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Marc Villemain

25 juin 2009

Et que morts s'ensuivent : Le Courrier de l'Ouest


Article de Jean-Paul Guéry paru dans l'édition du 23 juin 2009 du Courrier de l'Ouest 

 

 

 

7 juin 2009

Whitesnake au Casino de Paris

David Coverdale

 

 

 

C'était jeudi soir, au Casino de Paris. Quand on est gamin ou quasi et qu'on découvre le hard, on sait d'instinct que ce groupe-là, Whitesnake, et que ce type-là, David Coverdale, appartiennent déjà à une certaine légende. On le sait sans même rien savoir ou si peu de l'histoire de cette musique, on le sait parce qu'on a entendu cette voix et qu'on a posé sur sa platine Fool for you loving, Lonely days lonely nights, Walking in the shadows of the blues ou Ain't no love in the heart of the city. On le sait parce qu'on sent que cette énergie a une histoire et que cette histoire dépasse amplement celle du rock, et qu'elle en dit plus long qu'elle ne le croit elle-même, peut-être, sur une certaine manière d'être d'un temps et d'y exister. Les bons vieux hardos qui ont garé ce soir leur moto ou leur vieille Renault sur le trottoir en attestent, avec leur bedaine, leurs rose tatoos sur l'épaule et leur gueule un peu cabossée, leur tee-shirt de Led Zeppelin et leurs rides d'anciens jeunes gens devenus pères. Les vieux rockers, ceux qui ont fait du rock la toile de fond plus ou moins secrète de leur vie, quelle qu'elle ait été, ont toujours quelque de chose de rieur et d'enfantin, pour peu qu'ils se retrouvent entre eux autour d'une bonne bière, et de leur musique.

 

Et puis il y a Coverdale. Cette voix qui contribua ô combien au succès des premiers albums de Deep Purple, au tout début des années 70, rauque, joueuse, nouée autour des vieilles chaleurs généreuses du blues et de la soul. Cette allure à mi-chemin entre Alice Cooper et les cabotinages sexy d'un Mick Jagger. Coverdale qui donne ici tout son corps à la scène, la traverse d'un bout à l'autre, emplit chaque seconde de ses clins d'oeils, de ses interpellations, de ses sourires entendus, Coverdale qu'on dirait heureux comme un gosse de pouvoir éprouver un tel plaisir, ce soir encore, le bonheur de se dire que c'est encore possible, à soixante ans ou presque.

 

On pourrait dire qu'il s'agit du show de vieux professionnels rôdés aux roueries du spectacle : rien ne serait plus faux. Il y a place ici pour l'improvisation, pour le jeu et l'aléa, pour la sueur et les mauvaises odeurs, pour tout ce qui fait que le rock conserve cette fraîcheur caractéristique, ce quelque chose d'éternellement adolescent dont le rock ne peut se défaire et qui fait qu'on y était, nous aussi, ce soir. Till the day I die...

 

1 juin 2009

Et que morts s'ensuivent : sur le blog Pages à Pages

 

Critique parue sur le blog Pages à Pages
Pages___pages




 

 

 

« Apprendre une nouvelle forme de respiration, inventer les gestes nouveaux, méthodiques, précis, imaginer d’urgence un calcul qui permette d’absorber la quantité d’air qu’il faut, juste ce qu’il faut, ni trop ni trop peu, ne pas s’étrangler, épargner les côtes quand l’air pénètre et se diffuse. » C’est ce à quoi s’exerce Matthieu Vilmin, dans sa chambre d’hôpital. Vivre est difficile dans Et que morts s’ensuivent. Et mourir n’est pas simple, seulement légèrement plus rapide.

 

À travers onze nouvelles, Marc Villemain prend la parole. De force. Il formule des hypothèses, nous prévient lorsqu’un détail qu’il vient de préciser n’est pas utile. Nous prend à partie. Exprime son opinion, juge, tourne en dérision, accompagne, raisonne ou dénonce. Il ne se cache pas. Il se place même dans la lumière, se plaisant à user d’un style ciselé, aussi pointu que riche, aussi achevé que retors. Puis, lorsque nous sommes ébahis, hébétés par l’élégance d’un geste que l’on imaginerait volontiers habillé de dentelles, il se retourne, soudain rude : les yeux féroces et le couteau entre les dents.
C’est qu’il a décidé de jouer avec notre température, et d’insuffler un chaud et froid, un comique et tragique dans son recueil.

