mercredi 31 janvier 2007

Nihilisme de Gianni Vattimo

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J
e lis avec quelque retard le passionnant hors-série sur le nihilisme que fit paraître Le Magazine Littéraire en octobre dernier. Outre une critique, au bas mot mi-figue mi-raisin, de François Bégaudeau sur Michel Houellebecq et sur cette "rage contre la vie (qui) est d'abord une rage contre la malformation qu'on est soi-même", j'ai été saisi surtout par le propos très serein du philosophe italien Gianni Vattimo, l'un des rares penseurs à continuer de se revendiquer d'un « nihilisme actif », lequel « serait la force de vivre dans un monde où il n'y a plus de fondements, ni sur le plan métaphysique, ni sur le plan des autorités politiques. »

Cet entretien date en réalité de 1990, mais son propos demeure très actuel en regard de l'évolution des sociétés occidentales, entièrement tournées,  non sans frénésie, vers la quête éperdue de fondations, de structures primordiales et originelles, recherche qui « exprime la  nostalgie d'une fondation du pouvoir sur une vraie structure ». Et il poursuit : « Le problème du nihilisme est d'instaurer une attitude philosophique capable de développer une forme de rationalité non fondationnelle. Cela conduit à replacer le nihilisme dans l'histoire de l'être, parce qu'il n'y a d'autre rationalité non fondationnelle que remémorative ». Sans aucunement nier les dangers inhérents à une telle démarche, il pose très clairement une ambition et des enjeux que je partage : « Ou bien nous cherchons à reconstruire une civilisation fondationnelle ; ou bien nous acceptons de vivre la dissolution des fondements comme la seule forme d'émancipation possible ». Il s'agit bien d'un mouvement qui tend à une « démythologisation généralisée », dont on peut en effet penser qu'il serait assez salvateur,  quand les grands absolus dont s'empiffrent les discours politiques, culturels et civilisationnels paraissent à tout le moins décevants.

De Gianni Vattimo, on peut lire par exemple :
La Fin de la modernité (nihilisme et herméneutique dans la culture post-moderne), paru au Seuil en 1987 ;
- L'avenir de la religion (solidarité, charité, ironie), co-écrit avec cet autre penseur de la pensée faible qu'est Richard Rorty (chez Bayard).

Difficile, enfin, de ne pas évoquer ce « vieux grincheux » réjouissant qu'est Roland Jaccard, dont la prose et la liberté procurent toujours autant de plaisir et d'intérêt. A lui le mot de la fin : « Comme tous les nihilistes, il attend un miracle : celui de sa propre mort. Mais même ce miracle ne se produira pas. Homme de paille, de paillettes et de poudres aux yeux, il est là pour l'éternité, dans l'absence, dans le vide, dans le vent, dans l'arène désertée de ses plaisirs, dans le manège lugubre de ses désirs, avec l'espoir fragile d'appartenir encore à la race des hommes, alors qu'il n'en est plus que le déchet. »

Posté par Villemain à 13:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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