dimanche 6 octobre 2019

Mado lu par Anaïs Lefaucheux

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Lire l'article directement sur le site Sens critique.


L'autre qu'on (mado)rait

J'aime les histoires d'amitié toxique, d'emprise fascinée, passionnelle, borderline, je me suis régalée à lire Antéchrista d'Amélie Nothomb, Respire d'Anne-Sophie Brasme ou encore, plus récemment, Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard ou Sous le soleil de mes cheveux blonds d'Agathe Ruga : les femmes sont douées pour parler des liens mi-nourriciers, mi-empoisonnés avec le même sexe, ces relations-miroir, ambiguës, extrêmes parfois.

Cette fois-ci, c'est un homme (Marc Villemain) qui se met dans la peau d'une narratrice (et avec quelle finesse, quelle lucidité), en l'occurrence Virginie, et qui nous raconte son histoire d'amour avec la Mado du titre. Marc Villemain possède, et on le comprend dès les premières pages, une connaissance intime, subtile, abyssale des méandres de l'adolescence, ses tâtonnements sensuels, son besoin de liberté, ses obsessions et ses phobies. 

Le lecteur rencontre la narratrice in medias res dans une scène inaugurale marquante : alors âgée d'une dizaine d'années, Virginie se voit confisquer tous ses vêtements par les frères de Mado, dans le cadre d'une baignade. On comprend vite qu'il n'est pas trop question de comédie ou d'humour : l'enfant dénudée se retrouve à errer en pleine soirée pour espérer retourner chez elle sans se faire remarquer. Bien des années après, ce souvenir mutera en traumatisme, plaie irrémédiable, et les auteurs de ce méfait deviendront ses bêtes noires. L'auteur dit très bien la honte de la victime, la peur, le sentiment de vulnérabilité de la nudité, la nuit qui gagne, les cachettes qu'il faut trouver... J'ai trouvé ce passage très bien vu et anxiogène à souhait.

Le récit s'attache ensuite à nous narrer les amours adolescentes, idylliques, de Virginie et Mado, cette lune de miel qui ne durera pourtant guère. La construction fait alterner les époques (marquées par le passage à l'italique) et le lecteur comprend bien vite que Virginie adulte est une femme malheureuse, mère célibataire d'une enfant qu'elle ne parvient pas à aimer comme elle le voudrait, femme déchirée, éternellement marquée au fer rouge par cette passion saphique au dénouement tragique (que je ne divulgâcherai pas). 

Marc Villemain excelle dans la peinture sensuelle, dans cet éveil conjoint des deux adolescentes au plaisir et à la jouissance, dans ces extases à la fois amoureuses et sexuelles, à l'abri de la cabane de Virginie (le carrelet). Mais l'adolescence est aussi la période de toutes les hésitations et Virginie en fera les frais, elle qui ne rêve que d'absolu vécu à deux avec celle dont elle dira qu'elle fut son seul amour. La rousse Mado exerce un charme vénéneux sur les hommes et certains qui traversent cette histoire vont avoir une importance capitale et agir comme des éléments perturbateurs (Julien, Florian). 

Marc Villemain sonde les rouages de la passion, cette folie pas douce du tout, la jalousie aussi et son cortège de stratagèmes vengeurs, ses délires, sa violence, ces cheveux arrachés dans les larmes, ces revanches à prendre sur cet autre qu'on adore, à qui on voue sa vie mais qui nous trahit. Roman d'apprentissage, d'initiation, Mado dit aussi fort bien la chute des idéaux, les yeux douloureusement dessillés qui ouvrent sur l'âge adulte. Très bien exprimée aussi cette idée que l'adolescence est la période du repli, du refuge quasi-foetal (la cabane, s'y enfouir), du retour à un certain état de nature, sauvage, instinctif. 

Il faut aussi souligner le style employé par Marc Villemain (que je découvre avec ce roman), ses réflexions si bien senties sur l'enfance, l'amour, ses nombreuses fulgurances lyriques, romantiques à souhait, ses belles descriptions de coucher de soleil qui disent si bien la coloration rêveuse de l'âme adolescente . 

