Astrid de Larminat a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

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Fragments de souvenirs amoureux
Astrid de Larminat - Le Figaro littéraire, 30/11/2017
Lire l'article sur le site du Figaro

Voici un article qui me touche particulièrement.

D'abord il est écrit par Astrid de Larminat, que je ne connais pas mais qui donna en 2006, pour le Figaro littéraire déjà, un petit éloge de mon deuxième roman (aujourd'hui pratiquement introuvable), Et je dirai au monde toute la haine qu'il m'inspire. J'aime, bien sûr, ce continuum, cet arrière-plan de fidélité littéraire.

Ensuite et surtout, Astrid de Larminat pose sur les histoires contenues dans Il y avait des rivières infranchissables des mots pleins de justesse, qui je crois saisissent précisément les ambivalences que peut éprouver un garçon (enfant, adolescent, jeune adulte, toujours un peu novice) devant la découverte du sentiment amoureux et de son empire. Ils disent bien ce qui se joue à ce moment-là dans la construction encore incertaine de son être, son saisissement devant la douceur, la tendresse, l'altérité, sans rien omettre du conflit qu'il éprouve face aux injonctions d'une certaine masculinité.
Bref, je suis heureux que mon recueil ait pu être ainsi lu et compris.

Je cite enfin et seulement la chute de son article, car elle résonne spécialement chez moi qui, assez longtemps, me suis nourri de littérature parfois un peu édifiante, voire "engagée" : « [...] on se dit que la littérature, autrement mieux que les idées, agit sur le monde en donnant le goût de la délicatesse de coeur. » t


samedi 9 décembre 2017

Jean-Claude Lalumière a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

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Jean-Claude Lalumière est romancier et novelliste.
Le texte qui suit est paru sur son blog, baptisé Comme écrit ci-dessous.

J'ai pris mon temps pour les lire ces treize nouvelles. Je n'aime pas enchainer les nouvelles les unes derrière les autres. Si l'auteur a distingué treize histoires, c'est qu'elles avaient leurs raisons d'exister séparément quand bien même un recueil, et même ici un thème, l'amour, les lie en un seul objet. Ce n'est pas leur rendre grâce que de les dévorer comme on peut le faire d'un roman. J'ai pris mon temps donc, pour retrouver Marc Villemain, son écriture si précise, son humour pince-sans-rire, capable de mélanger dans une même scène le trouble d'une attirance homosexuelle et l'évocation de Jean-Michel Larqué, son idole de l'ASSE. Du temps aussi pour comprendre ce qui chez lui avait changé, puisqu’il le dit lui-même ce livre est un tournant. Sans se faire impudique, Marc Villemain se dévoile, enfin, délaissant les sujets qui le plaçaient en observateur distant (mais jamais insensible) pour celui de l'amour où son rôle plus intimement impliqué le libère (alors que beaucoup se seraient trouvés coincés ici) dans la simplicité. Certains compare ses nouvelles à celles de Carver. Parce qu'il y a, parfois, pas toujours, ce petit élément perturbateur qui fait basculer le personnage. Mais je n'adhère pas à cette comparaison. Là où la bascule chez Carver entraîne une prise de conscience de la vacuité, laissant le personnage seul face à lui-même et au désastre à venir, elle s'opère chez Marc Villemain sur un autre versant, plus optimiste, plus ensoleillé, ouvrant des horizons plus vastes à ses personnages, à lui-même. Même l'épreuve terrible de la mort d'un jeune fille, si elle est bien tragique, n'est pas perçue comme un drame et participe de la construction du narrateur. Jusqu'à l'ultime nouvelle, où, s'il y avait des rivières infranchissables pour les mots du jeune garçon des nouvelles précédentes, ceux du vieil écrivain trouvent la force de traverser les eaux et de jeter un pont entre deux rives. Beau et optimiste. Touchant. t

