Erreur de jeunesse
Une erreur que je commettais, plus jeune : je pensais que le désir d'amour était plus important, plus décisif, que l'amour lui-même. Je sais aujourd'hui, pour le vivre, que c'était faux.
Une erreur que je commettais, plus jeune : je pensais que le désir d'amour était plus important, plus décisif, que l'amour lui-même. Je sais aujourd'hui, pour le vivre, que c'était faux.
Il se réveille un matin le visage en chiffon, la peau bouillie par le mauvais sommeil, le vin les cigarettes et l'angoisse, il sait que sa laideur n'a de momentanée que son exagération, qu'elle en conspire de plus enfoncées et cruelles encore. Qu'elle n'est que prophétique.
Pourquoi croyons-nous en Dieu ? Pour trouver la force de quitter la terre apaisés.
Pourquoi n'y croyons-nous pas ? Pour trouver celle d'y rester.
Je me souviens que je n'avais pas eu la présence d'esprit de le penser en lisant Tolstoï, et qu'il me fallut lire le petit livre que lui consacra sa fille aînée Tatiana (Sur mon père, réédité par Allia en 2003), pour réaliser que mon père était tolstoïen.
Camus, à nouveau : La noblesse du métier d'écrivain est dans la résistance à l'oppression, donc au consentement à la solitude.
Ce mot de Camus, parmi les plus beaux, dans Le premier homme :
« Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence.
- Oui, et ils meurent. »
Ségolène Royal se réjouit de la révocation du régime de semi-liberté accordé à Jean-Marc Rouillan. Elle s'étonnera ensuite qu'une majorité d'électeurs ait préféré voter pour Nicolas Sarkozy, selon l'adage fameux qui veut que l'on préfère toujours l'original à la copie. CQFD.
Pourquoi croyez-vous en Dieu ?
Pour trouver la force de partir d'ici-bas.
Pourquoi n'y croyez-vous pas ?
Pour trouver celle d'y rester.
Nous sommes des solitudes qui, de temps en temps, acceptent qu'on les accompagne. Elles s'acculent à l'unisson.
Je ne donne pas d'argent aux pauvres, ils pourraient croire que je me sens coupable.
Que l'homme se comporte comme un porc, et c'est à l'animal d'abord qu'il fait insulte : lui n'a pas demandé à l'être.
« D'une façon vulgaire, on pourrait dire que mon adhésion à la théorie révolutionnaire est accompagnée de l'idée que rien ne m'oblige néanmoins à vivre d'une façon désagréable. »
Jean-Patrick Manchette, Journal du vendredi 2 février 1968
Métro bondé, air irrespirable, altercations banales. Surgit un de nos modernes gueux, qui redonne le sourire au wagon entier. Énergie de la désespérance : la société urbaine sauvée par ceux-là mêmes qui en souffrent.
À Cannes, Cantet revenu le printemps, les journaux portent au pinacle l'école française. Il est vrai que les canards adorent agiter leurs palmes (académiques).
Un jour, quitter la grande ville : autant retrouver les espaces désertés, là où le moderne ne saurait être corrompu puisqu'il n'est pas.
Le contemplatif agit bien davantage qu'il y paraît, puisque lui seul résiste à la pulsion de vie.
On n'écrit plus pour se sauver (de) soi-même, mais pour accabler l'autre et contempler son désastre : c'est la recette des succès du temps.
Mes vieux journaux n'ont ni style, ni pensée véritable. Mais un intérêt : celui de confirmer l'ancrage, la pérennité de mes marottes. Ce trait, par exemple : Traversée du corps — comme on parle d'une traversée du désert.
Proverbe sénégalais : Tous les soirs les singes s'endorment en rêvant qu'ils sont des hommes. Tous les matins les singes pleurent. Il se trouve que, parfois, je ne serais pas en total désaccord avec la proposition inverse — m'endormir en rêvant que je suis singe, et me marrer au réveil.
Images saisissantes de cette colonne de réfugiés tibétains, tirés comme des lapins par les gardes-frontières chinois postés en surplomb d'un glacier. C'est du déjà vu (Espagne, Bosnie etc...) : les images de la barbarie humaine sont toujours des resucées.
La grande frustration des athées, c'est de devoir renoncer à renoncer au monde.
... ce n'est pas parce que mes livres n'ont pas de succès qu'ils sont bons.
Il me faudrait être une ombre pour que se défasse en moi ce qu'il y a d'inextricablement terrestre.
J'écris autrement que je ne parle, je parle autrement que je ne pense, je pense autrement que je ne devrais penser, et ainsi jusqu'au plus profond de l'obscurité.