mercredi 23 juin 2010

Tombeau - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Tombeau - Marc Villemain

Dico_Mort_CV_01En Occident, jusqu'au XVIIIème siècle, l'on ne fait pratiquement pas de distinction entre une tombe et un tombeau, même si la tombe tendait plutôt à désigner l'espace funéraire, le tombeau passant pour synonyme de mausolée. Dans la langue française contemporaine, la distinction est plus nette : la tombe est le lieu même où est ensevelie la dépouille, la fosse où elle est déposée, tandis que prend la dénomination de tombeau l'ornementation architecturale qui signale la présence de la tombe et invite au recueillement. Si les tombeaux servent à la fois de signalétique et de mémorial, il n'en a pas toujours été ainsi. Sous l'Ancien Régime, une dalle, recouvrant le caveau souterrain et ne portant parfois qu'un simple numéro, pouvait marquer l'emplacement de la sépulture ; les signes distinctifs permettant d'identifier le défunt (initiales, épitaphe, armes, blasons) pouvaient quant à eux être fixés sur un mur.

Commémorer

Un tombeau est donc avant tout un monument commémoratif, le plus souvent érigé sur un lieu de sépulture. A l'usage, ce qui distingue la tombe est son prestige, ses dimensions, son architecture ; autrement dit, les tombeaux sont en général destinés aux personnalités, aux grandes familles, ou encore aux édifices isolés, comme les chapelles funéraires. Ainsi peut-on admirer le tombeau de Napoléon, déposé le 2 avril 1861 dans l'église du Dôme des Invalides, à Paris, que l'architecte Louis Tullius Joachim Visconti réalisa dans des blocs de quartzite rouge placés sur un socle de granit vert et cerné d'une couronne de lauriers. Les tombeaux ne contiennent pourtant pas nécessairement la dépouille charnelle complète. Ainsi exista-t-il des tombeaux des entrailles et des tombeaux du cœur : comme leur nom l'indiques, ils ne contenaient que ces organes distincts. A l'époque médiévale, il n'était pas rare de distinguer un tombeau des entrailles en plaçant une poche sur la poitrine de l'effigie. Parfois, ces deux tombeaux spécifiques ne contenaient qu'un vase, dit urne de viscères ou urne de cœur, selon son contenu. Parmi les exemples les plus fameux, l'on peut citer le tombeau des entrailles de Charles V, qui provient de l'ancienne église abbatiale cistercienne de Maubuisson (Val d'Oise), et que l'on peut aujourd'hui visiter au musée du Louvre.

Symbolique

Le caractère sombre et éploré des sépultures d'Occident ne date pour l'essentiel que du XVIè siècle. Le mouvement prend son essor à la fin de la Renaissance, soutenu, non sans quelque paradoxe, par la chrétienté, laquelle pourtant ne craint pas de cultiver une certaine image rédemptrice et émancipatrice de la mort. Aussi nombre de  tombeaux sont-ils l'objet d'un véritable décorum mortuaire, où l'on n'hésite pas à orner le lieu d'allégories de squelettes ou de cadavres rongés, esthétique largement relayée par le romantisme. Aucune dramaturgie de la sorte n'existait en revanche au Moyen Age : à l'instar de l'Antiquité grecque et romaine, qui parsemait les voies de circulation de tombeaux au pied desquels il était commun de venir deviser de choses et d'autres, l'inexorable finitude ne l'impressionnait guère. Toutes les civilisations ont toujours mis un soin particulier à ériger de remarquables tombeaux. Ainsi du tombeau des Askia, au Mali, pyramide édifiée en 1495 par Askia Mohammed, empereur de Songhaï, au sein d'un ensemble comprenant donc, outre la pyramide tombale, deux mosquées, un cimetière et un espace de délibération. Mais lorsqu'on évoque les pyramides, c'est aux pyramides égyptiennes que l'on songe, et il est remarquable de penser que celles-ci, dont celle de Gizeh compte au nombre des sept merveilles du monde, sont d'abord des tombeaux verticaux. La forme pyramidale est née lorsque Djéser, roi de la IIIè dynastie, exprima le souhait que l'on agrandît son tombeau, à l'origine un simple mastaba. Le mastaba est une construction rectangulaire destinée aux pharaons et à la noblesse qui faisait à la fois office de sépulture du défunt et de lieu de résidence pour son ka, c'est-à-dire, sommairement, son double spirituel, une partie de son âme. C'est au fil de l'Ancien Empire égyptien que leur architecture évoluera, jusqu'à devenir les pyramides à degrés que l'on connaît. ... (Suite et fin dans le Dictionnaire de la Mort, sous-section : La fin des tombeaux).