Le mystérieux mais ô combien dramatique dénouement achève de donner à ces 145 pages une résonance mélancolique d'une grande intensité qui nous prouve, si besoin en était, dans quel état peut nous laisser une grande histoire d'amour et quelles empreintes peut laisser l'emprise.

Anaïs Lefaucheux

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jeudi 12 septembre 2019

Mado lu par Marianne Peyronnet

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Vingt ans plus tard, alors qu’elle nous conte son histoire que l’on soupçonne tragique, Virginie, la narratrice, part de ce traumatisme pour dérouler le fil de son histoire d’amour avec Mado, l’été de ses quatorze ans. Non pas qu’elle prétende que cette anecdote désagréable soit l’élément déclencheur de son homosexualité, ce serait trop simple. Et ce serait faux. Si les jumeaux lui ont fait prendre conscience qu’elle sera désormais, pour tous, un être sexué, ils n’ont été qu’un lien. Avec la sauvage et sensuelle Mado dont ils sont les demi-frères et avec un lieu, cette cabane de pêcheur, son carrelet perdu dans les dunes, qui sera plus tard le refuge des deux adolescentes et où, acculée par les deux presque hommes, elle passa seule cette nuit-là.

Virginie et Mado s’aiment, donc, cet-été-là, en cachette, non par honte mais pour se préserver, vivre plus intensément, à l’abri des autres. Ces autres, parents, camarades de classe, qui ne sont que des ombres quand Mado est le soleil. Car Virginie, surtout, aime Mado. Et elle ressent cet été-là, en même temps qu’elle les découvre, des émotions si intenses qu’elle ne les éprouvera plus jamais. Elle vit l’amour absolu. La passion, les doutes, les tourments.

Ecrire un roman d’amour est un exercice périlleux. Raconter l’intimité, l’éveil à la sensualité à hauteur d’adolescentes, sans tomber dans la caricature, est une prouesse. Marc Villemain y parvient et livre un virtuose roman d’amour. Tout en délicatesse et fougue, avec des mots justes, Mado explore l’éventail des sentiments, sans mièvrerie, sans voyeurisme, sans euphémisme non plus. Marc Villemain dit comme rarement cet âge exalté où le cœur bat vite et fort, où l’on est sûr de tout et de rien. À croire qu’il a été une ado de quinze ans, dans une autre vie.

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 Article paru sur le site du Conseil départemental de la Haute-Vienne, que l'on peut consulter directement ici

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vendredi 12 juillet 2019

Mado lu par Paméla Ramos

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SI TOUS, MOI NON, le blog de Paméla Ramos, ne consacre pas tant une intention critique qu'une impression et un univers littéraires. Singulier, défricheur, exigeant, j'en recommande vivement la lecture. On peut bien sûr lire le billet qu'elle consacre à Mado - dont je l'en remercie - directement sur son blog. 

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M
arc Villemain, cela fait bien longtemps que je le sais dans les parages, mais il n’a jamais vraiment été là, comme une ombre familière qui aurait choisi de se projeter depuis une existence trop différente de la mienne, dont je perçois les ondulations comme en bordure du regard, accommodée, apprivoisée par ses manières polies et distantes, son regard tout entier porté, lui aussi, vers des territoires où mon espèce n’existe pas, ou peu, et dès lors ne peut le contrarier. Il me semble qu’il est de ceux qu’il ne faut pas déranger, avec lesquels la grande gaudriole est exclue, et je sors mes pincettes – chose que je ne fais que très rarement, lorsqu’il me faut l’aborder, d’une façon ou d’une autre.

Et sans doute cette discrétion de tous les instants, cette élégance jusque dans les pitreries auxquelles il consent à se livrer avec ses amis potaches, m’a imposé un respect un peu désuet, de celui qu’un enfant portera à la grande vieillesse, mais avec laquelle, cette grande vieillesse, il se sentira libre de s’épancher, de s’attendrir alors qu’il faut toujours remonter sa garde avec ceux que le temps n’a pas encore tannés. Oui, Marc Villemain, avec ses livres pleins de vieux, d’enfants des années 80, de jeunes qui n’existent plus, me paraît vénérable, parti bien loin et sans personne sur un bateau qui tarde à rentrer quand on scrute au loin sans craindre jamais pour sa vie, avec la bonne sérénité de savoir que sur cette barque, ce n’est pas un marin d’eau douce qui fraie.

