mercredi 13 juillet 2011

Léon Bloy - Le Désespéré

Léon Bloy


Un peu intrigué par les allusions répétées à Léon Bloy qui inspirèrent certaines appréciations de Et que morts s'ensuivent, mais bien davantage encore du Pourceau, le Diable et la Putain, je me suis plongé dans cet écrivain assez unique en son genre, et peu ou prou ennemi d'un genre humain qui le lui rendit (lui rend) assez bien. Léon Bloy, donc, dont je ne lus, naguère, que quelques textes symboliques et censément représentatifs de la verve pamphlétaire, ainsi, plus tard, que les exégèses de quelques-uns de ses admirateurs ou défenseurs, de Maurice Dantec à Juan Asensio. Le Désespéré fut, non son premier livre, mais son premier roman ; paru en 1887, il ne suscita pas davantage d'échos qu'il ne rencontra le succès mais valut à son auteur "plus d'un quart de siècle de souffrance", si l'on en croit ce qu'il écrivit à l'un de ses amis, le Frère Dacien. C'est donc avec une connaissance un peu rudimentaire que j'entre dans son oeuvre, tout juste armé de quelques notions sur le personnage et sur ce qu'il inspira ou continue d'inspirer.

Si Le Désepéré est un roman, ce que l'on pourrait discuter à loisir, alors avançons d'emblée qu'il est à tout le moins autobiographique : il ne faut pas être grand clerc pour faire observer combien le personnage de Caïn Marchenoir, "voué, par nature, à l'observation des hideurs sociales" et regardant le monde moderne comme "une Atlantide submergée dans un dépotoir", correspond à l'idée que Léon Bloy se fait de lui-même, du moins de l'effort auquel il veut contraindre son existence et de la direction qu'il veut lui imprimer. Mystique, misanthrope, révolutionnaire, anti-bourgeois, ascétique, comptenteur de son temps, ce héros-là est l'exacte image de la représentation commune que l'on se fait de Bloy. Hormis la chute, poignante et d'une grande beauté tragique, tout ici est l'écho presque direct de ce qu'il vécut : la relation entre Caïn Marchenoir et Véronique Cheminot est la transposition à peine fardée de l'amour fou qui unit Léon Bloy et Anne-Marie Roulé, prostituée qu'il convertit à sa foi apocalyptique jusqu'à ce qu'on n'ait plus d'autre possibilité que de la faire interner à Sainte-Anne, et la retraite qu'entreprend Caïn à la Grande Chartreuse évoque évidemment l'épisode de Bloy à la Grande Trappe de Soligny. Le reste, vertige de réflexions torrentielles sur la décadence de l'humanité, de l'Église et de la société des hommes, est une illustration, souvent magnifique, toujours habitée, de l'absolu dont Léon Bloy avait fait son pain quotidien.

