vendredi 4 décembre 2015

Nightwish - Bercy, 25 novembre 2015

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C'est les godillots largement crottés qu'enfin nous parvenons jusqu'à la fosse, après quarante-cinq minutes à patauger dans la boue du parc attenant au Palais Omnisport de Bercy - vilainement rebaptisé AccorHotel Arena en septembre dernier : filtrage et sécurité ont été largement revus à la hausse depuis ce 13 novembre qui a ensangloté la France (suivant le joli lapsus du Président de la République), et le circuit, que dis-je l'expédition pour accéder à la scène est ce soir un tantinet plus compliquée que d'ordinaire - ce que chacun admet sans rechigner, est-ce bien utile de le préciser. Bon, pas de quoi décourager un authentique metalleux, lequel, par définition, en a vu d'autres. Et puis Nightwish, ça se mérite : monstre sacré du metal symphonique, monument national finlandais, le groupe a, au fil des ans, réussi à séduire deux générations de hardos aguerris de par le monde. À quoi il faut ajouter un huitième album, Endless Forms Most Beautiful (formule dénichée dans L'Origine des Espèces, de Darwin), assez joliment réussi.


Je ne dirai rien de la prestation d'Amorphis, manquée pour cause de barbotage dans la gadoue (cf. supra), et très peu de la prestation d'Arch Enemy, largement entamée au moment où nous entrons dans l'arène. Si ce n'est pour dire que le groupe est gaillardement emmené par une Alissa White-Gluz qui, outre sa belle et quasi turquoise chevelure, a pour elle d'être canadienne et de s'exprimer en français. Pour ce qui est de la musique, c'est musclé, ça joue vite, lourd et sauvagement binaire - j'avais d'ailleurs été un peu surpris d'apprendre qu'Arch Enemy ouvrait le set de Nightwish. Mais s'il s'agit en effet de death mélodique, la qualité du son, passable, nous aura surtout donné à profiter des aptitudes gutturales de la belle - dont tout le monde saluera au passage la présence scénique. Pas un truc à écouter pour se détendre dans son bain en lisant Julien Gracq (par exemple), mais ce n'était pas désagréable ; et puis, précisément, ça permet de nous y plonger, dans le bain - mais d'eau froide.

En ouverture de leur set, et c'est heureux, Nightwish joue la rupture en délaissant les sempiternelles intros pré-enregistrées, grincements sordides, nappes frénétiques, rires carnassiers et autres choeurs à la Verdi dont sont friands nombre de ses confrères, et, ô joie sans partage, démarre sur les chapeaux de roue avec avec l'excellent(issime) Shudder Before the Beautiful, entame hypnotique du dernier album. Lequel y passera d'ailleurs dans sa presque totalité - je regretterai seulement l'absence du charmant(issime) Edema Ruth, sur le refrain duquel la foule aurait assurément gazouillé et headbangé à l'unisson.

J'aime chez Nighwish deux registres distincts, la sombreur metallesque autant que l'entrain tubesque. On est content d'ailleurs de constater que les deux conviennent parfaitement à Floor Jansen, laquelle m'aura agréablement surpris : non seulement elle parvient, nonobstant une carrure de costaude et un mètre quatre-vingt-trois (sans talons) à faire preuve d'une certaine grâce dans le sourire et l'attitude corporelle, mais c'est une vraie bonne chanteuse de metal - peut-être pas le charisme et la profondeur de voix d'une Tarja, sans doute, mais enfin il faut savoir tourner la page. Une idée, pour la Floor : peut-être user un peu plus des graves, qui, je trouve, lui vont très bien.
Pour ce qui est du show lui-même, il n'y a pas grand-chose à en dire, si ce n'est qu'il ne diffère guère des centaines de vidéos du groupe en concert que l'on trouve sur Internet. Marco Hietala, qui a tout pour lui et passe pour un excellent frontman m'a semblé un peu en retrait ; de même que l'esthétique globale, ce soir un peu éloignée de leur registre peu ou prou celtique, n'aura laissé que peu de latitude à la cornemuse et à la flûte irlandaise de Troy Donockley. Pas de regrets pour autant, non, mais j'aurais espéré quelque chose d'un peu moins millimétré, un peu plus ouvert à l'aléa - à l'ancienne dirai-je, du temps que l'on pouvait humer la fumette, la barbaque et la sueur. Mais il est vrai que c'est là une tendance générale, spécialement dans ce type de très grande salle : la profusion de technologies, artifices, lasers et autres fumigènes, si elle donne un tour peu ou prou féérique au spectacle, limite aussi la prise de risque. Et puis il y a le son qui, à Bercy, depuis deux ou trois ans, ne me semble plus tout à fait aussi abouti qu'avant : cela sature un peu de tous les côtés, et la balance est tout de même un peu approximative, la section rythmique - notamment la batterie - étant souvent bien trop poussée.
Nightwish conclue le concert comme sur l'album, avec The Greatest Show on Earth. Un peu longuet en studio, heureusement un peu raccourci pour la scène, ce n'est quand même pas le meilleur de Nightwish, qui s'emberlificote dans des plages symphoniques orchestrales un peu vaines - sans parler d'un visuel parfois un peu abstrait. Mais je m'en fiche : juste avant, j'ai eu droit à The Last Ride of the Day, et rien que pour cela je serais allé les voir - et les applaudir.