 

Sans oublier le duel, ou la danse, du couple vie/mort. Les onze personnages-titres de ces nouvelles se retrouveront posés sur sa table « d’écrivain-légiste » en fin d’ouvrage, dans la partie titrée Exposition des corps.
La mort est présente partout : « digérée » dans Anna Bouvier, hasardeuse dans Lisa Cornwell, en forme de point final dans M.D.
Elle est aussi présente à l’intérieur des corps. En devenir, cela va de soi, toute existence étant par nature forcément « périssable ». Mais Marc Villemain va au-delà, montrant des morts « effectives » dans des corps de vivants, des sortes de « morts dans l’âmes »…
« Mort dans l’âme », à l’intérieur du corps, par exemple, d’une critique littéraire renommée, « aujourd’hui disparue, [qui] a mis un terme à toutes ses activités éditoriales et ne communique plus guère que par onomatopées et grognements. »
« Mort dans l’âme » et le crâne de Jérôme Allard-Ogrovski, depuis qu’il a empoigné brutalement « les ciseaux qui traînaient par terre. »
« Mort dans l’âme » de Jean-Claude Le Guennec, amputé au fond d’un grenier rempli d’enfants…

 

Traversant ces nouvelles comme une danseuse de cirque, le personnage de Géraldine Bouvier se fait protéiforme. Tour à tour femme de ménage, mère de famille, infirmière, petite amie d’un fan de heavy metal, ex-femme d’un aquarelliste amateur ou simple voisine, elle sautille d’une nouvelle à l’autre, faisant, semble-t-il, une sorte de pied de nez à la Camarde…

 

La nouvelle Pierre Trachard est très percutante : un style plus épuré pour un décompte inéluctable et minuté :
« Il a fini sa bière, s’est rassis sur le bord du canapé et, pour la deuxième fois, coudes sur les genoux, a mis son visage dans ses mains. Ainsi est-il demeuré près de trois minutes. Il ne s’est rien passé la minute suivante. À vingt heures cinquante-neuf, il s’est levé et a pris la direction de l’escalier sportivement enjambé, renversant au passage la petite horloge de salon qui se brisa aussi net. Mille et un petits mécanismes se sont conséquemment répandus à terre, et la grande aiguille dorée, retombant sur le sol après moult circonvolutions dans les airs, a lancé sur le soir un éclat presque inespéré. »

 

Dernière nouvelle de Et que morts s’ensuivent, et peut-être la plus attachante à mes yeux, M.D. semble une esquisse d’autoportrait, tracée sur la buée d’un miroir :

« Donc, M.D. sera à sa table de travail. Elle relira mot à mot ces histoires qui lui tombèrent sous les doigts, s’étonnant elle-même de leur rythme, de leur sonorité, de leurs caprices, quand ce n’est pas des personnages eux-mêmes. C’est qu’ils sont si réels ces personnages, si proches. Elle se demandera si le lecteur aura conscience de la réalité fantomatique de ces personnages dans son cerveau. »…

 

Christine Jeanney

 

30 mai 2009

Entretien avec Joseph Vebret

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Lorsque le noir devient couleur
Entretien avec Joseph Vebret
Le Magazine des Livres – Numéro 15, avril/mai 2009

 

 

Une écriture au scalpel qui dissèque la noirceur, ce que l’oeil du romancier est seul capable de discerner derrière les bons sentiments. Un pessimisme, qui n’est peut-être que de façade, un recul indéniable, un cynisme qui, finalement, s’il est partagé par le lecteur, donne à rire des travers de la nature humaine.

 

 

Comment l’envie d’écrire vous est-elle venue ?

