on ne me parle des bagnoles. La bagnole, c'est autre chose. Un territoire, et pas moins noble qu'un autre. Le vrai chez-soi, celui où on a nos odeurs, nos habitudes, nos plus grands moments de solitude aussi. Avec toujours, chez Morgiève, une petite affection pour Citroën - la DS, la 19, la 21, la SM pour la flambe, les bons jours. Une charrette pour ultime réduit :  
C'est de la bagnole, ai-je dit pour lui faire plaisir.
- La vôtre, c'est pas rien, a-t-il répondu pour me retourner le compliment.
On est demeurés silencieux comme des paysans devant leurs bêtes, puis je l'ai quitté.

Mais le roman de Richard Morgiève ne se contente pas de faire le récit d'un monde qui enterre ses dernières grandes figures. Il n'en montre d'ailleurs pas tant la mort que la chute, ces quelques mois ou années de bascule, quand les derniers voyous tardent à se ranger des voitures et que derrière eux un nouveau monde pousse. Les hommes n'est pas seulement le roman-sépulture des méchants garçons d'antan, il s'attache aussi à ce qui s'éteint en mourant : un temps où le contrôle social laissait subsister ceux qui n'en voulaient pas plus que ça à la société - elle avait ses lois, eux aussi - et qui surtout n'attendaient rien d'elle. Et puis bien sûr, il y a Mietek. Trop singulier, trop sensible, trop troublant, trop métèque pour faire tomber complètement le roman du côté du hard-boiled ou du polar social à la Manchette. Mietek est à l'image de son époque, il bascule dans un autre âge, las de voir les hommes tomber autour de lui et pressentant que les forces ne tarderont plus à lui manquer. Il souffre d'une solitude qu'il a appris à habiter et dont on comprend qu'elle sera à jamais sa plus proche compagne, mais il en sait le prix : ces femmes, une en particulier, avec qui il n'a jamais rien pu construire. Et Cora, Cora enfin, puisque derrière le récit de l'homme il y a aussi le roman d'un autre amour dont il a tout à apprendre, l'amour d'une espèce de père pour cette petite fille qui va lui empoigner le coeur comme aucun(e) n'aura su le faire, gamine des temps à venir, « là pour que je rende à quelqu'un tout ce que je n'avais pas eu. »

On pense à bien des choses en lisant Les hommes. À Gabin, à Delon, à Dewaere et à tant d'autres, au Lavilliers de l'époque N'appartiens jamais à personne ; à Trust aussi pourquoi pas, quand Bonvoisin rendait hommage à son pote Bon Scott et pleurait son Dernier acte. La virilité exacerbée, la crudité théâtrale, la désespérance des hommes de Morgiève, voire le plaisir un peu régressif que l'auteur pourrait éprouver à choquer le bourgeois, donnent pourtant un éclat singulier à ce qui, ici, n'est pas moins déterminant : une tendresse brisée, une sentimentalité à peine contenue, une fragilité à fleur de peau. Et nous quittons le roman avec entre les doigts la poisse des huiles de vidange et dans le nez un tas d'odeurs mêlées, mais avec au coeur la tendre fêlure de qui a croisé un long cafard très doux.

Richard Morgiève, Les hommes, Éditions Joëlle Losfeld

vendredi 18 août 2017

Frédéric Aribit - Le mal des ardents (par Magali Brénon)

Sans titre

 

C'est avec grand plaisir que j'accueille sur ce blog Magali Brénon, éditrice, auteure de J'attends Mehdi et de Jamais par une telle nuit, parus en 2009 et en 2014 aux éditions Le Mot et le Reste.



Elle évoque ici le nouveau roman de Frédéric Aribit, Le mal des ardents, paru chez Belfond. 

Elle fut d'ailleurs l'éditrice de son premier roman, Trois langues dans ma bouche, paru en 2015 - et dont j'avais parlé ici.

Frédéric Aribit - Le mal des ardents

 


La littérature est l’essentiel, ou n’est rien.
Le Mal – une forme aiguë du Mal – dont
elle est l’expression, a pour nous, je le crois,
la valeur souveraine. Mais cette conception
ne commande pas l’absence de morale,
elle exige une “hypermorale”.