BloyDevantCochonsIl n'est pas interdit, parfois, de soupirer d'ennui ou de lassitude, tant Bloy y épanche et assène ses très métaphysiques tourments. Il n'en demeure pas moins que c'est magnifiquement écrit ; même si bien des traits ont vieilli, même si la composition souffre de quelque tentation du bavardage et autres adiposités, la langue assez géniale de Bloy suffit à donner à sa prose un rythme, une vigueur, une incandescence et une virilité (le mot et l'idée reviennent souvent sous sa plume) absolument sans égal. Il ne s'agit pas de s'obliger à épouser une pensée, et il sera d'ailleurs difficile de suivre Bloy sur tous ses chemins sans trébucher sur quelque délire acide, jugement à l'emporte-pièce, anti-républicanisme grossier, rude saillie antisémite ("on prohibe le désinfectant et on se plaint d'avoir des punaises") ou âpreté absolutiste - fût-ce, donc, de la plus belle manière. En revanche, et pour peu que l'on s'évertue à comprendre plutôt qu'à juger, à entrer, peut-être pas dans les raisons du narrateur, au moins dans ses motifs, bref, pour peu que l'on accepte de se laisser entraîner dans un mouvement qui, quelle qu'en soit l'intention, transcende l'humeur et créé de l'art, alors il est difficile de ne pas être subjugué. Même et y compris lorsqu'on peut s'agacer de certains traits stylistiques qui, s'ils peuvent être caractéristiques, n'en sont pas moins un peu éprouvants, à commencer par cet usage à tout le moins pléthorique de l'adjectif et de l'adverbe. Car, pour le reste, l'impression est tout de même de fréquenter une sorte de génie, c'est-à-dire de singularité quasi absolue, indifférente pour ne pas dire insensible à tout ce qui ne la nourrirrait pas, et qui serait comme le vecteur unique d'un irréductible tropisme de colère et de dégoût. Ce qui n'exclut pas l'humour, dont les contours seront bien sûr sarcastiques, et pour peu qu'il jugeât cette disposition suffisamment armée pour partir en guerre. Bloy a parfois quelque chose d'un Audiard avant l'heure ; on l'observe notamment lors des scènes où il décrit, irrésistible, les arrivistes dîners mondains de la petite coterie littéraire - où l'on comprend mieux, soit dit en passant, le grand silence où la presse spécialisée cantonna son oeuvre. Ainsi, Caïn Marchenoir, convié, pour de sourdes raisons, à prendre part aux agapes de la haute société lettrée, dresse-t-il une série de portraits en tous points poilants. De tel héraut des Lettres, "écumeur de pots de chambre", il dira que "son côté lyrique est fort apprécié des clercs de notaire et des étudiants en pharmacie qui copient, en secret, ses vers, pour en faire hommage à leur blanchisseuse" ; de cet autre : "On l'a souvent comparé à un sanglier, par un impardonnable oubli de la grandeur sculpturale de ce sauvage pourchassé des Dieux. C'est une charcuterie et non pas une venaison. La bucolique dénomination de goret est déjà presque honorable pour ce locataire de l'Ignominie. Mais les bourgeois se complaisent en cette figure symbolique de toutes les bestialités dont leur âme est pleine, et qu'ils présument assez épiscopale d'illustration, pour les absoudre valablement de leur trichinose." Ou encore, parce qu'on ne s'en lasse pas : "On fait ce qu'on peut et j'aurais mauvaise grâce à contester le choix d'une arme défensive à n'importe quel chenapan dont je serais l'agresseur. Si je poursuis un putois, le glaive de feu à la main, et qu'il me combatte avec un le jus de son derrière, c'est absolument son droit et je n'ai rien à dire" ; et ailleurs, donc, le très audiardien : "Monsieur, je vous conseille de numéroter vos chicots, car je vous préviens que j'ai la calotte facile."

Reste que la grande affaire de Bloy est d'être le contempteur d'un monde, d'un siècle, d'une humanité même, dont il se sent et se veut le banni - "je souffre une violence infinie et les colères qui sortent de moi ne sont que des échos, singulièrement affaiblis, d'une Imprécation supérieure que j'ai l'étonnante disgrâce de répercuter", met-il dans la bouche de Caïn Marchenoir. L'horreur que lui inspire la déchéance du Christ dans l'Église, dont il exhausse un anticléricalisme ravageur, la honte où il tient tout ce qui peut s'apparenter à la moindre compromission avec la société de son temps, l'effroyable mélancolie où le plonge cette intuition que les humains ne trouveront jamais leur bon plaisir que dans le reniement d'un Idéal et dans la consommation de la jouissance, sans l'once d'un souci de justice sociale et spirituelle ("je suis en communion d'impatience avec tous les révoltés, tous les déçus, tous les inexaucés, tous les damnés de ce monde"), font de lui un de ces êtres inapaisables, taraudés par la douleur de vivre et la souffrance d'être. Son génie aura peut-être été de donner à cet apocalyptisme une forme de sublimité, une expression qui doit autant à son mysticisme qu'au réalisme le plus cru.