 

Sait-on jamais comment elle nous vient… ? De manière générale, je ne crois guère aux événements fondateurs, mais bien davantage aux trajectoires, aux très lentes impulsions, à ce que l’existence dépose en nous, sous forme d’alluvions ou de sédiments. Bien sûr, je ne peux pas ne pas considérer ce qui a constitué le monde de mon enfance : mes parents étaient professeurs de lettres classiques (quoique je n’ai pas souvenir d’une quelconque injonction parentale à la lecture), et mon grand-père, Pierre Villemain, que je n’ai pas connu, était écrivain. Peut-être m’aveuglé-je en jugeant que tout cela n’est pas absolument décisif. Ce que je crois, c’est que lorsque j’ai écrit mes premiers textes, autour de mes vingt ans, il s’agissait déjà de combler un sentiment d’incomplétude. De fouiller ce qui me faisait sentir en relative inadéquation avec le monde, de creuser mon terrier, d’apprendre à habiter ma tanière. Et, je le dis sans impudeur ni affectation aucune, de m’émanciper, de mon père d’abord, de sa mort ensuite, et ce faisant de conquérir une dimension de la vie qui fût entièrement mienne. L’écriture devenant, non seulement le seul espace, mais le seul lieu où je pouvais et où je peux continuer de me sentir entier dans la solitude.

 

Pourquoi avoir choisi cette forme d’écriture, la nouvelle ?

 

Précisément, mes tout premiers textes furent des nouvelles – jamais publiées, cela va de soi. Mais j’en garde un souvenir incroyablement euphorique. Comme si j’avais enfin réussi quelque chose, quelque chose dont je prouvais, fût-ce avec une infinie maladresse, qu’elle m’appartenait en propre. S’agissant de la forme elle-même, j’avoue ne pas savoir ce qui m’y a conduit. Je pourrais, pêle-mêle, invoquer la peur du roman, mon rapport assez spasmodique à l’écriture, un certain goût pour ce que la sensation recèle de fugitif ou de provisoire, sans parler d’une certaine indolence personnelle… Ce que je sais en revanche, c’est que l’écriture des nouvelles qui viennent de paraître fut source d’une joie infiniment plus intense, et d’une certaine manière plus vraie, que mes deux précédents livres.

 

L’écriture est-elle chez vous une seconde peau ? Êtes-vous constamment en éveil, prenez-vous beaucoup de notes, vous astreignez-vous à une régularité ou est-ce par à-coups ?

 

Une seconde peau, sûrement pas ; cela serait sans doute très romantique, mais ce n’est pas le cas. Qui n’attend pas grand-chose de la vie peux bien vivre sans écrire. En revanche, je constate qu’il n’est pas une seconde, pas un instant de l’existence, que ne travaille la perspective ou la possibilité de l’écriture, pas un moment de l’existant que je ne songe à transformer en expression écrite. C’est peut-être cela, au fond, un écrivain, quelqu’un qui n’envisage et ne reçois l’existence qu’au tamis de l’écriture. Pour ce qui est de la méthode, il m’arrive de prendre des notes, oui, mais je ne m’en sers finalement que très peu. J’ai toujours sur moi le fameux petit carnet de moleskine noire, mais vous seriez bien déçu d’y découvrir tout ce qui y figure : entre deux fulgurances littéraires, vous y trouveriez la liste des courses ou le calcul de mes impôts…

 

Êtes-vous un grand lecteur ? Considérez-vous que la lecture doit nécessairement précéder l’écriture ?

