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Marc Villemain
21 novembre 2025

Nicolas Sarkozy – Le journal d’un prisonnier

 

C’est plonger le peuple de France dans une indicible liesse que de l’informer (sur X/Twitter) de la parution imminente d’un ouvrage de Nicolas Sarkozy qui, n’en doutons pas, agrémentera opportunément les humbles et modestes conifères de Noël de ses concitoyens neuilléennes et neuilléens – hors Neuilly en effet, on voit mal qui, hormis peut-être quelque gogo militant, quelque jeune romantique ou noble dame déjà tombée en pâmoison, serait suffisamment désœuvré ou en manque de littérature pour se jeter sur les réflexions d’un ancien chef d’État qui, après avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour remplir les prisons, eut finalement à souffrir de devoir passer vingt-et-une nuits à celle la Santé. Le livre, astucieusement intitulé Le Journal d’un Prisonnier, paraîtra chez son ami Vincent « Fayard » Bolloré, celui qui, souvenez-vous, deux jours après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, lui avait offert une croisière à Malte bien méritée à bord de son yacht, le « Paloma » (montant de la location hebdomadaire estimé à 200 000 € de l’époque), croisière dont il rentra au moyen du Falcon 900 mis à sa disposition par le même grand mécène humaniste.

 

Mais c’est « l’homme de lettres » en moi qui s’offusque aujourd’hui. Je ne prétends nullement au statut de grand écrivain ou de grand éditeur, il y a belle lurette que ce fantasme m’a abandonné (dès que j’ai commencé à vouloir écrire, en somme). Je crois toutefois être un professionnel assez consciencieux, non totalement dénué de technique, et attaché non seulement à la lettre mais à l’esprit de la langue, sensible au fait que ses rythmes, sa musicalité et ses variations charrient bien plus qu’un « sens » par trop premier ou littéral. À cette aune, sans aller jusqu’à dire que je suis déçu (ce serait peu crédible), je me vois contraint, hélas, trois fois hélas ! à une certaine sévérité. Car l’extrait publié par l’ancien Président, dont on peut inférer qu’il en est plutôt content puisqu’il l’a lui-même choisi, constitue une invite spectaculaire à anéantir l’éventuel résidu de curiosité que j’aurais pu avoir à feuilleter l’opuscule. Pour le dire d’un mot : ce que je lis là est du même acabit que ce que je découvre dans ces manuscrits qu’il m’arrive de recevoir et que je m’abstiens de publier après avoir compulsé les deux premières pages. Il n’est pas possible, non : il devrait être interdit, lorsqu’on fut président de la République et que l’on publie dans une maison dont la ligne éditoriale se résume à la déploration de la décadence nationale et, pour le dire d’un mot plaisant, du déclin de l’empire carolingien, d’écrire aussi mal. Car rien, ici, ne va. Non seulement c'est plat, terne, attendu et redondant, mais c’est à la limite du barbarisme et du solécisme (ah, ce désert qui se fortifie en prison...). Vraiment, on se désole que sa lecture en détention des deux volumes du Comte de Monte Cristo ne l’ait pas davantage édifié – pour ce qui est de sa lecture de la biographie de Jésus, je crains que ses effets ne nous restent longtemps obscurs. En tout cas, l’on comprend mieux, découvrant ces quelques lignes extraites de l’œuvre tant attendue (sortie le 10 décembre dans toutes les librairies du groupe Bolloré), pourquoi il s’en prit tant, naguère, à Madame de la Fayette et à sa Princesse de Clèves.

 

À tout prendre, et sans aller jusqu’à prôner la lecture des Lettres de prison de Rosa Luxembourg ou, plus judicieusement encore, des Écrits clandestins de Sainte-Hélène, je recommanderai volontiers aux aficionados de s’enquérir chaque année du rapport d’activité de l’Observatoire International des Prisons. Leur plaisir de lecture sera sans doute assez chiche, mais l’ouvrage leur sera instructif et, surtout, il ne se donnera jamais d’autre prétention que celle de la vérité.

 

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