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dimanche 10 juillet 2011

Vagabondages littéraires : 15ème

15ème Vagabondages littéraires


S
e tiendront du dimanche 31 juillet au vendredi 5 août les XVème Vagabondages littéraires du Haut-Languedoc, dans les vallées de l'Orb, de la Mare et du Jaur (Hérault).

C'est une des plus jolies initiatives estivales et littéraires qui soient, où se mêlent rencontres avec le public, dégustations de vins et découverte de la région.

Mon intervention est prévue le lundi 1er août à partir de 18h30, sur le parvis de la chapelle de Villecelle.

J'y retrouverai Eric Bonnargent, mon complice du blog L'Anagnoste, ainsi que Lionel-Edouard Martin - ceux qui me lisent un peu savent quelle importance j'accorde à oeuvre. Les autres auteurs programmés sont Annie Saumont et Marie Chartres ; enfin, point d'orgue de ce festival, Jacques Bonnet nous fera découvrir la forêt dite des écrivains combattants.

Le blog et le programme de ces quinzièmes Rencontres peuvent être consultés ici.

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dimanche 3 juillet 2011

Marie-Noël Rio - Paysages sous la pluie

 

Marie-Noël Rio - Paysages sous la pluieMarie-Noël Rio, Paysages sous la pluie - Editions du Sonneur

Si ma lecture de ce troisième roman de Marie-Noël Rio a commencé dans le scepticisme (ces images de peau forcément "laiteuse" ou de bouche "charnue", cette manière hyper-concise de poser d'emblée les contours sociaux du décor - "la vie au jour le jour, à coups d'allocations"), alors il faut dire aussi, et d'emblée, qu'elle s'est achevée avec un peu plus d'entrain. C'est un effet intéressant à éprouver que de sentir la qualité d'un livre basculer, car on sent alors combien c'est un ensemble qui bascule : un style, une cadence, une implication, une amplitude ; combien, dès lors, nous nous sentons embarqués, et sûr de ce que nous lisons : l'auteur a trouvé son chemin, sa voix.

La bascule ici va venir avec le basculement même de l'histoire. L'entrée dans le livre nous met en présence de trois jeunes filles des années soixante, Alice, Laure et Fleur. On cerne leur vie, à chacune on attribue un style, un caractère, des couleurs ; elles sont tout en rage et fragilité, percluses de tendresse et de brutalité rentrée. Quelque chose de trois soeurs. Le temps ne défile pas vraiment, il est simplement déroulé, un peu linéaire. Et puis la bascule, donc, le deuxième temps du récit, qui est à la fois accélération et ralentissement intime.

C'est dans une Inde où l'on ne rencontrera nulle trace d'exotisme ou de fantasmes que ces personnages vont s'épaissir, incarner la détresse, la désespérance où la vie les met, autant que seront éprouvées les raisons de leur lutte - ou de leur abdication. Marie-Noël Rio nous fait toucher du doigt l'essence de ces complexions inextricables, tout au long d'un récit assez touchant, dont la mélancolie à la fois sèche et romantique ne souffrira pas la moindre once d'humour ou de réserve. On sent peser ici tout le poids des arcanes de nos attachements, ce que ceux-ci contiennent d'un peu pathologique, irrémédiable ou destinal. Sans que l'auteur revendique nullement une quelconque esthétique de la désespérance, il n'est guère d'illusion qui résiste à l'empire de ce que vivent ces personnages et à l'impossibilité qui est la leur de pouvoir seulement attendre quoi que ce soit de la vie - "Les choses les plus tristes sont celles qui n'ont pas eu lieu." Ce qui m'apparut d'abord comme concision un peu maladroite ou frustrante s'impose par la suite et devient concision nécessaire : l'économie de mots comme la résonance du souffle qui s'éteint. Jusqu'à faire vaciller la flamme de l'humain dans les yeux d'une vielle chienne.