J’ouvre Mado, pour voir. Parce que c’est l’été, et que je trie mes papiers avant la grande rentrée. Je lis les connaissances sympathiques que je n’ai pas encore lues, je me mets en règle avec moi-même, je prête une attention plus particulière à ce que je me suis promis, et qu’il est encore temps de purger. Je n’attends rien de Mado, je sais déjà que ce n’est pas pour moi – absolument insensible aux émois de jeunes filles entre elles, qu’on m’a déjà trop vantés par ailleurs comme étant le clou du grand spectacle proustien, ce dont je ne suis pas certaine du tout achevant par ailleurs deux tomes de la Recherche et entamant le troisième.

Mado, ce que j’en sais alors, c’est brutalement deux jeunes nanas qui s’aiment, l’une bouleversée par un traumatisme banal, l’autre, sorte de rock-star des sirènes bien gaulée et sans gêne, le tout sur un carrelet, ces baraques de pêcheurs en bois comme mes parents en avaient un, près de La Rochelle, avant de s’en séparer. Pas de quoi se relever la nuit. On le dit sombre et lumineux, comme à chaque fois qu’on drague le CNL ou la Grande Librairie.

Villemain sera ma récréation entre deux Proust, pensai-je. Petite barre de chocolat noisettes à tremper dans le thé du maître, comme il nous en régalait déjà dans son précédent recueil de nouvelles, Il y avait des rivières infranchissables, auquel je repense plus souvent que je ne l’aurais imaginé. Villemain le doux, rafraîchissant l’atmosphère après les heures torrides où j’étais partie – sans jamais bouger de mon Centre, bien sûr – en Argentine, chez les dompteurs de livres-chevaux dans la poussière, sur les traces incertaines des écrivains de Buenos Aires. Villemain l’ombre amicale, capable d’une sournoise morsure dans le cœur au détour d’une phrase faussement habillée comme pour un jour de repos, qui finit par ronger le cuir fatigué d’une qui voudrait seulement que cette saison pénible se termine.

Oui mais voilà : je n’y étais pas, moi non plus. Pas là. Pourtant, en deux bourrasques de lecture, sans doute, quoi, deux fois deux heures, allez savoir, j’avais pris toute son atlantique écriture dans les cheveux. Avec cette désagréable sensation d’être observée depuis un de ces rêves obsessionnels qui nous angoissent terriblement des nuits durant, sur des années, pour un jour cesser complètement. La belle fissure dans le ventre, le courant d’air d’un qui n’a rien à faire là. Envie de lui dire « mais comment tu le sais ? C’est impossible que tu le saches, personne n’a jamais réussi, à cet âge, à le dire, on ne fait que beugler, on se déforme sous l’acide des hormones, on s’effondre comme un tas outrancier duquel aucun son intelligible ne perce, dans une vieille démolition fumante d’organes à peine terminés. On serait nourrisson que ce ne serait pas plus brillant, un vagissement, des fluides et la terreur qu’il n’y ait jamais plus rien, parce que de ce « plus rien », on en vient, on n’a guère connu autre chose. Alors comment tu le sais ? »

Ce qu’il sait, c’est la petite honte pas bien terrible qui nous conserve gamine à jamais, parce qu’on a perdu sa culotte devant des bouches pleines de dents, cruelles de rires sans commisération. Des bouches qui perdent toute mesure, et nous poursuivent la nuit, nous dévorant le cœur dès qu’on y prête plus attention, qu’un éclat violent sur un paysage similaire va nous renfoncer dans la gorge pour nous planter dans le sable et nous y laisser étouffer sous la peine d’un âge qu’on aura mal soigné.