 

Non aux deux questions, mais avec des nuances. J’ai toujours une lecture en cours, y compris lorsque je suis moi-même dans un temps d’écriture, mais je lis très lentement, non sans une certaine impression de labeur, presque avec un sentiment de devoir. Si je lis trois livres dans le mois, ce mois-là sera à marquer d’une pierre blanche. Surtout, et comme nombre d’auteurs sans doute, je me désole parfois de ne plus pouvoir lire avec la même innocence ravie que naguère. Bien que m’en défendant, je ne parviens plus à lire les autres sans chercher à les percer à jour, à digérer leurs formes, sans me transformer en vampire. En revanche, j’entreprends toujours de les lire avec un élan de ferveur, une forme instantanée, instinctive, d’estime et de sympathie. Je trouve toujours quelque chose à sauver dans un livre, c’est plus fort que moi. Je n’ai aucun goût, et moins encore de légitimité, pour la descente en flammes telle qu’elle se pratique en France, non sans quelque excessive gourmandise. Maintenant, quant à savoir si la lecture doit précéder l’écriture... En raison, je vous répondrai que oui, sans doute : c’est dans les musées qu’on apprend à peindre ; il n’en est pas moins vrai, si vous me permettez de poursuivre sur cette lancée, que c’est aussi en forgeant qu’on devient forgeron… Aussi, pour résumer avec autant d’exactitude que possible, disons que j’ai dû venir à l’écriture en lisant, mais que je n’écris plus guère qu’en écrivant.

 

Quels sont les auteurs qui vous ont façonnés ?

 

Vous me pardonnerez cette réponse peut-être démagogique : tous. Mieux – ou pire : tout ce qui est écrit me façonne. La lecture d’une notice pharmaceutique peut me procurer, non seulement des idées, mais des ingrédients stylistiques. Si je réponds à votre question avec toutes les références requises, je serai aussi honteusement incomplet que formidablement ennuyeux : je citerai tous ceux que, décemment, l’on ne peut pas ne pas considérer comme d’immenses maîtres, les grands génies de ce monde, inaccessibles à toute esbroufe critique. Ceux que, de manière assez désinvolte, l’on se contente de qualifier de « classiques. » Maintenant, je veux bien essayer d’affiner un peu, même si je cultive le vice et la vertu de l’hétéroclite. Pour m’en tenir à mes contemporains français, j’ai une admiration littéraire sans borne quoique idéologiquement raisonnée pour Richard Millet ; pour ne rien dire de Christian Gailly, Alain Fleischer ou André Blanchard, injustement négligé. Quelque chose me touche beaucoup dans le découragement de Michel Houellebecq, un sentiment de reconnaissance immédiate, de complicité animale, qu’il doit peut-être veiller à ne pas gâcher. Beaucoup d’autres encore, quelqu’un comme Jack-Alain Léger par exemple, que je regrette de n’avoir connu que sur le tard, grâce à ma femme. Tous, à leur manière, par d’insondables voies, me ramènent à moi, et peut-être à ce qui demeure en moi d’irrémédiablement français. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est sortir de ce qui m'affaire. Moyennant quoi, je prends toujours quelques leçons désespérantes et définitives avec Juan Manuel de Prada, Richard Powers, Antonio Munoz Molina, José Saramago, Paula Fox, J.G. Ballard, Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Donald Westlake, jusqu’à Jeffrey Deaver ou Stephen King. Je me demande juste ce que je fais de ces lectures. Ou ce qu’elles font de moi.

 

Avez-vous commencé un nouveau roman ?

 

Oui, et davantage encore. Mais c’est long, imprévisible, et jamais satisfaisant. Pour tout vous dire, j’ai pratiquement terminé un roman, deux autres font semblant de dormir sur l’établi, quelques idées macèrent dans leur coin, et j’attends un peu avant de faire paraître une réflexion sur le travail d’écriture. J’attends, en fait, d’être au point avec moi-même sur ce sujet tellement galvaudé…

 

Vos nouvelles sont noires, sombres, tragiques. Votre écriture mêle humour et regard anthropométrique sur les individus et la société. Une forme de pessimisme ou une façon de faire passer la pilule ?