 

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mardi 21 juin 2011

Sur Maurice Nadeau, quelques mots


Centenaire et noblesse obligent, je lisais ces derniers temps Grâces leur soient rendues, mémoires littéraires de Maurice Nadeau rééditées à l'occasion de son anniversaire. Il ne s'agira ici que de simples impressions personnelles.

Maurice Nadeau - Grâce leur soient renduesQue vais-je donc chercher dans ces souvenirs ? Sans doute quelque réflexions ou indices aptes à servir ma propre expérience dans la critique et l'édition, où, comme chacun sait, Maurice Nadeau brille par son acuité, son opiniâtreté et son dévouement à la littérature. Tout cela n'étant rendu possible qu'en vertu d'une admiration chez lui absolue, principielle, viscérale pour les écrivains, admiration dont le pendant bien connu est une forme d'humilité qui ne doit rien à la posture, mais qui est le matériau même dans lequel il a été et s'est fabriqué. S'il y a là une leçon, que je prends naturellement pour moi en priorité mais à laquelle chaque éditeur, chaque critique doit se sentir redevable, c'est bien celle-là : être, comme éditeur, comme critique, incessamment au service de l'écrivain et de son texte. Il y en a, il y en aura de meilleurs que d'autres, bien sûr. Mais ce qui est touchant, chez Maurice Nadeau, et qui devrait l'être chez tous ceux qui font profession de foi littéraire, de quelque endroit qu'ils parlent, d'où qu'ils oeuvrent, c'est que l'auteur le plus modeste, aux textes encore imparfaits, attendus, voire ratés, demeure digne d'une certaine et particulière estime. Non pour l'art dont il aurait accouché, donc, mais en raison de cette loi intime et peut-être souveraine qui le conduit à écrire, c'est-à-dire à ne pouvoir envisager l'existence sans, pour reprendre les termes de Nadeau dans un portrait qui fut fait de lui, sans, disais-je, éprouver la nécessité de l'évasion ou du combat.

On dira peut-être que c'est l'auteur en moi qui parle - ce serait de bonne guerre, mais faux. Avant d'être auteur, j'ai été et suis lecteur. Que j'en aie eu conscience ou pas, j'ai et aurai vécu dans l'aura ou l'auréole, non des écrivains, mais de la chose écrite. Qui, donc, depuis longtemps et en large partie à mon insu, aura probablement teinté mon horizon intime et spirituel. Autrement dit, le fait d'écrire, de publier, ne me rend pas moins admiratif, non seulement de nombreux écrivains, mais du fait même que d'autres puissent éprouver la même loi qui conduit au geste d'écriture, c'est-à-dire, avec toutes les précautions d'usage, de transcendance.

C'est peut-être, au fond, ce qui me plaît le plus chez Maurice Nadeau, cet amour indéfectible, inconditionnel, cette rage à laquelle il se chauffe lorsqu'un grand texte lui échappe, lorsque tel de ces écrivains qu'il admire ne trouve pas son public - et, parfois, pas même un article de presse. Histoire et parcours assez exemplaires, donc, ce qui n'induit pas que j'adhère à la totalité de son propos. Je tiens compte, naturellement, du fait que je n'ai rien vécu de ce qu'il a vécu, que je n'ai pas eu la chance d'être l'ami d'Henry Miller, Pierre Naville, Roland Barthes, Michel Leiris ou Leonardo Sciascia, que je n'ai évidemment pas traversé un siècle d'histoire de l'édition, avec ses rivalités inexpugnables et ses mots impardonnables, bref que je n'ai, eu égard à ma naissance, pas pu plonger dans le bouillon de ses passions. Mais, tout de même, j'ai trouvé que Maurice Nadeau, dans ces souvenirs, se montrait parfois sous un jour un peu cabotin, ne détestant pas, à telle ou telle occasion, mettre en scène son humilité. Surtout, et même si, je le répète, il va de soi que nul ne pourrait sortir parfaitement magnanime de plusieurs décennies d'adversité, j'ai moins apprécié que ces mémoires se fassent un écho un peu systématique de ses inimitiés. Cela leur donne un tour parfois injuste, et, comment dire, déraisonnable, comme si la circonstance ne pouvait passer. Ainsi Camus, Mauriac, Paulhan et quelques autres en prennent-ils pour leur grade ; et si cela n'affecte en rien leur postérité, cela affecte en revanche un peu le bon et bel esprit de ce texte ; disons, au risque de passer pour présomptueux, que j'aurais peut-être espéré davantage de clémence. Et que mon souci d'honnêteté me pousse à en faire mention ne diminue évidemment en rien le très grand intérêt de ce recueil, pour ne rien dire de la fébrilité éprouvée tout au long de ce témoignage lumineux, profondément charnel et sensible.