lundi 4 décembre 2017

Éric Bonnargent a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

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Éric Bonnargent est romancier et critique au Matricule des Anges. Il est l'auteur de Atopia, petit observatoire de littérature décalée (Éditions du Vampire Actif) et, avec Gilles Marchand, du Roman de Bolaño (Éditions du Sonneur)
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Il y avait des rivières infranchissables est certes, comme j’ai pu le lire ici et là et comme le succès critique le confirme, le meilleur livre de Marc Villemain, mais il est, je crois, bien plus que cela : un tournant dans son œuvre, un livre par lequel, lui, qui cultivait depuis longtemps une écriture ciselée et élégante, poétique et raffinée, qui savait comment écrire a enfin trouvé quoi écrire : un certain rapport au temps, au souvenir. Dans ses deux précédents livres, Le Pourceau, le Diable et la Putain et Ils marchent le regard fier, Marc Villemain avait déjà affronté la thématique du temps qui passe, mais du côté de la vieillesse, du côté de la nostalgie triste. Avec Il y avait des rivières infranchissables, Marc Villemain a, comme il l’écrit lui-même, « la nostalgie heureuse ». Être un écrivain de « la nostalgie heureuse », c’est ne pas considérer le temps de manière négative, mais de manière proustienne, bergsonienne plutôt. À la conception statique et abstraite du temps qui considère que le passé n’est plus et que le futur n’est pas encore, Bergson oppose en effet le concret de la durée. Le présent est riche du passé, gros de l’avenir et la conscience, écrit-il dans l’Énergie spirituelle, a pour fonction de « retenir ce qui n’est déjà plus » et d’« anticiper sur ce qui n’est pas encore », elle est, comme le révèle d’ailleurs l’étonnante dernière nouvelle de ce recueil, « un pont jeté entre le passé et l’avenir ».
Si donc Marc Villemain regarde bien en arrière, du côté des années 80 et de son adolescence, c’est, à l’image de son écriture, avec tendresse et bienveillance. Il ne s’agit pas de prétendre que « c’était mieux avant », que les 103 SP avaient plus de classe que nos scooters, que les walkmans avaient plus de charme que nos lecteurs MP3, que la Jenlain et le Malibu étaient bien plus authentiques que nos bières bio et nos mojitos, non, il s’agit pour lui de se replonger dans ces années où s’est construit l’homme qu’il est devenu. Chacune à leur manière, les nouvelles de ce recueil nous permettent d’assister à l’éveil de la conscience et des sens, nous entraînent sur ce terrain glissant de l’adolescence dont Proust disait dans À l’ombre des jeunes filles en fleur (tiens donc…) qu’elle est « antérieure à la solidification complète », parce qu’elle est une période incertaine, mais décisive, parce que c’est l’âge où, que l’on ait 11 ou 17 ans, on n’est pas encore sérieux, l’âge où meurt en nous l’enfant que nous resterons et naît l’adulte que nous ne serons jamais tout à fait, l’âge où les mots buttent sur les sensations, où « il y a souvent, entre [le] cœur et [la] langue, comme une rivière infranchissable » :

     « Ils sont là, donc, à l’arbre adossés, à se demander comment on fait, comment il faut faire, comment font les autres, comment on faisait avant, et même, quand on a un peu d’imagination, comment on fera après, une fois que ce sera fait, une fois que ç’aura été fait ; consommé, on dit parfois, mais ils ne comprennent pas ce mot, consommé c’est affreux, comment peut-on, on n’est pas des choses, on n’est pas des produits, mais certains le disent, consommé, et eux non seulement ne le disent pas mais n’y pensent même pas ; ou plutôt si, ils y pensent, ils ne font même que cela, mais ils se refusent à y penser, ils s’y refusent parce qu’ils n’en sont pas là, parce qu’ils ont peur de salir ce qui en eux prend naissance, dans leur gorge une boule, dans leur ventre un nœud, dans leur cœur une graine. »

Bien entendu, dans ce recueil tout est autobiographique et rien ne l’est. Ce sont les sensations et non les faits qui intéressent Marc Villemain. Il y avait des rivières infranchissables est un texte d’une étonnante sensualité, où les sensations correspondent les unes avec les autres, où, comme l’écrivait Baudelaire, « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » :

     « L’après-midi, ils exploraient les contreforts de la montagne et crapahutaient dans les rochers avant d’aller s’étendre dans l’herbe. Il lui enseignait le nom des fleurs : la jonquille, jaune comme le beurre du matin, ou encore, la fois où ils montèrent un peu plus haut, la nigritelle noire, qui sentait si bon la vanille ; et même le narcisse des poètes, avec ses grands pétales blancs et son petit liseré rouge qui en soulignait le cœur ambré. Il aimait lui apprendre tous ces noms de fleurs, mais il aimait surtout l’entendre les répéter après lui, avec son accent rigolo. »