lundi 14 juin 2010

Silence - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Silence - Marc Villemain
(Version un tout petit différente de celle publiée)

Dico_Mort_CV_01Le silence n'appartient qu'aux morts : là est bien notre seule certitude.
Cependant, le 0 dB (zéro décibel) est un mythe, qui ne se rencontre en aucun point sur terre : le son utilisant l'air pour circuler et se propager, il faudrait pour cela des espaces totalement privés d'air ; or, par définition, un espace privé d'air serait irrespirable. Le silence est donc toujours un bruit, il n'est jamais vide de sons. Ce que nous n'entendons pas, des sonomètres le captent, à l'instar de certains animaux (ultrasons). Il ne saurait être absence de sons, mais plus prosaïquement absence de sa perception. Les morts seuls, donc, connaissent le parfait silence - si tant est qu'ils puissent "connaître" quoi que ce soit.

Les humains associent le silence à des paradigmes paradoxaux. Éminemment désirable pour les uns, hautement effrayant pour les autres, le silence est toujours objet de fascination. C'est d'ailleurs par une minute de silence que l'on célèbre tel événement dramatique, telle disparition d'une personnalité ; c'est encore dans un "silence de mort" que nous nous recueillons, dans notre intimité ou dans des appropriés où le silence est d'ailleurs souvent exigé (panneau, signe). "Faire silence" constituerait donc le moyen le plus adéquat d'approcher ce vide qui pour nous symbolise la mort, une manière aussi de nous y préparer, de l'attendre, de l'entendre. Les monastères, lieux de silence s'il en est, attestent de cette spiritualité par le vide, qui permet tout à la fois d'entrer en soi pour être au plus près de la Création et d'avancer au plus près vers la Parole de Dieu. Notons que silence et morbidité font bon ménage dans et à l'approche des hôpitaux. ... (Suite dans le Dictionnaire de la Mort)

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lundi 7 juin 2010

Rite et rituel - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Rite et rituel - Marc Villemain (les deux paragraphes introductifs sont d'un autre contributeur).

Dico_Mort_CV_01Le rite funéraire, par son omniprésence et immémorialité, démontre une pratique humaine qui, si elle reste non univoque, n'en est pas moins distinctive. Le terme de rituel, lui, se réfère au texte - ici pris au sens large - utilisé pour la pratique et l'étude d'un degré du rite qui codifie un ensemble d'actes symboliques (gestes, paroles, déplacements).

Usage, coutume et cérémonial se combinent en des rites qui ne rapportent pas exclusivement à des pratiques religieuses ou culturelles. Par exemple, si en ethnologie, le rite est l'acte magique qui a pour objet d'orienter une force occulte vers une action déterminée et qui consiste en gestes, paroles ou attitudes adaptées à chaque circonstance, certains rites actuels afférents au deuil relèvent parfois de coutumes laïques, détachées de tout culte ou religion. De façon générique, l'ordre y est prescrit et s'inscrit dans une tradition, une répétition à l'identique. Rite de passage, rite autour de la mort, servent à conjurer et à intelligenter la peur des vivants quant aux dégâts que la mort provoque à la fois sur l'enveloppe corporelle (le cadavre) et sur la psyché, l'imaginaire.

Une thérapie ?

Invariants de la culture humaine, les rites et rituels funéraires ont pour fonction de ramener l'événement de la mort à un sens symbolique et social intelligible. A cette aune, ils induisent une acceptation de la mort, de quoi l'on peut déduire qu'ils constituent une étape du deuil. L'explication la plus courante retient des rites qu'ils fonctionneraient telle une thérapie, qui aurait le double mérite d'apaiser l'affliction consécutive au décès d'un être cher en faisant de sa mort un cérémonial collectif (permettant d'en partager la peine), et de domestiquer sa propre peur de la mort en lui donnant un cadre officiel. Si ces deux motifs ne semblent pas discutables, l'explication a toutefois pour limite de ne considérer que les fonctions directement utilitaires du rite : il s'agit ici de continuer à vivre avec et après la mort, d'apprendre à l'incorporer dans le mouvement de la vie. C'est là un passage obligé pour tout endeuillé, mais qui ne suffit sans doute pas à expliquer la constance des phénomènes funéraires rituels observés dans toute société humaine, en toute époque et en tout lieu. D'autant que, primitifs ou en devenir, les rites se déploient toujours à partir d'un socle de pratiques communes : un lieu consacré, un officiant et son assemblée, une temporalité propre, la répétition réglée de gestes et/ou de paroles mimétiques. ... (Suite dans le Dictionnaire de la Mort, sous-section : Réalisation, normalisation et individuation).