 

Je ne les crois pas si noires que cela. Mais il est vrai qu’elles ne feront rire qu’à la condition de partager avec le narrateur un regard aimablement amer sur l’épopée humaine et individuelle. Je ne m’attache pas spécialement à exhumer le petit tas d’immondices et de secrets dont l’humain est aussi fait, je me borne à enregistrer notre perpétuelle tentation maléfique. Voyez-vous, je crois davantage au Diable qu’à Dieu, même si l’assertion est théologiquement irrecevable... Si le Diable a ce visage éminemment sympathique, ce n’est pas seulement en ce qu’il représente la tentation, ça c’est un truc pour la catéchèse ou les ligues de vertu, mais parce qu’il impose un retournement des certitudes, des lieux communs, du socle moral un peu stupidement collectif qui nous constitue. Jésus fut révolutionnaire, le Diable ne cesse jamais de l’être. Je suis sans doute infiniment plus français que J.G. Ballard, mais je me retrouve beaucoup dans ce que je perçois de lui. Lisant Sauvagerie, récemment, je me suis senti en très étroite communauté d’intention avec lui, avec cette espèce de gravité sociologique autour de laquelle il fait tourner ses angoisses mâtinées de drolatique et d’abattement. Ce n’est pas du cynisme, plutôt un accablement qu’il s’agit à chaque instant de dominer, et de dépasser. Maintenant, je crois en effet que je suis habité par une forme très ancienne de pessimisme historique, dont, chacun à leur manière, mes livres précédents témoignaient déjà. Pessimisme qui exprime tout autant la forme irréfléchie de mon rapport au monde qu’une méthode un peu naïve pour contourner ou ajourner le désappointement ou le malheur. J’en ignore l’origine. Cela dit, je ne souhaite en aucun cas l’identifier.

 

Comment traitez-vous le matériau que représente votre propre expérience, votre vécu, lorsque vous écrivez ?

 

Etrangement, ce recueil constitue sans doute le plus autobiographique de mes livres. Etrangement, parce que, sur le papier, Et je dirai au monde toute la haine qu’il m’inspire, mais plus encore Monsieur Lévy, était hantés par mon expérience, ils s’y nourrissaient expressément. Mais la joie évoquée plus haut à propos de ces nouvelles tient sans doute au fait que je crois avoir réussi, quasiinconsciemment, à faire du matériau biographique intime une pure matière à création. Pour autant, rien de ce qui a pu ou peut être fondamental dans ma vie n’apparaît ici ; à l’exception notoire, revendiquée, de l’histoire de ce jeune homme hospitalisé, pour ne rien dire évidemment de la déclaration d’amour qui clôt le recueil… En revanche, ont remonté à la surface de ma mémoire d’innombrables détails, anecdotes, paysages, caractères, qui apparaissent donc ici entièrement fondus, dégorgés, si je puis dire, dans la centrifugeuse à recréation.

 

Un personnage revient dans chacune de vos nouvelles, sous des traits toujours différents, celui de Géraldine Bouvier. Qui est-elle ?

 

Je ne sais pas. Un horizon, un indice, une allégorie, une obsession, un gimmick, que sais-je encore. Peut-être incarne-t-elle ce lecteur inaccessible dont j’ai besoin pour écrire, cette âme qui accompagne sans juger. Un témoin, en quelque sorte.

 

30 mai 2009

Et que morts s'ensuivent : Géraldine Bouvier continue de mettre le feu à la Belgique...

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Article paru dans Le Vif / L'Express, premier hebdomadaire d'information en Belgique francophone - 22 mai 2009

 

Enfilez sur une brochette un scoliaste, un gypaète, l’omerta et saupoudrez de quelques éphélides kymriques. Vous participez au plus grand festival de jeux de mots, de néologismes et autres réjouissances lexicales. Le titre, judicieux, Et que morts s’ensuivent donne le ton ; onze nouvelles, onze cadavres, onze corps exposés en fin de recueil, selon des épitaphes pour le moins originales. Le lecteur se régale : quand le comique gifle le tragique, la raillerie devient ingénieuse. Les invités, originaux, – un curé-conseiller vinicole, une cantatrice adepte du cannibalisme, une meurtrière occasionnelle allergique, aux rhinites chroniques ou encore une critique littéraire psoriasique victime d’une jeune romancier qu’elle a exécuté –, tous vous raviront. Mais le personnage le plus énigmatique demeure Géraldine Bouvier, sorte de muse faucheuse qui tire son fil d’Ariane à travers toutes les nouvelles. On ne peut s’empêcher d’évoquer le « langage-univers » de Boris Vian, le cirque de l’extrême digne de Houellebecq ou encore le nouveau roman quand Marc Villemain décrit « la compilation des minutes de l’existence » où rien ne se passe. Mais si ce jeune auteur est un creuset de tout cela, il reste avant tout « lui », avec sa verve grinçante et sa leçon de style, digne des grands romanciers du XIXè siècle.
 