Peut-être pas la folie des grands jours, donc, mais je ne ferai pas la fine bouche. Et puis, derrière le lyrisme toujours majestueux de leur musique, il y a toujours chez Nightwish quelque chose de festif et de très bon enfant. Et si c'est parfois un peu répétitif, parfois un peu propret, cela n'enlève rien au fait que je possède tous leurs albums, que je les écoute régulièrement, et que j'étais surtout bien heureux de pouvoir leur témoigner ma fidélité - leur excellence seule, depuis bientôt vingt ans, attisant mes attentes... t

IMG_2993       SETLIST

  • Shudder Before the Beautiful
  • Your Is an Empty Hope
  • Ever Dream
  • Whismaster
  • My Walden
  • While Your Lips Are Still Red
  • Elan
  • Weak Fantasy
  • 7 Days to the Wolves
  • Alpenglow
  • Storytime
  • Nemo
  • Stargazers
  • Sleeping Sun
  • Ghost Love Score
  • The Last Ride of the Day
  • The Greatest Show on Earth

 


mardi 15 février 2011

Rhapsody of Fire - Salle de l'Elysée-Montmartre (+ extrait vidéo)

IMG_0054Genre très en vogue depuis le début des années 1990, mais genre fort risqué tant il fait d'émules et peut inspirer de pâles copies, ce que l'on désigne sous le terme plus ou moins générique de metal symphonique était à la fête hier soir à Paris, dans la très belle et très historique salle de l'Elysée-Montmartre, qui y accueillait donc un de ses hérauts et piliers, Rhapsody of Fire.

C'est donc dans une ambiance bon enfant, mais un peu moins épico-folklorique que ce à quoi je m'attendais, que les Italiens de Vexillum ouvrent le bal, forts de la sortie de leur premier album, The wandering notes. En dehors de leurs kilts assez peu transalpins, rien de bien original à signaler. Compositions et orchestrations sont un peu attendues, le tout est solide et fluide. Et si Neverending Quest et Avalon, qui louvoie du côté de l'hymne, sont loin d'être désagréables, on ne peut pas dire que l'originalité soit une marque de fabrique ; moyennant quoi, il n'est pas interdit de s'ennuyer un peu. Mention spéciale tout de même à Dario Valesi, le chanteur, qui, outre une vraie gueule et une voix juste et bien en place, ne ménage pas sa peine pour occuper la scène. Que ne vont plus tarder à investir les Autrichiens de Vision of Atlantis, déjà jeunes-vieux routiers du genre, dans leur configuration traditionnelle à deux voix, celles de la nouvelle chanteuse, Maxi Nil, et de Mario Plank. J'avoue n'avoir jamais vraiment accroché à ce groupe, qui, lui aussi, me semble manquer un peu de personnalité, et dont les compositions m'ont toujours paru un peu lisses et téléphonées. Ils ont toutefois, sur scène, une vraie présence ; notamment Mario Plank, qui ajoute le supplément d'âme qui peut faire défaut à leur musique. Rien de désagréable dans les deux cas, donc, et, le genre étant ce qu'il est, des musiciens assez irréprochables, exécutants méthodiques et précis des plans-types de ce metal fortement orchestré.