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vendredi 20 mai 2011

Joël Roussiez - Un paquebot magnifique

Il suffit de passer sur le site des éditions La rumeur libre pour entrevoir combien est grande leur ambition. Ambition littéraire, c'est entendu, mais pas seulement : s'y lit aussi une exigence, une volonté de prendre place dans tout ce qui pourrait contribuer à éclairer (pardonnez l'emphase) le destin de l'humanité, à tout le moins la situation des humains dans ce qu'elle a, au fond, de plus immémorial, peut-être de moins évolutif, en dépit de ce que la profusion d'images, d'informations et de jugements de valeur peut parfois laisser penser.

Joe_l_Roussiez___Un_paquebot_magnifiqueLire Joël Roussiez constitue peut-être la plus belle illustration qui soit d'une telle ambition. Le paquebot magnifique, son dernier livre, que l'on ne saurait ranger de manière trop hâtive dans tel registre trop précis, sauf à en escamoter l'amplitude, témoigne de façon grâcieuse et singulière d'une vertu dont on peut se dire qu'elle se raréfie, cette vertu qui permet d'observer les choses de près tout en les mettant à une distance qui en exhausse la poésie interne. Mise à distance d'autant plus lyrique, et touchante, que s'y conjuguent ce que l'on pourrait décrire comme une science de l'observation, en tout cas un goût et un talent assez peu communs pour la minutie, le détail, la fragilité. Celle des êtres, de leurs corps, de leurs pensées, de leurs enracinements physiologiques, intimes, de ce qui les cloisonne ou au contraire les pousse à sortir d'eux-mêmes, et cette fragilité dense, massive des choses, de cette matière même qui les constitue - humains, fleurs, oiseaux, poissons. L'écriture de Joël Roussiez, forme et style, est à la fois délicate, pudique, légère, nourrie sans doute à ce que l'on perçoit comme une sensibilité très profonde à l'extériorité, mais dotée d'un caractère parfois presque enjoué, malicieux aussi, où l'on pourra entendre, derrière la petite mélancolie qu'induit la mise à distance, un chant qui n'est pas dénué de vitalisme ; une écriture qui s'approche des choses sans jamais les briser.

Je ne peux qu'inviter à monter à bord de ce paquebot, moderne arche de Noé où vont vivre et dériver quelques humains comme nous autres, fascinés par le chant des sirènes, le mystère maritime et l'étendue du monde. Un très beau livre.

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vendredi 14 janvier 2011

Correspondances de Frédéric Berthet

Fr_d_ric_Berthet___Correspondance_s__1973_200
"
Écrivez des lettres, vous le regretterez ; n'en écrivez pas, vous le regretterez aussi ; écrivez des lettres ou n'en écrivez pas, vous le regretterez également, parce que, dans un cas comme dans l'autre, vous vous apercevrez toujours que quelqu'un (vous) manque. Envoyez missive sur missive à l'absent (à l'absente), ou bien refusant d'accepter cette absence que les lettres entérinent, faites comme si la Poste n'existait pas, de toute façon le piège est refermé. Mais si un soir, prenant la plume, vous en venez à écrire une page qui ne s'adresse plus à personne, alors, dans ce vide succédant à l'absence, vous aurez une idée de ce qu'est un roman, même si vous n'en écrivez jamais."