M.-D.R

 

20 mai 2009

Et que morts s'ensuivent : Casa, Maison de l'Amérique latine (Belgique)

 

 

 

Les nouvelles de Marc Villemain, publiées dans Et que morts s’ensuivent (Éditions du Seuil), sont succulentes. Ce sont des satires sociales impitoyables, des univers diaboliques, des chroniques grinçantes, douces amères, mais toujours très réussies.
 

 

Si tout l’ouvrage est explosif, la nouvelle qui nous intéresse plus particulièrement est celle publiée sous le titre « Lisa Cornwell ». Lisa Cornwell, une des plus grandes fortunes de la planète, est enlevée par Georges Sanchez, Argentin d’origine. Sanchez fait partie d’un groupe d’idéalistes qui ont commué leur misère sociale en idéal politique.

 

Mais un beau jour, Sanchez en a eu assez d’observer, d’analyser ce capitalisme qui met l’Amérique latine et le monde à genoux. Il a enlevé Lisa Cornwell et... je vous invite à déguster les nouvelles de Villemain.

 

Jean-Michel Klopp - Rubrique Lettres des Amériques
Casa, n° 60 - Mars 2009

 

14 mai 2009

Et que morts s'ensuivent : Le Soir (Belgique)

 

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Tout frais Grand Prix SGDL, l’auteur aligne onze épatantes nouvelles, contemporaines, noires de noires, drôlement tragiques, tragiquement drôles. Copines chez l’esthéticienne, critique littéraire à psoriasis, infirmière déprimée, héritière richissime, inventeur maniaque et autres voient la mort de près, amenée parfois par la curieuse Géraldine Bouvier qui apparaît sous divers aspects. (L. C.)
 

6 mai 2009

Grand Prix 2009 de la Nouvelle

SGDL

 

 

 

 

Et que morts s'ensuivent vient de se voir décerner, par la Société des Gens De Lettres (site), le Grand Prix 2009 de la Nouvelle.

Comme qui dirait une bonne nouvelle.

25 avril 2009

Littérature & Internet : BSC News Magazine

 

 

Le numéro spécial de BSC NEWS MAGAZINE vient donc de paraître, incluant un dossier Littérature & Internet.

 

Vous pouvez lire l'entretien que j'y donne en cliquant sur BSC2.

 

À lire aussi : les propos qu'y tiennent Éric Bonnargent ou Éric Poindron, qui, avec les nuances propres à leurs pratiques, se rejoignent sur l'essentiel, à savoir la nécessité de savoir ce que l'on fait quand on écrit — blog ou pas blog.

22 avril 2009

Ce que nous sommes


Nous sommes des solitudes qui, de temps en temps, acceptent qu'on les accompagne. Elles s'acculent à l'unisson.

 

20 avril 2009

J.G. Ballard est mort

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25 mars 2009

Signature à l'Écume des Pages

 

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Signature et rencontre avec les lecteurs, demain jeudi 26 mars entre 18 et 20 heures, à L'écume des Pages - 174, boulevard Saint-Germain Paris VI.

 

21 mars 2009

Théâtre : L'Habilleur - Ronald Harwood

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Au sortir du Théâtre Rive Gauche, Marie et moi n'avons d'autre mot à nous dire que : "Il n'y a rien à dire". Si notre esprit critique a certes tendance, par principe, à baisser la garde devant Laurent Terzieff, nous ne voyons pourtant rien, vraiment rien, ici, qui puisse susciter la moindre réserve, presque la moindre conversation. Ce fut un moment parfait, nous le savons - et nous le savions dès les premiers instants.