IMG_0043Jusqu'au moment où résonnent la petite mélodie susurrée de Dar-Kunor et la narration fameuse et désormais rituelle de Christopher Lee : l'heure est venue d'acclamer Rhapsody of Fire. Ce dont nul ne se privera, tant la prestation s'est donc révélée à la hauteur, pour ne pas dire davantage, des attentes. Inutile de dire que le son est en tous points excellent : c'est là un impératif catégorique pour ce groupe si soucieux des détails. Triumph or Agony, puis cette petite perle miraculeuse qu'est The Village of Dwarves ouvrent ce set lumineux, professionnel mais jamais guindé, dopé au plaisir et à la gaieté. Pas fou, le groupe va allègrement puiser dans ses plus anciens albums, ceux-là mêmes qui ont inspiré tant d'autres après eux : Land of Immortals, Holy Thunderforce, Dawn of Victory, jusquau sublime, et final, Emerald Sword.

Ce que je redoutais le plus, c'était la voix de Fabio Lione, craignant que les productions ultra-léchées des albums du groupe dissimulent quelque hypothétique faiblesse. Eh bien, non. Non seulement Fabio Lione est un redoutable frontman, mais sa voix, fût-elle par moments soutenue par quelques effets, est vraiment excellente, très juste, jamais forcée, capable de bien des nuances. Très volubile, il a l'aisance des plus grands et n'est pas pour rien dans la qualité de la présence du groupe sur scène et dans l'incroyable énergie véhiculée. D'autant que, contrairement à bien des groupes du genre, Rhapsody est aussi capable d'apaiser un répertoire sans que jamais l'impression d'euphorie ne déserte ; on l'a entendu encore hier soir avec le magistral Lamento Eroico, où Fabio Lione parvient à rentrer en lui-même et à aller chercher une tessiture qu'il lui est peut-être moins naturelle.

IMG_0062Du dernier album, on retiendra bien sûr Sea of Fate, mais pas plus que On the Way to Ainor ou le terrifique Reign of Terror, magistralement servis par des musiciens hors pair. A l'instar de Patrice Guers, le bassiste (français), ancien du CNCN Nancy et du Musical Institute de Londres, et qui se livre à un petit solo où l'on est content de pouvoir distinguer (un peu) autre chose que du metal, ou même que du rock : le musicien n'admire pas sans raison Marcus Miller ou Marceo Parker. L'autre français, Dominique Leurquin, dont j'aime l'aisance, le retrait et la bonhommie, forme avec l'inévitable trublion Luca Turilli un couple de guitaristes vraiment prodigieux, assurant une rythmique très précise et déployant l'un l'autre quelques trésors mélodiques et virtuoses en solo. Quant à Alex Holzwarth, c'est peu dire qu'il participe de l'équilibre rythmique, réussissant l'exploit de ne pas tout écraser avec son jeu de pédale double ; sa petite séquence solitaire en ouverture de Dawn of Victory aura l'effet escompté.

Tout cela pour dire, fût-ce un peu succinctement, que Rhapsody a donné hier soir un concert de très haut vol, délivrant cette forme d'énergie joueuse, virtuose, lyrique, à la fois simple et théâtrale, qui est aussi celle du rock, et dont on n'était plus tout à fait certains de les savoir capables, leur tropisme symphonique se faisant toujours plus prégnant au fil des albums. Enfin ils ont montré que cette déclinaison typée du metal, dont on pourrait penser qu'elle peut faire courir le risque de la pompe et du kitch, fonctionnait parfaitement pour peu que ne soit pas perdu ce à quoi elle vient aussi puiser : le plaisir de la scène, et l'esprit du rock.

Vidéo : The Village of Dwarves (extrait)


The Village of Dwarves - Rhapsody of Fire

SETLIST :
 
- Dar-Kunor
- Triumph or Agony
- Knightrider of Doom
- The Village of Dwarves
- Unholy Warcry
- Guardiani del Destino
- Land of Immortals
- On the Way to Ainor
- Solo batterie
- Dawn of Victory
- Lamento Eroico
- Holy Thunderforce
- Dark Prophecy
- Solo basse
- Sea of Fate
- March of the Swordmaster
- Reign of Terror
- Emerald Sword