Cette citation de Frédéric Berthet, extraite d'un texte donné aux Nouvelles Littéraires (n° 2631 d'avril 1978), est placée en exergue de ses Correspondances (1973/2003) à paraître le 20 janvier à La Table Ronde.

C'est un document attendu. Qui dit beaucoup, bien sûr, sur la culture d'une époque ; mais plus encore peut-être sur Frédéric Berthet, ses apprentissages (la première lettre mentionnée date de 1969, il a alors quinze ans, et est adressée à Marcel Pagnol), et sa manière d'être. Berthet, dont on connaît déjà l'élégance, et ce talent niché au cœur de Simple journée d'été, de Daimler s'en va, ou de son Journal de Trêve (publié par Gallimard en 2006.)

 

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jeudi 3 décembre 2009

Le coq, le crapaud et les cinq vierges

 

100 monuments 100 écrivains

C'est sous ce titre que j'ai apporté ma contribution à un ouvrage original qui paraît ce jour : 100 monuments 100 écrivains - Histoires de France, aux éditions du Patrimoine (Centre des Monuments Nationaux).

Le coq, le crapaud et les cinq vierges est une fable qui m'a été inspirée par l'abbaye de Charroux, monument dont j'avais donc la charge pour ce livre. Il est probable qu'elle surprenne, non seulement les spécialistes, mais les habitants même de Charroux : c'est là toute l'originalité de ce beau livre, par ailleurs superbement illustré, que d'avoir laissé toute liberté à cent écrivains qui, chacun à leur manière, ont donc pu s'approprier les grands monuments de l'histoire de France.

100 monuments 100 écrivains - Histoires de France (Sous la direction d'Adrien Goetz) Prix : 80 € - 488 pages - 850 illustrations

vendredi 27 novembre 2009

Eternel retour

HenryPoulaille"La littérature est à la veille d'une transformation au contact de la T.S.F, du film et du disque ; secouée par les possibilités offertes par eux, elle est bien près de mourir. Elle a fait son temps."

Henry Poulaille, Nouvel âge littéraire, 1930.
Cité par Gilles Philippe & Julien Piat dans La langue littéraire, Fayard 2009.

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vendredi 13 juin 2008

Manchette

Je garde de Vialatte le souvenir de son aspect à la télévision, voici quelques dimanches, un petit vieillard crapaud, chauve aux paupières plissées, fait  pour la nudité ou le pardessus, habile, neutre et rigolo, avec de la réserve et un regard. Quelque peu satanique. Plaisant à observer et à écouter comme devraient l'être les auteurs de Fantômas.

Jean-Patrick Manchette, Journal du vendredi 14 mars 1969

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jeudi 12 juin 2008

Manchette

Les émeutes de 68 n'étaient pas étudiantes. Un moment, le mauvais côté qui fait avancer les choses a explosé, grâce à quelques voyous. L'émeute matée, le bon côté reprend le dessus, et surtout chez les étudiants, tous cons, accumulant en eux une extraordinaire quantité de tares, du simple fait qu'ils sont des étudiants. La honte devra être rendue plus honteuse encore.
Une majorité d'étudiants vote donc, et nécessairement vote la reprise du travail. Autrement dit,
des petites filles maigrelettes, avec d'amples jupons, et ressemblant par leurs gestes et leur tournure à de petites femmes, sautent à la corde, jouent au cerceau ou se rendent visite en plein air, répétant ainsi la comédie donnée à domicile par leurs parents.
De même, la journée d'action organisée le 12 février par la C.G.T. sera un échec. Toutes les actions lancées par les dirigeants sont destinées à maintenir l'ordre. Il est épineux d'être un dirigeant. Il faut créer sans cesse une demi-réussite assortie d'un échec total, pour conserver son pouvoir.

Jean-Patrick Manchette, Journal du jeudi 30 janvier 1969

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