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jeudi 27 mai 2010

Poussière - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Poussière - Marc Villemain


Dico_Mort_CV_01De notre enveloppe rendue à la nature, et quoique nous nous en défendions, nous entretenons tous cette image fâcheuse : celle, après la mort, d'insectes mastiquant nos organes et putréfiant notre chair. Que l'on se rassure, toutefois : ce n'est là qu'une étape. Le long processus qui décomposera notre chair après la mort en fera, faute de mieux, une sorte de poussière qui rejoindra d'autres poussières.

La Genèse, bien sûr, nous avait prévenus : "Souviens-toi que tu es poussière et que tu redeviendras poussière" ; ou, dans la traduction qu'en donne la Bible de Jérusalem : "Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise" (Gn 3, 19). Qu'est-ce à dire ? Au-delà de la décomposition organique du corps, l'on ne peut pas, ne serait-ce qu'en vertu du sens caché un peu dépréciatif du mot poussière, ne pas y voir une allégorie de l'homme et du destin de l'humanité, tous deux programmés pour... mordre la poussière. La mort, non plus que la transformation post mortem du corps, ne nous conduit pas au rien, la poussière demeurant particule, donc matière ; or, pour la physique, l'être demeure tant que des traces de matière subsistent. Toutefois, à la poussière du corps qui se mélange avec la terre anonyme, fait écho l'élévation de l'âme. Ainsi la cérémonie catholique des Cendres, inspirée de la tradition juive et qui marque l'entrée dans le Carême, est-elle une cérémonie de pénitence et témoigne de l'infinie fragilité de l'homme. En considérant notre devenir-poussière et en nous avertissant de la caducité de notre chair, le catholicisme invite donc à la conversion, Dieu seul pouvant prêter espoir. Mais l'homme n'est pas seul à affronter ce destin. La terre et l'univers eux-mêmes sont programmés pour s'éteindre et devenir un jour, à leur tour, poussière. S'agissant de l'univers, qui ne semble exister que depuis 13,7 milliards d'années, si les principes qui régissent son expansion sont aujourd'hui connus, son destin fait encore largement question. ... (suite dans le Dictionnaire de la Mort).

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lundi 24 mai 2010

Métiers du funéraire - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Métiers du funéraire - Marc Villemain

Dico_Mort_CV_01

A la faveur peut-être du succès de la série Six Feet Under (A. Ball, 2006), dont les héros, la famille Fischer, sont propriétaires d'un salon funéraire, et de manière sans doute plus fondamentale en raison de l'évolution programmée de la pyramide des âge, les métiers du funéraire (ou "de la mort" moins euphémistique ; en américain : Death Care, ou Death Business : "Profession funéraire") connaissent depuis quelques années une certaine embellie.

De l'Église au funérarium

C'est lors de la Peste noire, qui ravagea l'Europe entre 1347 et 1350, qu'apparurent les confréries, auxquelles il revenait de déposer les pauvres en terre. Les "fabriques", conseils composés de marguilliers et chargés de la gestion des biens paroissiaux, récupérèrent très vite leurs prérogatives ; inférant son titre de propriété sur les cimetières, l'Église revendique d'ailleurs longtemps son droit exclusif d'inhumation.

Après la Révolution, les entrepreneurs privés se développèrent, et à leur suite une concurrence parfois un peu désordonnée. Aussi le Directoire prend-il quelque dispositions afin de commencer à organiser le marché. Le 28 décembre 1904 enfin, la loi attribue le monopole de l'activité funéraire aux communes, qui peuvent l'exercer en régie ou par concession de service public. Ces métiers ont connu de fortes évolutions tout au long du XXè siècle. C'est le résultat à la fois de mutations socio-économiques (libéralisation, privatisation, hyperspécialisation), de bouleversements culturels (médicalisation de la fin de vie, déclin relatif des religions instituées, hygiénisme et attraction croissante pour les "soins du corps", déni de la mort), et du désintérêt dans lequel les établissements de santé ont longtemps laissé les défunts, abandonnant les "post-soins" à des opérateurs privés de pompes funèbres. Il faudra d'ailleurs attendre 1997 pour qu'une réglementation contraigne les établissements hospitaliers comptabilisant plus de deux cents décès annuels à concevoir des aménagements de type chambre mortuaire et structures d'accueil des familles.