Si, comme je le crois, on peut définir un grand écrivain comme celui qui a réalisé l’amalgame du fond et de la forme, de l’imaginaire et de la langue, alors il est incontestable qu’avec Il y avait des rivières infranchissables, Marc Villemain est devenu un grand écrivain. t

mardi 21 novembre 2017

Alexia Kalantzis a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

petite_revueLire l'article d'Alexia Kalantzis sur le site de La Petite Revue

Amours de jeunesse

Une jeune fille aperçue dans un jardin, une camarade de classe entraînée dans une escapade buissonnière, un amour de vacances achevé tragiquement, des rencontres, regards et frôlements dans des bals et des fêtes, telles sont les intrigues qui se nouent dans les nouvelles proposées par Marc Villemain autour des amours enfantines et adolescentes.

Marc Villemain, dans ces charmants récits des amours contrariées, esquissées ou consommées, décrit les premiers émois avec une grande délicatesse. À travers une variation presque musicale sur des motifs comme l’eau, le jardin ou le bal, il évoque de façon très poétique les sentiments et sensations de l’éveil amoureux.

La construction du volume oscille habilement entre unité et fragmentation, autour du motif des rivières infranchissables qui donne son titre au recueil, et d’un narrateur qui se construit au fil des pages. Cette promenade au cœur de l’enfance est tendre et revigorante à la fois. t

lundi 20 novembre 2017

Jacques Josse a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

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Lire l'article de Jacques Josse sur le site remue.net

C’est la découverte du sentiment amoureux qui sert de fil rouge aux treize nouvelles réunies ici par Marc Villemain. L’élan, l’attirance mais aussi l’hésitation et la peur s’y imbriquent pour éclairer l’intensité de ces moments de tendresse maladroite qui disent parfaitement les commencements, les tremblements, l’envie, le désir qui s’empare des corps fébriles. Ceux-ci se touchent, se cherchent.

Ils (et elles) ont huit, dix, douze, quatorze ou quinze ans. Le monde qu’il leur faut explorer, en façonnant eux-mêmes les clés pour y entrer, leur est encore inconnu. Ils savent néanmoins comment en percer les secrets. Et ont assez de ressource en eux pour y parvenir.

C’est l’initiation d’un unique personnage – se mouvant au milieu des autres – que l’on suit de texte en texte. Il se trouve au bord de la mer ou en montagne, dans une petite ville ou en rase campagne. Où qu’il soit, il tombe inévitablement amoureux. À chaque fois, cela lui chamboule le cœur tout en lui mettant le corps en émoi. Il multiplie les rondes, les guets, les approches. Profite d’un bal, d’un concert pour faciliter la rencontre. Ça marche ou ça coince mais quoi qu’il arrive, il se montre régulièrement discret, disponible, patient, attentif. Et parfois fataliste.

La dernière nouvelle est particulière. Elle a pour décor Venise. Et pour héros un vieil homme, un écrivain qui raconte succinctement ses aventures d’enfant puis d’adolescent en quête de sentiments et de désirs à partager. Ces aventures ne sont autres que celles qui sont présentes dans cet ouvrage. La boucle est ainsi subtilement bouclée, ce final attestant, s’il en était besoin, de l’unité d’un ensemble qui vaut par les fragments de tension émotive qui le traversent mais aussi par l’écriture délicate et très évocatrice de Marc Villemain.

Il y a chez lui un sens du détail évident. Il apparaît dans la finesse des traits de personnalité des uns et des autres et dans les descriptions minutieuses des paysages qui servent de décor à chacun de ses récits. t


dimanche 19 novembre 2017

Vincent Monadé a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

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Lire l'article sur le site de Libération 

Marc Villemain, atours de jeunesse
Par VINCENT MONADÉ est Président du Centre National du Livre
LIBÉRATION, 18/11/17

Pour se souvenir des années 80, des spencer et de la crinière de Rod Stewart, deux options : soit le revival clinquant de Stranger Things ; soit la petite musique, autrement entêtante et forte, de Marc Villemain. Dans son dernier recueil de nouvelles, l’auteur explore le vert paradis des amours enfantines et celui, déjà pourrissant, de l’adolescence, quand le corps souffre et que se cherchent, sans se trouver, deux désirs. Mille fois, par d’autres, le sillon a été creusé. Villemain y laisse la marque franche d’un soc neuf, d’un acier juste, d’un talent net.

