jeudi 28 décembre 2017

Zazy a lu "Il y avait des rivières infranchissables"

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« Entre mon cœur et
Ma langue, il y avait
Des rivières infranchissables,
Des passages à niveau fermés, 
J’ai dû balayer des montagnes et des montagnes de sable
Pour une parcelle de vérité »
En épigraphe de son livre, Marc Villemain a noté cette chanson de Michel Jonasz, fil rouge de son livre de nouvelles.
Quel que soit l’âge des personnages, le premier petit garçon n’a que six ans, le dernier une vingtaine d’années. Marc Villemain a su transcrire ce premier émoi qui fonde l’existence de l’être humain, l’impossibilité à dire les mots d’amour, la difficulté de faire le premier pas, l’impossible alchimie.
Un recueil de treize nouvelles, aussi délicieuses que les treize desserts de la Nativité, toute en sensualité tenue où aucun des personnages n’a de prénom. Ils sont il et elle qui permet à la lectrice que je suis de replonger dans ses première fois, ses premières sensations, les mains qui se rencontrent, s’effleurent presque comme par inadvertance. Les premiers baisers, les premières étreintes, les jusqu’où puis-je aller. Toutes ces approches maladroites, d’élans chastes, de tentatives, d’évitements et de frustration de n’être pas allé au bout par la venue du copain, l’arrivée de la sœur. Le grain de sable qui fait que … Des histoires, chaque fois recommencées, chaque fois presque pareilles, mais chaque fois différentes avec un crescendo qui suit l’âge des amoureux
Chacun de nous peut se retrouver dans ses évocations.
Ce livre est tout de douceur, de tendresse, d’amour mais également de cruauté, celle des gamins. Où est la réalité, où sont les fantasmes, où est le rêve ?  Oh ce sein dévoilé, oh cette nudité entr’aperçue, Oh cette bouche qui s’offre, se donne puis se reprend !
Chacune des douze nouvelles permet aux garçons, j’ai presque envie d’écrire au garçon de grandir, de  se constituer homme. Toutes ces historiettes, tous ces brouillons le prépare au grand Amour, à trouver le pont qui enjambe la rivière infranchissable.
L’écriture, plus qu’agréable, offre une promenade sensorielle qui ravive nos propres souvenirs, l’odeur de l’herbe coupée, de la chocolatine (plus joli que pain au chocolat), odeur de l’onde, bruit du courant, pétarades des mobs, flonflons des bals de campagne…
La dernière nouvelle est hors du lot. C’est la quintessence de l’homme, de l’amour, des souvenirs.
La nostalgie n’est pas triste, elle est poétique, romantique, brut de décoffrage, comme les ados. J’ai suivi le courant de la rivière, j’ai remonté le courant de mes souvenirs, j’ai écouté la douce musique des mots de Marc Villemain. Un recueil à ouvrir de temps à autre, à goûter comme une madeleine, pardon, comme une chocolatine. t