De fil en aiguille, la mort est entrée dans la "chaîne des soins", et les demandes croissantes de soins dits "palliatifs" constituent à cet égard une assez forte pression sur les établissements de santé. Nous sommes loin du temps où les Égyptiens, pour ne citer que cet exemple, orchestraient en grande pompe le départ du défunt dans le monde d'Osiris : de nombreuses castes de métiers funéraires se multiplièrent, danseuses et pleureuses étant chargées d'incarner le désespoir et l'affliction, et donnent un tour cérémonieux aux funérailles. Par comparaison, la mort en Occident de nos jours semble bien silencieuse. Au centre du dispositif, il y a d'abord le "conseiller" ou "assistant" funéraire. Indissociable de la naissance des entreprises de pompes funèbres au XIXè siècle et grand ordonnateur des funérailles, ses fonctions se sont progressivement accrues et connaissent encore de fortes évolutions depuis l'ouverture du marché à la concurrence (loi n°  93-23 du 8 janvier 1993.) "De pourvoyeur de fournitures mortuaires et coordonnateur des principaux acteurs funéraires (famille, représentants religieux et publics) à conseiller commercial et prestataire de biens symboliques, l'assistant funéraire voit son champ d'intervention s'élargir vers la dimension symbolique de la pratique funéraire." (Revue française des affaires sociales).

Et en effet, le conseiller funéraire reçoit les familles, organise, planifie et supervise avec elles les funérailles dans leurs moindres détails ; à l'occasion, sa présence peut être requise par la police afin de témoigner de la disparition d'une personne. Interlocuteur privilégié des endeuillés, sa fonction est donc d'autant plus complexe qu'il est aussi, de facto, un agent commercial, et qu'à ce titre son entreprise est en droit d'attendre de lui qu'il soit productif.

Une certaine gêne

Les métiers de la mort sont chargés d'une série de connotations déplaisantes. L'entrepreneur en pompes funèbres moderne n'a pourtant plus rien à voir avec le croque-mort d'autrefois ! Il est vrai que ces métiers exigent de leurs acteurs civilité, élégance, pudeur et discrétion, en sus d'une certaine technicité. Ainsi en va-t-il des porteurs, pour n'évoquer que le début de la chaîne qui mène jusqu'à l'inhumation ou à la crémation, auxquels revient la charge de transférer vers une chambre funéraire ou mortuaire toute personne défunte à son domicile ou dans un centre de soins. Ou encore des agents de crématorium, qui doivent à la fois réceptionner les corps, accueillir les familles, ordonnancer les cérémonies, vérifier les dossiers de crémation, procéder à la crémation en tant que telle (mise en route du four, réglage, fonctionnement), disperser ou remettre les cendres aux familles, et assurer la maintenance du four. Que dire des thanatopracteurs, qui doivent déshabiller, laver puis ouvrir le corps, l'apprêter puis le rhabiller ? Le succès de la série américaine Six Feet Under s'explique en grande partie à cause de l'opacité qui affecte ce milieu : présentes autour des cimetières, des hôpitaux, les "agences funéraires" n'en finissent pas de rechercher des modes de communication décrispées, établissant un compromis entre le déni ambiant, l'atmosphère de reproche pour un semblant de mercantilisme et le quasi-mépris pour les professions qui y sont rattachées.

Des métiers anciens et nouveaux

Le thanatopracteur, "praticien des morts", est le plus récent des métiers funéraires, dont la fonction est justifiée à la fois par des impératifs sanitaires et le par le souci de faciliter le travail de deuil en lissant le visage de la mort. On compte à ce jour environ 700 thanatopracteurs en France, mais la profession, encore très masculine, est appelée à se développer fortement dans les années qui viennent. Le thanatopracteur a suivi une formation en école spécialisée, est titulaire d'un diplôme national créé en 1994, et ne peux exercer sans habilitation préfectorale. ... (Suite dans le Dictionnaire de la mort, et sous-section : Statistiques).

 

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jeudi 13 mai 2010

Metal (heavy metal) - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Metal - Marc Villemain

Nota bene : cette version, plus complète, diffère de celle publiée dans le Dictionnaire de la Mort.