Ce qu’il sait aussi, c’est la fascination de cette encore gamine pour un corps identique, mais peut-être mieux vallonné, plus lisse, symétrique là où on aura poussé de travers, un corps animé par une soif de protection et d’anti-pénétration, la promesse de brûler mais sans prendre d’épieu trop rugueux pour notre inexpérience. Et la terreur de perdre ce qu’on a à peine amassé, mêlée au long sanglot de l’impossible séparation, avec ces amies qui sont nos havres autant que nos rivales, et nous inquiètent autant qu’elles nous consolent.

Ce qu’il sait, enfin, c’est que sur le rivage de nos hautes marées, dans le ressac de nos hormones, au fond du ventre qui se prépare à enfanter, les rouleaux de nos existences se reforment et fracassent contre les butées autant de fois qu’un drame nous sèche et nous envoie dans le fumoir.

Constamment, instinctivement, de guerre lasse, nous refaisons nos vies, dans un cycle infernal.

Au loin, une silhouette s’approche dans les mirages vibrants d’une soirée trop chaude, on la distingue mal. Elle, pourtant, nous voit très bien. Ce qu’on a oublié, ce qui veille et menace dans les interstices rongés du carrelet branlant, toute cette crainte acide qui nous faisait mourir chaque soir de l’année, cela revient. On l’affronte. En rouvrant les anciens chapitres des peurs primales adolescentes, des désespoirs sans nom, guidé par un intrus qui ne devrait pas le savoir, on voit refaire sa vie. Légitime, archivée.

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mercredi 29 mai 2019

Mado lu par Sophie Pujas (Le Point)

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Lire l'article sur le site du Point, 27 mai  2019

Mado et Virginie n'ont pas 15 ans. L'âge de toutes les sauvageries. Amies depuis l'enfance, c'est ensemble qu'elles vont découvrir le désir. Et la passion, aux allures de brève utopie, de parenthèse aussi périlleuse qu'enchantée. Virginie se laisse tout entière subjuguer par l'imprévisible et incandescente Mado. Couve un vent de tragédie – de celles que l'on porte en soi. Devenue une adulte sans joie, mère d'une petite fille qu'elle ose à peine aimer, Virginie ressasse ces mois brûlants. Que s'est-il passé pour qu'elle perde Mado, et que celle-ci demeure son unique et insurmontable amour ? « Au fond, je me contrefiche de me souvenir. D'ailleurs, je ne crois pas aux souvenirs, nous sommes bien trop doués pour les truquer. Non, je cours après des sensations dont je connais l'arrière-goût et que, pourtant, je sais perdues, une ribambelle d'instants heureux et fugitifs, du bonheur en moignon – ma seule mémoire véritable. » Périlleux exercice que de donner voix à l'extrême jeunesse et à sa folie. Marc Villemain raconte en orfèvre cet éveil des sens, cette initiation à haut risque, avec un sens aigu du détail impressionniste et capital, de la sensualité des paysages comme de la brutalité des caresses. Somptueux.

Sophie Pujas

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mercredi 22 mai 2019

Mado lu par Alexandre Burg ("Garoupe)"

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Lire l'article directement sur GAROUPE

Mado... et Virginie

Mado raconte l’histoire de Virginie qui raconte Mado. Virginie et Mado sont jeunes, 9 ans au début du récit puis très vite 14 ans, entre les deux une rupture amicale due aux agissements des frères jumeaux de Mado, avec des caractères bien trempés mais bien différents. À l’exubérance de Mado répond la timidité de Virginie, à l’assurance de Mado répondent les hésitations de Virginie.

Mado raconte surtout la découverte pour Mado et Virginie de l’amour naissant entre elle, de la passion dévorante qui va les unir pendant un an avant de les terrasser l’une et l’autre.

Désir, jalousie, peur : telle pourrait être la sainte trinité de la passion selon Marc Villemain. La passion serait une pièce de monnaie dont Mado serait alternativement une face et puis l’autre pendant que Virginie en serait la tranche : l’une oscille constamment de tempérament, de la douceur à la violence tandis que l’autre montre une constance certaine et dans l’affect et dans la jalousie.