Comment parvient-il à tant de beauté ? Qu’est-ce qui, dans cet écheveau de fils d’araignées trop fins, de presque rien et de silences, dans ce rythme ternaire qui coule des mots rares, nous empoigne le cœur et nous laisse nostalgiques de ce que nous fûmes avant que sur nous ne s’abattent ambitions, compromis et renoncements ? Chant lyrique et sec, Il y avait des rivières infranchissables fait penser au mariage entre le premier Giono, celui du Grand Troupeau, et le dernier Carver, dont chaque nouvelle repose sur une phrase qui, au cœur d’un faux néant, claque comme une balle.

Ici, pas d’évocation de 86 et des enfants privés de révolution s’en inventant une, rien du Paris dur d’Un monde sans pitié. Sous nos yeux s’éveille la Province, qu’on n’appelait pas « les territoires », les petites villes et les maisons de notaires, les murs gris des lycées, les tentes de camping et les boules à facettes. Au cœur de ces années 80, ni meilleures ni pires que d’autres, peut-être un peu plus grises, Villemain fait son éducation sentimentale. On voudrait, pour convaincre le lecteur, tout lire à voix haute tant la phrase est belle au verbe généreux. On citera ceci, « trop de peurs en lui, trop de douceurs écorchées pour se choisir des adversaires - trop de couchers de soleil et de lunes orangées, trop d’écureuils farouches et de brebis égarées » et ceci encore, « ils savent ce qui les attend, la vie en ce monde. Lui arrachent seulement un tout petit peu de temps, un tout petit peu d’espace, un tout petit peu d’espoir ».
Puis on ira, souriant, pleurer un peu. Et on ne sera pas grave, mais beau. Enfin, peut-être. t 

Le Monde des Livres - Portrait

Le Monde des Livres

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Lire l'article sur le site du Monde

Tendre violence
par XAVIER HOUSSIN
Le Monde des Livres, 16/11/17

Venu tardivement à la littérature, Marc Villemain, ancienne «plume» socialiste, a écrit des livres durs avant de s’autoriser de délicates nouvelles sur l’amour.

Il y a du monde à Étretat (Seine-Maritime). Les parkings sont pleins et les crêperies bondées. « C’est la dernière semaine des vacances de la Toussaint, explique Marc Villemain. Dans quelques jours, il n’y aura plus personne. » Sa maison blottie au fond d’une courette de ville est à l’abri des touristes et des vents venant de la plage. Dès qu’il peut, il quitte Paris pour venir ici. Cet écrivain discret a le goût de la province.

Il vient de publier son sixième livre, Il y avait des rivières infranchissables, un recueil de nouvelles très intime sur les premiers sentiments amoureux. Rosaire doucement égrainé de ces émotions maladroites qu’on garde, sa vie durant, enfermées dans son cœur. Son narrateur a une dizaine d’années, à peine moins, un peu plus, puis un peu plus encore. Le collège, le lycée. Histoires de petites amoureuses et de baisers volés, d’étreintes fugitives, d’attentes, de fiertés adolescentes, de hontes, de chagrins. C’est tendre, quelquefois tragique, ça met le rouge aux joues et réveille parfois comme un frisson ancien.

Marc Villemain est un de ces « enfants vieillis » dont parle Lewis Carroll, de ceux qui continuent à craindre de se coucher le soir. À l’heure des souvenirs lourds et des vilains cauchemars. Il est né en octobre 1968, dernier après trois grandes sœurs chez des parents tous deux professeurs de lettres classiques. « À table, se souvient-il, quand ils ne voulaient pas que l’on comprenne, ils parlaient latin.»  Le père, proviseur du lycée de Loudun (Vienne), doit renoncer aux responsabilités pour raisons de santé. La famille s’installe alors à Châtelaillon-Plage en Charente-Maritime, puis à Saint-Vivien, un village à l’intérieur des terres. « L’été 1981, mon père est mort. J’allais entrer en cinquième. Tout a basculé. » Élève brillant, il décroche, se retrouve dans un lycée technique à apprendre la dactylographie (« J’avais les cheveux au milieu des épaules et j’écoutais du hard-rock toute la journée »). Il a 16 ans. Il quitte l’école, enchaîne les petits boulots et se sent follement libre.