Dico_Mort_CV_01Le triptyque sex, drugs and rock'n'roll, que les années 1950 inventèrent et qui depuis se renouvèle au gré des générations, porte en lui tous les excès inhérents au genre, et pour une part le définit : le rock est violence, sédition, provocation - ou il n'est pas. Autrement dit, la mort a toujours rôdé du côté des rockers. Illustres ou anonymes, dénombrer les acteurs du rock morts dans l'exercice de leur passion, et en vertu du mode de vie qu'elle requiert parfois selon eux, constitue d'ailleurs un exercice aussi fastidieux que sinistre. Il n'y a à ce tropisme aucune exception, pas même la période du flower power, dont le cri de ralliement paix et amour (peace and love), aussi enjoué que fameux, masquait difficilement un mal-être qui était loin d'être exempt de violence. La contestation, conscience, ou la rébellion, plus instinctive, n'amènent que rarement la paix et l'apaisement : l'odeur du souffre charrie aussi les effluves de la mort.

Certains dérivés radicaux du rock, lui-même enfant de la colère et du fatalisme du blues, sont apparus au tournant des années 1970, en même temps que le consumérisme occidental asseyait son primat. Ainsi naquit le bien nommé hard rock, qui part de l'énergie physique du rock'n'roll pour en accentuer les distorsions et utilise l'épaisseur du blues pour en décupler l'effet martelant, entraînant avec lui une attitude et une vision du monde plus ténébreuses, plus graves, plus "lourdes".

Naissance du genre

Des Who à Jimi Hendrix en passant par Iron Butterfly (dont le premier album, en 1967, est intitulé Heavy), autant de groupes et de musiciens dont on peut considérer qu'ils ont contribué à tendre des ponts entre le blues éternel, le rock'n'roll vieillissant et le hard rock. Mais un genre va naître, qui peu à peu supplantera le hard dans l'expression de ce que l'épopée humaine peut avoir de plus sombre et de plus sépulcral : le heavy metal - ou, plus communément, le metal. L'origine de cette désignation reste sujette à interprétations. On en trouve les premières occurrences chez l'écrivain William S. Burroughs (la Machine molle, 1961), ou dans la chanson Born to be wild (Steppenwolf, 1968) ; elle fut toutefois popularisée par des critiques musicaux tels que Sandy Pearlman, Mike Saunders, et surtout Lester Bangs, qui le premier saisit ce qui en faisait la singularité. Outre les connotations immédiatement lourdes, compactes et brutales de l'expression, son origine pourrait aussi avoir un versant plus social : c'est en effet autour de Birmingham, connue à la fin des années 1960 pour son industrie métallurgique, que tournèrent bon nombre de groupes de rock ; et parmi eux celui que l'on reconnaît aujourd'hui pour être l'un des pionniers, sinon le pionnier, du metal : Black Sabbath.

Apparu aux périphéries des villes au moment où triomphent les "trente glorieuses", le metal se distingue sensiblement du hard rock. Sur un strict plan musical d'abord, en ce sens qu'il se défait du blues tel qu'on peut le retrouver chez des groupes comme Led Zeppelin ou AC/DC ; mais davantage encore, c'est sur le plan des représentations symboliques et des soubassements métaphysiques que le metal, en s'écartant de l'hédonisme rebelle du rock'n'roll en en théâtralisant le hard rock, en vient à développer une représentation du monde considéré comme une longue et progressive victoire des différents visages du mal et de la mort.