« Il y avait la brusquerie de Mado, cette manière insensée qu’elle avait de passer de la plus insatiable des tendresses à la tyrannie la plus dévorante. » Telle est Mado, être bicéphale, qui montre tantôt un visage et tantôt l’autre et fait souffler le chaud et le froid sur le corps et dans le cœur de Virginie. Autant Mado parait sûre d’elle, forte de la puissance de ses 14 ans insouciants et inébranlables, autant Virginie semble balbutiante, incertaine, se découvrant petit à petit comme une pellicule sur laquelle Mado ferait office de révélateur.

Je me souviens encore du bonheur de lecture que fut le précédent livre de Marc Villemain, « Il y avait des rivières infranchissables »… « Mado » ne lui rend rien, au contraire. Aussi tendre, aussi fort, aussi bouleversant, aussi bien écrit, aussi envoûtant que le précédent, Mado le sublime et le pousse encore plus haut. Marc Villemain est un véritable peintre des sentiments et ce n’est pas donné à tout le monde. C’est même tellement rare qu’il ne faut pas passer à côté de ce nouveau texte. On voudrait que cela ne s’arrêtât jamais, que le bonheur soit sans cesse renouvelé.

Je suis toujours sceptique devant les billets par trop dithyrambiques, qui font étalage de superlatifs tous plus extraordinaires les uns que les autres. Mais las, je me rends et m’abaisse à cet exercice de flatterie car il n’est pas vil, car il n’est pas indu, car il est justifié.

Il faut détenir au fond de soi une humanité gigantesque et une véritable appétence pour autrui, toute génération confondue, pour rendre à ce point compte de la pureté et de la beauté des sentiments, quelle que soit la fin qui soit réservée à tant d’amour.

Ne vous laissez pas avoir par le titre qui ne parle que de Mado. Certes c’est par elle que tout arrive, des agissements de ses frères à l’histoire entre elle et Virginie ; mais le livre parle autant de Virginie que de Mado. Comment ne pas faire autrement, tant ces deux gamines sont différentes et portent cette histoire, chacune sur une épaule, leurs têtes étant posées sur l’épaule de l’autre restée libre.

Et puis, il n’y a pas que Mado et Virginie dans cette histoire. Virginie est la narratrice du roman : c’est la seule voix qui s’exprime en racontant son passé mais ce n’est pas la seule voix qu’on entend. La voix de Virginie est déjà double : elle se raconte aujourd’hui, adulte, portant un regard sur elle-même dans le passé, adolescente, avec Mado. Il y a aussi la voix de sa fille, qui n’existe qu’à travers ce qu’en raconte sa mère mais qui, par sa présence, justifie le récit que nous fait Virginie de son passé, car sa fille va aussi sur ses neufs ans, âge auquel Virginie a vécu l’événement majeur qui a constitué les bases de l’adolescente et de l’adulte qu’elle est devenue (les frères de Mado l’ont laissée, nue, sur la plage, après lui avoir volé ses vêtements).

Et puis il y a la plage, la mer, la cabane de Virginie, son repère secret et celui qui abritera leurs amours naissantes, celui qui sera le témoin de leurs trahisons…

Je pourrai continuer à vous dire toute la beauté de ce texte, toute sa force, toute sa férocité aussi, sa brutalité et sa tendresse. Mais laissez-vous prendre dans les filets de Mado et de Virginie, vous ne le regretterez pas.

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mardi 7 mai 2019

Mado lu par Marie Van Moere

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Lire l'article sur le site de Marie Van Moere

Marie Van Moere, l'auteure de Petite Louve et de Mauvais Oeil livre une lecture originale de Mado (Éditons Joëlle Losfeld). Je l'en remercie vivement.


Marc Villemain et le coeur mystérieux de Mado

« MADO est une histoire d’amour. Une histoire sombre et lumineuse, celle de deux jeunes filles qui, entrant dans l’âge adulte, découvrent ce qui irrigue toute passion : le désir, la jalousie et la peur. » (extrait de la quatrième de couverture)

Marc Villemain se présente comme écrivain, critique et éditeur. Il y a quelques années, je me faisais la réflexion de savoir comment il était possible de s’affirmer les trois à la fois. J’avais une méconnaissance du métier éditorial et de son histoire. Quand Toni Morrison a déboulé dans ma vie, j’ai compris que les portes étaient faites pour être ouvertes. 