Georges Bataille, La Littérature et le Mal  


Appel à la poésie

Vers 19 h 12 à République, un mardi pluvieux du mois d’avril, un professeur de lettres dont la vie défile « comme une ligne de métro enchaîne les stations » est embrassé à pleine bouche par une brune vêtue de noir qui disparaît aussitôt sur le quai.
Par le plus beau des hasards objectifs, contingence nécessaire à l’amorce d’une histoire, l’inconnue réapparaît le soir même sur le pont de la Grange-aux-Belles, pont tournant, lieu inflammable, idéal pour un baiser à bout de souffle. « Tais-toi, serre-moi, embrasse-moi. Je suis l’âme errante », murmure la jeune femme dans une langue digne de Nadja. Le la est donné ; l’étincelle jaillit dans la poudrière endormie et ce Breton qui s’ignore s’embrase dans l’instant. La symphonie effrénée des amants peut commencer, arrachant cet homme à son inertie pour le placer sur la scène flamboyante du soulèvement de sa vie.
Pour lui, Lou invente avec l’alphabet de son corps, les tremblements de sa voix et le crin de son archet le rythme frénétique d’un prodigieux amour. De poèmes en selfies, de jeux érotiques en messages d’amour hallucinés l’histoire avance comme une traînée de poudre pour mieux vous entrer sous la peau, s’éprouvant en couleurs, images et sonorités en un crescendo de courses folles et d’intrusions dans des appartements mal verrouillés.
Car Lou, chair poétique, sensibilité à vif, est une artiste incandescente. Musicienne jusqu’à l’os, son violoncelle entre les cuisses elle jouit comme elle joue la symphonie Pathétique de Tchaïkovski. Et, dans cette errance méthodique qui le fait marcher sur des braises, tout à son ravissement le narrateur fasciné goûte la poésie effrontée des amants. « Tu vas t’habituer », lui promet Lou.
Il n’en aura pas le temps.
Parce que Lou est atteinte d’un mal qui la démange, la brûle et lui fait voir des choses étranges : le « mal des ardents », ou ergot de seigle, champignon mortel qui infeste le pain vendu par la boulangerie de son quartier. Ce mal, bien nommé pour une fille du feu, consume le corps de la jeune femme et promet la fin de cette irradiante passion.

Si le narrateur se plonge alors dans l’histoire ahurissante de l’ergot de seigle, non sans rapport avec le LSD et que la plupart des mystiques pourraient bien avoir côtoyé, choisissons de l’aborder par son versant allégorique : celui de la création, vue par le tout dernier des romantiques ou des poètes voyants.
Ce mal couvé par Lou, c’est le feu sacré que cette vestale va transmettre au narrateur en l’appelant à la poésie comme Dieu se manifesta à Moïse pour lui annoncer sa mission depuis le buisson ardent. Une théophanie : « Tu feras un livre avec cette histoire, tu écriras mon livre, notre livre, le livre de tous ceux qui ont le feu », lui intime Lou, clin d’œil encore à Nadja qui demanda à Breton : « André ? André ?... Tu écriras un roman sur moi. […] Prends garde : tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous il faut que quelque chose reste... »
Et, tandis que Lou dresse des temps qui courent un état des lieux révolté (« Comment tant de culture et si peu d’art ? Autant de culture et de connerie en même temps ? », dans « notre époque qui pourri[t] toujours tout, vulgaris[e] tout »), Frédéric Aribit remet sur l’ouvrage une question ouverte avec Trois langues dans ma bouche et développée dans « Les fées » : la création artistique comme avènement du sujet et démarche subversive, poétique aussi bien que politique. « On ne peut pas se contenter de consommer le monde, il faut s’en emparer à bras-le-corps, le laisser venir en vous, le laisser vous pénétrer de partout et puis suer, suer le monde pour le créer, le recréer en permanence, l’inventer au-dessus de ce que nous sommes, au-dessus de ce qu’il est lui-même. »
Et le narrateur de suivre à la lettre la consigne, de s’échauffer pour mieux se laisser traverser par tout ce qui concourra au sentiment d’exister. Et l’auteur de nous livrer cette rencontre avec l’érotisme, la poésie et l’art personnifiés, forcément mortels.