Le dégoût du monde

Car contrairement aux punks, les metalleux n'ont jamais eu le souci de la revendication ou de la mise à sac d'un ordre social ; à l'origine membres des classes défavorisées, la sociologie du genre a d'ailleurs évolué au point désormais de recruter en majorité au sein des classes moyennes et de la petite bourgeoisie. Cette indifférence à l'univers social n'est toutefois qu'apparente, ou relative. Sans doute la notion d'engagement, à quelques rares exceptions près (en France, le groupe Trust), ne figure-t-elle pas au panthéon de l'éthique et de l'esthétique metalleuse : cela n'induit pourtant pas l'indifférence. Le metal véhicule une forme de dégoût ou d'écœurement du monde, disposition qu'il manifeste en le fuyant ou en faisant de la mort une sorte d'horizon totémique, de contre-société fantasmée. Les attributs classiques du satanisme ne sont utilisés que de manière rarissime pour ce qu'ils sont : simple vocation spectaculaire, ludique ou provocatrice, ils n'expriment tout au mieux qu'un vague désir de renversement des valeurs dominantes. Notons d'ailleurs l'existence et l'audience croissante d'un metal chrétien, y compris sous ses dehors musicaux les plus extrêmes et les moins attendus dans ce registre (black, trash, death metal), et que l'on distingue parfois sous l'appellation de unblack metal. Ce qui est frappant, depuis la fin des années 1980, c'est l'utilisation de plus en plus courante de thématiques merveilleuses, oniriques, légendaires, mythologiques ou religieuses, dont la mort est toujours porteuse. Les textes tendent à évoquer un monde vu d'en haut, ou plus précisément d'un ailleurs fantasmé, tantôt futuriste, tantôt nostalgique - en recourant au folklore, voire à des dialectes tombés en désuétude, les groupes nordiques nous fournissent aujourd'hui un bon exemple de cet appel au passé. Aussi le monde est-il considéré à l'aune de ses périodes tragiques, lyriques ou simplement charnières (la fin des dinosaures, les conquêtes, les empires, l'esclavage, les épidémies, le cannibalisme, la chevalerie, les guerres de religion, la survie de l'espèce ou la destruction des écosystèmes), et de leurs conséquences sur la psyché collective et individuelle (le suicide, la perte d'identité, la dépression, le sentiment de sa propre incommunicabilité, la réincarnation, la possibilité ou l'espoir d'un ailleurs, etc.) Dante, Baudelaire, Nietzsche, Lovecraft, Lautréamont, Coleridge, Poe, Huxley, sans oublier les textes textes sacrés, sont régulièrement invoqués, et pourraient, chacun à leur manière, refléter quelques-uns des tropismes metalleux. Le metal véhicule une révolte non théorisée, quelque chose qui pourrait ressembler à une sorte d'anarchisme millénariste teinté d'une attirance pour la double idée de vide et de puissance. ... (la suite dans le Dictionnaire de la Mort, sous-section : Decorum macabre).

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mardi 11 mai 2010

Lividité cadavérique - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Lividité cadavérique - Marc Villemain

Dico_Mort_CV_01En mourant, le sang cesse de circuler dans notre organisme ; aussi, sous l'effet de la pesanteur, va-t-il se déplacer vers les parties déclives du corps, et y faire apparaître des tâches aux teintes violacées : ce sont les lividités cadavériques, ou livor mortis. Le processus d'apparition de ces lividités débute au moment même de la mort, lorsque la pompe cardiaque cesse de faire circuler le sang. La paroi des vaisseaux sanguins s'ouvre alors, laissant filer les globules rouges qui iront s'accumuler en différents points du corps, selon la disposition de celui-ci au moment de mourir. Perceptibles à l'œil nu deux heures après le décès, l'intensité des lividités atteint son maximum entre la huitième et la douzième heure. Durant ce laps de temps, si l'on exerce une pression sur une zone de lividité, on observera que l'accumulation sanguine s'estompe et que la peau reprend une teinte plus pâle ; on dit alors des lividités qu'elles sont mobiles. Ensuite, le sang imbibant le tissu interstitiel, plus aucune pression sur le corps n'affectera la coloration de la peau : les lividités sont fixes. L'intérêt de cet exercice est évident en matière de datation des cadavres, dont l'examen des lividités constitue l'un des instruments. Si ledit examen permet de se faire une idée, même approximative, de l'heure du décès, l'évaluation peut aussi révéler un éventuel déplacement du corps après la mort, si la localisation des lividités ne corrobore pas la position dans lequel le défunt a été trouvé. Autant d'indices souvent utilisés dans les enquêtes criminelles. Ainsi, pour évoquer l'une d'entre elles qui fit grand bruit et demeure source de perplexité, de nombreux avis considèrent comme erronées les conclusions de l'enquête consécutive au décès de l'homme politique Robert Boulin, retrouvé mort le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet, dit "l'étang rompu". ...

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mardi 4 mai 2010

Eloge de la mort - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Éloge de la mort - Marc Villemain

Dico_Mort_CV_01Vivrions-nous de la même manière si nous ne nous savions pas mortels ? Le philosophe Jan Patocka (1907-1977) écrivait : "La mort est l'occasion d'affronter ce qui dans la vie nous demeure le plus sûrement dissimulé parce que nous nous laissons distraire, réclamés par ce que nous croyons être des affaires plus pressante." D'une manière tout autre, l'écrivain Yukio Mishima, dont le suicide par éventrement a marqué les esprits, abondant dans son sens : "Si l'on veut être un parfait samouraï, il est nécessaire de se préparer à la mort matin et soir et jour après jour." Il s'agit toujours d'imprimer sa marque sur sa destinée, de décider de sa vie sous tous ses rapports, seule manière de décider en toute raison de sa mort.