Mado m’a accompagnée à la montagne, au pied de la Paglia Orba, dans un chalet tenu par des légionnaires. J’étais l’invitée de mon frère. J’avais besoin d’air, j’étouffais à Ajaccio, l’un des symptômes révélateurs étant ma grande difficulté à achever des romans entamés. Avant Mado, il y a eu Au plus bas des hautes solitudes de Don Winslow. Ce roman noir tout simple et puissant m’a remise en selle après une période creuse, raison pour laquelle j’ai attendu l’instant nécessaire pour m’y plonger. Hors de la ville, hors du temps, hors des gens, la lecture de Mado s’est imposée d’elle-même, en toute délicatesse. 

La première idée qui me soit venue à l’entame demeurera toujours la pire question que l’on puisse se poser face à un roman, celle de la nature du sujet romanesque en lien avec la nature (hors culture) de l’écrivain. Marc Villemain, mâle blanc quinquagénaire parisien, White Male Privilege si on suit de loin Bret Easton Ellis, a donc commis une histoire sur les amours de deux adolescentes… Allons bon, la belle affaire, n’est-elle pas folle d’écrire cela, penseras-tu. Mais non. Si je me la pose, cette question, c’est de façon distanciée, en lien avec les arguties du temps. De nos jours, l’équilibre instable entre les volontés de soumission et de domination des sexes, entre la nature et la culture des genres, les pertes de repères qui jettent chaque camp dans une radicalisation stérile des idées se traduit par une régression du droit d’expression dissimulé derrière un affreux brouhaha de premier degré. Alors, un mâle blanc amoureux de la tendresse et de la douceur (j’ai lu ses précédents romans, sauf, et c’est ballot, Il y avait des rivières infranchissables, paru également chez Joëlle Losfeld en 2017), un écrivain mâle blanc, donc, qui évoque les amours lesbiennes de deux adolescentes enchristées dans un drame qui sourd au long de lignes virtuoses selon Claro, sans se dévoiler avant la fin, je m’en régalais d’avance et je n’ai pas été déçue. 

C’est un beau roman, une histoire intense dans l’intimité et l’écriture précise, subtile, attentionnée. Certains passages font affleurer l’émotion, comme quand un livre entre dans l’histoire personnelle et présente du lecteur, lequel justement a choisi son instant de lecture. Le miroir entre l’histoire d’amour de Mado et Virginie et le journal intime de Virginie ne souffre aucunement d’une brisure narrative en cours de lecture. Les luttes entre exister pour soi et exister pour les autres, l’équilibre entre le plaisir pour soi et celui des autres quand on est jeune fille, tout cela n’est pas si simple. On a souvent dit de Jim Harrison qu’il avait accompli l’exploit d’entrer dans un cerveau féminin pour écrire Dalva. Bof, bof, ai-je envie de pinailler. Aussi magnifique que soit le roman Dalva, Jim Harrison a tellement envie d’être son personnage quand il raconte l’histoire de Dalva que cela ôte à ce dernier une part d’existence propre. Bien sûr, nous construisons nos héros avec un bout de nous, conscient ou inconscient, mais si on peut tromper une femme lectrice sur la culture d’un personnage féminin, c’est plus complexe du point de vue de la nature intime. Je trouve que Villemain excelle dans ses portraits de Mado et Virginie adolescentes et Virginie femme, leur offrant un désir commun dans des thématiques personnelles et sexuelles différentes. Non pas parce que je me serais identifiée à l’une ou l’autre mais parce que je les connais, dans ma chair ou dans la leur, leur esprit et le mien se sont salués sur une même route, dans un même bar, contre un même mur. Villemain parvient à nous faire embrasser les flux intimes qui les animent, les enjeux de la construction de leur être par la sexualité en friche. Mado et Virginie vont au bout de cette recherche d’identité par le désir et la conquête de leur corps, de sa singulière évolution, son troublant épanouissement, et cette identité apparaît page après page sous nos yeux troublés par la virtuosité légère de l’écriture de Villemain. 