La beauté convulsive qui en résulte draine avec elle l’urgence maniaque de vivre, l’urgence charnelle d’aimer et d’en écrire. Ce long poème à Lou, à l’amour fou et à la poésie attisés jusqu’à l’incandescence souffle une bouffée d’oxygène sur un panorama littéraire trop souvent tiède. Il éclate en un feu d’artifice au lyrisme étincelant, porté par une écriture allant de précipitation en syncope au gré de reliefs vertigineux, n’hésitant pas à se coltiner la richesse débordante du langage pour entraîner l’histoire dans un véritable espace littéraire. Et, par-delà les clichés, caricatures et explications de texte dont elle use et abuse, la langue conduit l’« opération poétique […] au grand jour ».
Alors, dans cet arrachement, peu importe que Lou ne soit qu’une chimère et occupe une place tombée en désuétude : celle de la muse, du sacré, du pur fantasme de la femme toute qui finira en cendres pour demeurer irremplaçable. Source inépuisable de fiction, foyer d’illusions, elle est l’incarnation du romanesque. En ces temps secs où les romans s’aliènent à l’histoire au détriment de la forme, où le désir s’écrit au péril de l’amour, déchu au profit de la compulsion et de l’ego, avec une infinie douceur Frédéric Aribit replace le sentiment amoureux dans sa possible adéquation avec le désir, et cela fait du bien. Et, puisqu’il sait en fin de compte qu’il se consumera d’une façon ou d’une autre, pris dans cet impossible le lecteur a envie de croire, envers et contre tout, à l’élan salutaire et splendide de ces amants vivant au gré de leur imaginaire débridé.

Dès lors, on peut boucler la boucle et lire à double sens le palindrome de l’exergue : In girum imus nocte et consumimur igni. Virgile ou Debord ? Les deux, mon commandant. C’est là la condition tragique de l’homme, pris entre ces deux extrêmes : s’éblouir au flambeau et se brûler au réel, ou s’en détourner pour se consumer dans le vide. Tout est question de capacité à s’émouvoir, de choix et de position subjective. Quoi qu’il en soit, « Nous tournoyons dans la nuit et nous voilà consumés par le feu ». Aucun doute que le narrateur, clivé, a conscience de sa condition : « J’ai recommencé à suffoquer à ce moment-là, tandis que la musique avançait comme un aiguillon, comme une douleur lancinante, touchant les plaies à vif puis se retirant aussitôt, avant de revenir toucher encore au même endroit, et ainsi de suite tout au long du motif, succession de supplices et d’accalmies qui composait le sinistre présage de ce qui nous est échu. »
Au cours de ce « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens » qui fait et tue les voyants, les poètes à vif et les vivants émerveillés, on pense au cinéma de Jodorowsky, à Breton bien sûr, à Rimbaud et à ses voyelles qui éclatent sur la partition du texte, à Nerval forcément, ou encore à la Brigitte Fontaine de Profond.

À l’issue de cette passation de flambeau, on souhaite à Frédéric Aribit de demeurer un esprit ardent et d’entretenir le feu sacré afin qu’il ne s’éteigne jamais. Et aussi de se déprendre encore de certaines croyances, afin de ne pas tomber de l’escabeau. Car on ne saurait prêter aux artistes, aux humains et à l’art tant de qualités qu’à se casser le nez au réel, qui n’a pas le pouvoir de la fiction.
Passé l’excès de sensation, de sans-limite, de perception et d’images, il reste que la jouissance et le savoir peuvent avoir lieu dans les corps et dans la fréquentation des œuvres d’art, sans bruit.
Et l’on a envie de dire : « Faites attention à vous », monsieur. t

Frédéric Aribit, Le mal des ardents - Editions Belfond

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