A cette aune, l'éloge de la mort va de soi, puisqu'elle n'est pas moins désirée que la vie et qu'elle ne vient que pour couronner une volonté. Il est donc possible d'aimer la mort comme on aime la vie. Loin de certains cultes un peu folkloriques, qu'ils soient liés à des pratiques sectaires, des traditions carnavalesques dans la lignée d'Halloween ou à un malaise existentiel du type de celui que peut connaître un adolescent, la mort peut donc être aimable et désirable en soi, sans que cet attrait ne donne spécialement lieu à une tentation suicidaire. C'est parce que nous allons mourir, et plus encore parce que nous le savons, que la vie prend du relief, c'est parce que nous entrevoyons la limite de tout que nous nous saisissons des moyens de faire de notre existence autre chose qu'une parenthèse en attendant la mort. Ainsi, Jean Ziegler peut-il écrire que "la mort, imposant une limite à notre existence, institue le temps. Elle confère une place et un sens à chaque vie et lui donne sa signification. La mort instaure la liberté." (Les vivants et les morts, 1975). ...

lundi 3 mai 2010

Dernières volontés - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Dernières volontés - Marc Villemain

Dico_Mort_CV_01Les dernières volontés du défunt, pour avoir force de loi, doivent avoir été préalablement consignées dans un testament, dit "holographe", "authentique" ou "mystique" selon la formule retenue, qu'il aura déposé chez notaire. Le défunt y attribue nominativement ses biens à léguer, qu'il s'agisse d'un legs universel (impliquant l'ensemble de ses biens), ou d'un legs particulier (relatif à un ou plusieurs bien spécifiques.) Il peut aussi exprimer ses préférences en matière d'inhumation, de crémation, d'organisation des obsèques, bref donner toutes les précisions utiles quant à la manière dont il sera disposé de sa dépouille.

Toute personne saine d'esprit peut, dès seize ans, déposer un testament chez notaire. Il existe toutefois à ce régime quelques exceptions : l'incapable majeur soumis au régime de la tutelle, ou encore telle personne condamnée à perpétuité, qui devra une autorisation préalable. Enfin, il est impossible pour deux personnes, par exemple deux conjoints, de tester ensemble : tout testament est nécessairement individuel.

Régime unifié

Le 16 mai 1972, par la convention dite de Bâle, les États membres du conseil de l'Europe ont souhaité que soit institué "un système permettant à un testateur de faire inscrire son testament afin, d'une part, de réduire les risques que celui-ci soit ignoré ou connu tardivement et, d'autre part, de faciliter après le décès du testateur la découverte de ce testament (E. Rondet et H. Sédillot, Transmission du patrimoine - Testament, donation, autres mécanismes, 2007.) Bien souvent, en effet, la famille et les proches du défunt ignorent si celui-ci a émis des consignes officielles pour l'après. Ainsi les pouvoirs publics français ont-ils confié aux notaires, en 1975, le soin de mettre en place un fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV), afin de faciliter la recherche d'un testament, entreprise qui jusque-là pouvait s'avérer fort longue et très aléatoire. Seuls les notaires sont habilités à consulter ce fichier central, à la demande de leurs clients qui auront prouvé leur qualité d'héritiers ou de légataires.

Testament

La lecture d'un testament est parfois source d'incompréhensions (pour ne pas dire davantage) au sein des familles et des entourages : tel membre aura été lésé, quand telle autre personne, sans lien de parenté connu, aura été désignée comme héritière ; ou encore, une fratrie se déchirera après que le testateur aura choisi de ne pas procéder à une répartition égalitaire de ses biens. Le nombre de situations inextricables et d'imbroglios familiaux est à peu près infini, et il existe sans doute autant de motifs de contestation que de testaments... L'on trouvait dans l'ancien droit romain une manière réglementaire de s'épargner certains embarras : ainsi le fidéicommis permettait-il à un testateur, sous conditions, de léguer ses biens à un grevé de restitution, afin que celui-ci les transmette à un tiers, l'appelé, dit aussi fidéicommissaire. De nos jours, la loi elle-même vient corriger ce qui pourrait être perçu comme un excès ou une excentricité du testateur, en prévoyant une "réserve" qui permet aux héritiers réservataires, à savoir les descendants légitimes (naturels ou adoptifs) et le conjoint survivant, de jouir d'une part minimale du patrimoine du défunt. S'agissant des ascendants, s'ils ne sont plus réservataires en vertu de la loi du 23 juin 2006, ils peuvent toutefois demander à récupérer les biens qu'ils ont donnés à un enfant lorsque celui-ci décède avant eux sans descendance. ... (Lire la suite dans le Dictionnaire de la Mort ; sous-section : Des limites).