Le journal intime de Virginie nous permet de la rencontrer adulte et génitrice d’une enfant dont elle ne sait que faire, vivant dans la douleur du souvenir de Mado, le seul amour de sa vie, comme sont souvent considérées les amours perdues. Villemain écrit le désespoir de Virginie, son refus de se construire dans l’absence de Mado avec la force d’une vague qui vous emporterait loin du rivage pour ne vous recracher jamais. Ce journal, caractérisé par les passages en italique, essaime au long du roman les interrogations de Virginie adulte à propos de Virginie enfant et adolescente et offre à la Virginie génitrice la possibilité d’être mère et par là même le défi de s’accepter dans son temps présent. Pour un tendre quinqua blanco, c’est pas mal du tout (oui, j’aime bien m’imaginer Villemain en tendre quinqua blanco). 

Mado exprime la grande pureté de la sexualité des jeunes filles de la plus belle des manières et le drame potentiel de cet épanouissement quand le calcul s’immisce entre les cœurs. Ce roman m’a rappelé qu’en matière de livres j’aimais aussi la beauté formelle, dans le sexe, le tragique ou les souvenirs d’enfance, et de ne jamais sous-estimer le don cathartique du beau, ce sentiment tellement subjectif et pourtant si rassembleur, comme souvent la littérature.

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lundi 29 avril 2019

Mado : coup de coeur sur Onlalu


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Lire l'article directement sur Onlalu

Premier amour, dernier amour

Marc Villemain publie un magnifique roman d’apprentissage sur le passage complexe entre l’enfance et l’adolescence, l’identité incertaine à l’heure du premier amour et des premiers désirs. D’une plume délicate, sensorielle, sensuelle et à fleur de peau, l’auteur fait parler sa narratrice en deuil de son premier amour quinze ans auparavant.

« Je me souviens que j’étais nue et qu’ils s’élançaient derrière moi » : sur la plage, deux garçons ont dérobé la culotte d’une fillette de neuf ans ; c’est le souvenir fondateur de Virginie, celui qui marque une rupture irréversible entre l’enfance, territoire de la sauvagerie, de l’animalité et du bonheur, et la conscience de la sexualisation des êtres. Après la chute de l’Eden il n’y a plus d’innocence possible, et le roman tout entier est innervé par cette nostalgie incurable de l’insouciance et de la légèreté, seules lois du pays d’enfance. Après une ellipse de quelques années, on retrouve Virginie en fin de quatrième, où elle échange son premier baiser avec Mado, la fille la plus populaire du collège. Mado est l’élue que Virginie accueille dans son refuge, sa cachette sur la plage : une cabane de pêcheur abandonnée, perdue entre les herbes folles et l’océan. Là, à l’abri, les deux amies découvrent leurs corps, la sexualité et l’amour. Mado l’initiatrice est mûre, libre, parfois tyrannique envers la soumise Virginie, partagée entre désir romantique et jalousie irrépressible. Pour cette dernière, plus rien n’existe que cet amour brûlant qui renferme l’exaltation et la violence, les remords et les pardons, les passages d’un désespoir abyssal au bonheur absolu, le tout au temps de l’incertitude sexuelle, des expériences et des doutes : « On devrait tous mourir à quinze ans. Cela accroîtrait considérablement nos chances d’être heureux à vie ». De cette passion qui étymologiquement fait souffrir, la jeune femme de trente ans a gardé des séquelles, et rien n’est venu combler le vide ni apaiser la douleur laissés par l’absence de Mado. Marc Villemain a su créer là un petit bijou de sensibilité, où le sel et les embruns sont le goût de l’enfance et du premier amour, de la mélancolie et de la perte. Un coup de cœur absolu !

Aline Sirba

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mercredi 24 avril 2019

Mado lu par Josyane Savigneau (RCJ)

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« Une Mado inoubliable » : deux minutes trente en compagnie de Josyane Savigneau, pour sa chronique bimensuelle sur RCJ.

