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Carnologie

À Marlevache dans le duché de Michão, tout commence et tout finit par un banquet. Mais ici, au menu des ripailles, les convives se délectent... de leurs concitoyens et concitoyennes, dûment assaisonnés. Les Restaurés - les habitants de ce pays séditieux et autarcique - ont en effet institué l'anthropophagie comme solution à l'épuisement des ressources et à la surpopulation, fondement de leur organisation politique. Ceci est ma chair, farce paillarde entre Rabelais et Astérix, est leur geste. Loin de son style habituel, Marc Villemain s'est visiblement bien amusé à imaginer cette société où, deux fois par mois, un « dépariteur » est chargé de désigner, en toute parité, ceux qui vont donner leur corps à la collectivité. Et où chaque deuxième enfant d'une fratrie (le maximum légal étant fixé à trois) doit être offert en sacrifice le jour de ses 14 ans.

Chez les Restaurés, on parle de « dit-don de soi ou d'oblation »... Quand un attentat meurtrier détruit le « complexe de production carnologique », fleuron de l'industrie locale, des groupuscules terroristes anti-cannibales semblent être des coupables désignés. Qui d'autre pourrait contester ce régime que ses pratiquants tiennent pour un modèle avancé de civilisation et de civisme ? Dans une langue enluminée et truculente, l'auteur de Mado renverse les perspectives, pousse la notion d'humanisme dans ses retranchements tabous. Vous reprendrez bien un peu de « dit-cervelle de sage » ou de « joues citronnées façon grand-mère » ? À table ! 

Véronique Rossignol