« En même temps quelque chose mûrissait en moi. » Sans transition, lui qui a abandonné depuis longtemps la lecture avec Le Clan des sept, d’Enid Blyton, s’empare du Journal de Kafka. « Je recopiais des passages comme si sa noirceur rencontrait la mienne à ce moment-là. » Il se met à écrire compulsivement des nouvelles, dévore tous les livres qui lui tombent sous la main. Et surtout, à la télévision, il découvre Les Aventures de la liberté, déclinaison par Bernard-Henri Lévy de son livre éponyme (Grasset, 1991). « Je vois ce documentaire, je lis le livre, et j’apprends comme jamais je n’ai appris. Les figures de Céline, de Malraux, de Brasillach, de Proust. Dreyfus jusqu’aux combats de la décolonisation. L’histoire, la littérature, la politique, tout arrive en même temps. Et par lui. Comme je suis un jeune homme passionné et excessif, je lui écris. Des lettres de pedzouille : “Cher monsieur Lévy j’aime beaucoup ce que vous faites…” Et il me répond, une fois, deux fois, trois fois. Ça me donne des ailes. »

Cette révélation, et les bouleversements qui vont s’ensuivre, Marc Villemain les raconte dans un étonnant premier roman, Monsieur Lévy (Plon, 2003), livre de sa dette de jeunesse envers BHL, récit d’apprentissage, chronique littéraire, et surtout politique. Car, après avoir repris ses études à 22 ans, passé son baccalauréat à 25 et intégré Sciences Po Toulouse, il se retrouve au Parti socialiste, assistant parlementaire, puis « plume » de Jean-Paul Huchon, de François Hollande (alors premier secrétaire du PS), puis de Jack Lang. « Il m’a fallu du temps, mais je me suis aperçu que je n’avais ni le corps ni le tempérament politique. Que cela m’éloignait de la littérature. » Ce qu’il veut, c’est écrire. Et plus pour les autres.

En 2006, il publie chez Maren Sell Et je dirai au monde toute la haine qu’il m’inspire, les stances rageuses d’un politicien dévoré d’amertume. Suivront en 2009 un recueil de nouvelles cruelles (Et que morts s’ensuivent, Seuil), puis Le Pourceau, le Diable et la Putain, vociférant monologue d’un octogénaire misanthrope et haineux (Quidam, 2011). Ils marchent le regard fier (Le Sonneur, 2013), terrifiante anticipation, raconte comment, dans une société en proie à un délirant et assassin jeunisme, les vieux en viennent à descendre dans la rue pour défendre leur peau. Le paradoxe Villemain est que la violence des mots cache une palpitante tendresse. Toujours. On la retrouve à nu, cette fois, douce, délicate, dans Il y avait des rivières

Marc Villemain a été critique (notamment au Magazine des livres), il est directeur de collection aux éditions du Sonneur. De la littérature il fait sa maison. Qu’il partage avec sa femme, ­Marie, à qui, depuis leur mariage en 2005, chacun de ses livres est dédié. Mais ce tout dernier est une déclaration d’amour. À n’en pas douter. t

lundi 13 novembre 2017

Gérard-Georges Lemaire a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

Verso hebdo

 

La chronique d’un bibliomane mélancolique : Gérard-Georges Lemaire
À lire dans son contexte originel

On peut voir en Marc Villemain un écrivain qui a des qualités qu'on ressent dès les premières pages : une grande vivacité dans le style, de l'invention dans la manière de narrer son histoire, de l'invention à revendre. Il n'a pas la prétention de révolutionner la littérature, mais au moins de lui donner un caractère qui n'appartient qu'à lui. Ses nouvelles ne relatent pas des histoires extraordinaires, ni ne cherchent à produire une nouvelle modalité d'écriture. Mais elles ont un charme indéniable. Ces petits récits procurent un vrai plaisir et, grâce à son originalité, s'élève au-dessus de la simple transcription d'une réalité somme toute assez banale. Il contredit cette banalité et lui procure une sorte de poésie, mais qui n'est pas une manière de sublimer ces amourettes ou ces rencontres. Son thème central est l'amour, sans un grand A. Mais pas non plus avec un petit a. L'amour révèle sa beauté, son charme, son élan par le biais d'une façon très singulière de camper un paysage, un climat, une situation.