Cliquer ici pour écouter.

 

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jeudi 18 avril 2019

Mado - Entretien avec Virginie Troussier - RCF, Dans les marges


RCF

La romancière Virginie Troussier m'a fait l'honneur de me recevoir à La Rochelle, dans les studios de son émission Dans les marges, sur RCF Charente-Maritime, et de se pencher sur Mado (Éditions Joëlle Losfeld).

Au-delà de son accueil, merci à elle d'avoir également écrit et prononcé ces quelques mots :

« Marc Villemain semble percevoir chez les hommes tout ce qu’ils contiennent, les plus infimes variations d’une pensée, ces mouvements subtils, fugitifs, évanescents, tout juste perceptibles. Avec Mado, son dernier roman, paru chez Joëlle Losfeld, l'écrivain capte les ondes entre deux jeunes filles, entre des embruns et la peau, entre un chagrin et une gorge, entre la lumière et les pupilles. Les émotions se télescopent et fusionnent. Il y a quelque chose de très physique, en écrivant l’amour, en captant l’intensité amoureuse. Poésie charnelle, symphonie organique, à peine une histoire, plutôt la partition d’un chant nourri d’images, de pulsations. Marc Villemain assemble avec une infinie sensibilité des mots comme des notes, des phrases comme des vibrations, captant les sensations au plus près de leur surgissement. »

En deuxième partie d'émission, Sophie Bobineau et Floriane Durey déploient, à partir de Mado, une « proposition d'écriture » ; quant à Cécile Jolas, elle propose quelques recettes gastronomiques pour le moins exotiques...

L'émission dure une petite heure. 
Les curieux pourront l'écouter ici, ou en cliquant sur l'image.

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mardi 16 avril 2019

Mado lu par Franck Mannoni - Le Matricule des Anges


Le Matricule des Anges-side




Sur la plage, deux garçons de 11 ans volent sa culotte de leur amie de 9 ans et refusent de la lui rendre. Un mauvais tour entre l'enfance et l'âge adulte, entre la farce cruelle et l'agression sexiste. La petite Virginie perçoit leur animalité foncière. Elle ressent sa position sexuée et refuse de se laisser catégorisée. « C'est mon premier souvenir en tant que femme » : « leur devenir-homme ». Dans ces instants à la fois tragiques et fondateurs, elle affronte la nudité, la honte, obligée de rentrer en pleine nuit rasant les murs, après avoir trouvé refuge dans une vieille cabane de pêcheur. Quelques années passent. En fin de quatrième, lorsque Virginie se sent attirée par Mado, une camarade, toutes deux sont submergées par cette histoire d'amour passionnée et transgressive : « Ce n’était pas dans mon époque, pas dans mon âge, pas dans mon milieu ». Leur bonheur sincère les mène vers un nouvel éden. Plaisir douloureux, quiétude angoissée, le couple maladroit vit par oxymores. Parallèlement à ce récit, une Virginie de 30 ans, mère d'une fille de 9 ans, pose par inserts un regard aigre sur son paradis perdu. Une courte séparation et le charme s'était rompu. Une affaire de jalousie qui tourne au vinaigre, un monde qui s'effondre : « Je me retrouvais telle que depuis toujours je fus, avec mes visions mortifères et mes pensées de tragédienne au petit pied ». Plus jamais elle n'a retrouvé cette fraîcheur, cet esprit d'aventure.

Le roman charnel de Marc Villemain renoue avec les thèmes abordés dans II y avait des rivières infranchissables (LMDA N°190), des nouvelles qui, déjà, exploraient l'éveil des sens, la rencontre de l'autre, les joies et les gouffres de l'adolescence. L'écrivain consacre ses plus belles pages aux portraits psychologiques de ses personnages. Il magnifie des êtres en construction, toujours un peu vacillants, deux âmes écorchées marquées au fer rouge par « la pire journée d'une année de bonheur ».

Franck Mannoni
Le Matricule des Anges, n° 202, avril 2019 - Site

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