vendredi 30 avril 2010

Cimetière - Dictionnaire de la Mort

Dictionnaire de la Mort, (s/d) Philippe Di Folco - Éditions Larousse, collection In Extenso
Premiers paragraphes de la notice Cimetière - Marc Villemain

Dico_Mort_CV_01Longtemps, les humains ont redouté le contact avec les morts : selon J. G. Frazer et E. Morin, s'ils honoraient leurs sépultures, c'est d'abord parce qu'ils craignaient leur retour. P. Ariès rapporte dans l'Homme devant la mort cette prescription de la loi des Douze Tables : "Qu'aucun mort ne soit inhumé ni incinéré à l'intérieur de la ville." Prescription qui sera reprise dans le code de Théodose : "Que tous les corps enfermés dans des urnes ou des sarcophages, sur le sol, soient enlevés et déposés hors de la ville", en l'espèce Constantinople. Ainsi en allait-il des cimetières de l'Antiquité, que l'on appelle un peu vite des "nécropoles". Dans la préhistoire, les sites funéraires étaient situés au milieu des vivants et des dieux : l'on portait donc le mort en terre au centre des structures habitables, élevant des tumulus pointés vers le ciel, des cairns, ou marquant le sol d'une stèle. La mise hors les murs des sépultures à partir de l'Antiquité répond surtout aux contraintes inhérentes à la naissance des villes et à la croissance démographique. Progressivement, le corps en tant que chair n'ayant plus rien de sacré, les zones d'ensevelissement des défunts déménagent vers la périphérie et s'installent le longs des voies de communication, ouvertes à tous et considérées comme des espaces de sociabilité comme les autres.

Eloignement progressif

L'enracinement progressif de la chrétienté fit évolue les choses différemment. Ainsi le bas Moyen Age enterrera-t-il ses saints directement dans les églises érigées au cœur des villages ; et l'on inhumait les habitants au plus près des saints (ad sanctos), afin de leur ménager un accès au paradis plus aisé. Pour des raisons d'hygiène, l'Église reviendra toutefois sur cette pratique et déplacera l'espace funéraire dans l'aître, terrain qui jouxte l'église. L'Occident chrétien médiéval a ceci de remarquable que les vivants coexistent avec leurs morts. Le cimetière s'apparente alors à ce que nous appellerions aujourd'hui un "lieu de vie", où la communauté poursuit à loisir ses activités traditionnelles : foires, salons, marchés, spectacles, divertissements ; l'activité des vivants se déploie dans un espace funéraire socialement surqualifié. Cet espace et les modalités de son occupation vont se transformer en fonction de l'évolution de l'institution ecclésiale. Le caractère sacré du lieu funéraire définitivement établi à la  Renaissance, il sera sanctuarisé, clôturé physiquement et symboliquement protégé du regard des vivants et de leur commerce.

Concomitamment, apparaîtront les premières sépultures individualisées et les premières décorations funéraires, reléguant à jamais les fosses communes usuelles. Dans le courant du XVIIIe siècle, les cimetières déserteront à nouveau les centres d'habitation vers les périphéries. Les progrès de l'hygiénisme sous-tendent ce déplacement géographique, mais il faudrait également évoquer le vitalisme optimiste de l'époque et les progrès de la laïcité. En France, devenues terrain public communal par une loi de 1881, les sépultures sont, dès la Révolution, gérées par les autorités municipales laïques.

Un espace paysagé

Les premières considérations esthétiques vont faire leur apparition au XIXe siècle, dans le souci d'adoucir l'image de l'espace funéraire ; ce mouvement s'accompagne de l'essor du romantisme noir, volontiers sépulcral, et de son compagnonnage lyrique avec la mort. C'est de cette époque que l'on peut dater la naissance du cimetière comme espace architectural et paysager, ainsi que le cadastrage des concessions, destinées à la location ou à la vente. La végétation y apparaît de plus en plus luxuriante, pour apaiser le caractère dramatique des visites. Le XXe siècle poursuivra et amplifiera ce mouvement. Aussi la plupart des nouveaux cimetières sont-ils désormais construits à l'extérieur des villes, et font état de projets qui entrent de plain-pied dans les plans d'aménagement et de développement urbains. ... (Suite dans le Dictionnaire de la mort ; deux sous-sections : Encombrement ?  et Dématérialisation ?)