Il y a dans ces pages une fraicheur d'esprit et une grâce assez peu communes, et Marc Villemain me paraît beaucoup plus prometteur que bien des auteurs qui ont une plus grande maîtrise de leurs moyens, mais pas beaucoup de capacité de rendre des sentiments amoureux avec tant de finesse. Il a toute la concision de Guy de Maupassant sans en avoir le mordant, et tout le charme d'une Colette qui aurait été contaminée par la prose de Francis Carco ou de Roland Dorgelès. C'est une des bonnes (et donc rares) surprises de la rentrée littéraire. t

dimanche 12 novembre 2017

France Inter - "La personnalité de la semaine"

J'étais ce dimanche l'invité de Patricia Martin, sur France Inter, pour évoquer la parution de Il y avait des rivières infranchissables.

 v Pour (ré)écouter l'émission, cliquer sur l'image v

Patricia Martin France Inter

vendredi 10 novembre 2017

Frédéric Verger a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

Revue des Deux Mondes nov 17-side

 

L'article qui suit est extrait d'une notice plus large, intitulée « Trois versions du charme », que l'écrivain Frédéric Verger a publiée dans le numéro de novembre 2017 de la Revue des Deux Mondes.

Dans cette recension, outre mon propre recueil de nouvelles, il évoque Un amour d'espion, le roman de Clément Bénech paru chez Flammarion, et les Revers de mes rêves, de Grégory Cingal (chez Finitudes).

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Marc Villemain offre de merveilleux exemples dans beaucoup des nouvelles de son récent recueil de ces touches artistiques qui transforment une histoire apparemment banale en un récit déchirant. Il y a quelque chose de plaisant et d’audacieux à voir un écrivain choisir comme fil directeur de son recueil un thème – les premiers émois de l’amour – où tout semble avoir été fait et refait, de le traiter dans une forme générale assez commune aujourd’hui (récit au présent au travers du point de vue d’un personnage, le jeune amoureux, enfant ou adolescent), et pourtant de parvenir à la beauté et à l’originalité. Il y a dans ce livre faussement modeste un défi et une leçon. Beaucoup d’auteurs qui s’attachent, de façon un peu trop « voulue », à décrire le monde contemporain tombent dans un réalisme épais et primitif où l’effort pour mettre en scène les détails du monde d’aujourd’hui est si laborieux qu’il exhale déjà le fumet du démodé ; à l’inverse, il existe encore des auteurs capables d’évocations lyriques, de méditations ou de vues prenantes ou profondes, mais dont les textes paraissent un peu hors du temps (ce qui n’est pas d’ailleurs un problème).

Marc Villemain semble un des rares auteurs contemporains qui mêle avec le plus grand art le lyrique, l’élégiaque au réalisme, au trivial. Son lyrisme n’est jamais emphatique, son réalisme jamais forcé. C’est sans doute la condition de leur amalgame si parfait. Le détachement et le sentimental, le poétique et le trivial sont ainsi mêlés avec un tact rare. La beauté de ces nouvelles vient de l’attention aux notations sensuelles du monde, encore que ce terme de sensualité soit trop stupidement réducteur. Car ce qu’on appelle ainsi n’est en réalité rien d’autre que la transcription de l’émerveillement et de l’étrangeté de la vie, c’est-à-dire ce qui constitue peut-être le motif essentiel de toute création d’ordre artistique. Le charme du recueil vient aussi de la finesse et de la formulation des notations morales ou psychologiques, comme dans ce passage à propos de deux amoureux s’adossant à un arbre : « avec un mouvement plus naturel, plus réciproque que ce qu’ils auraient voulu laisser voir ». t