 

L'entièreté du mérite n'en revient certes pas à Laurent Terzieff, mais il est difficile de faire abstraction du génie profond, de la présence et de l'absolue souveraineté de ce comédien dont on pourrait penser qu'il habite davantage le théâtre que ce dernier ne l'habite. Car il y a bien quelque chose de cela : on ne jouit pas d'une telle intimité avec les règles du genre, écrites et non-écrites, on ne saisit pas aussi ardemment le spectateur d'un mot, d'un geste ou d'un rictus, sans être constitutif de l'idée même du théâtre et de sa légende. Il est assez prodigieux de contempler ce comédien qui, a soixante-treize ans, donne, le temps d'une pièce - ici deux heures trente, tout de même - ce qu'il y a de plus haut et de plus abouti en lui. Ce don permanent, si l'on mettait de côté le travail, la passion, l'abnégation, aurait quelque chose d'assez voisin du miracle. Jamais la moindre faute, jamais le moindre écart : Terzieff est une école de justesse à lui seul. Il est à lui seul le témoignage et l'hommage au théâtre tout entier : il en porte l'histoire, la science, les secrets, il est le témoin d'une puissance telle qu'on la lui dirait transmise par quelque obscure et lointaine transcendance. Et si l'on peut seulement se désoler qu'il s'émacie davantage à chacune de ses nouvelles apparitions, force est de constater qu'il est ou redevient, sur scène, un beau jeune homme, capable d'autant de facéties enfantines que de saillies désespérées ; de jouer la vie aussi bien que la mort.

 

L_habilleur___Avant_sc_neDonc, il y a quelque chose d'un peu inéquitable à n'évoquer ici que le magistère de Laurent Terzieff - car il faudrait louer chacun, à commencer par Claude Aufaure, remarquable quels que soient les registres, immense comédien lui aussi, partenaire historique certes mais comme qui dirait naturel de Laurent Terzieff, et attribuer une mention spéciale à Philippe Laudenbach, qui incarne avec grand talent un personnage décalé, impétueux, sarcastique et en tous points réjouissants. D'autant plus inéquitable, donc, que L'habilleur est un hommage au théâtre et aux troupes qui en font l'histoire et la légende. Moyennant quoi, à certains moments, et pas seulement lorsque la mise en scène nous invite à tourner notre regard et à explorer les coulisses comme une scène qui dès lors n'aurait plus rien à envier à l'autre, me suis-je fait la réflexion que nous riions comme riaient sans doute ceux qui assistaient aux mises en scène du temps de Molière. Le procédé est classique, mais il permet ici de magnifier la figure du comédien, de dire combien sa passion charrie d'angoisses insurmontables et de montrer les affres qu'elle l'oblige à endosser.

 

L'habilleur est donc à la fois un hommage au théâtre et le témoignage de son immanente et perpétuelle actualité. La scène se déroule pendant la dernière grande guerre, en Angleterre. L'aviation allemande bombarde la ville alors que les comédiens s'apprêtent à jouer Le Roi Lear, et que le "Maître" (Laurent Terzieff), revenu de la ville où il s'était laissé égarer, se confronte au doute, dans sa loge, accablé par un sentiment puissant et complexe d'inutilité et de vacuité. Le Maître divague, il tâtonne et se maintient en un équilibre très précaire. Jusqu'au moment où son brave, loyal et roublard serviteur (Claude Aufaure) l'informe que "ce soir, on fait salle comble". Éclat dans le regard ressuscité du maître, regain d'intérêt pour la vie - pour le théâtre : le public est revenu, il est là, toujours là. Et le Maître, requinqué, plus souverain que jamais, de s'en prendre aux bombardements : "Mr Hitler rend la vie très difficile aux compagnies shakespeariennes". La pièce dans la pièce va pouvoir commencer, et ce seront plus de deux heures de tumulte, de déchirements, de roublardises, de déclamations, personnages et comédiens se confondant aux yeux d'un public qui en redemande et qui, assistant au dédoublement des uns et des autres, pourra parfois se demander qui est le public de qui. Histoire de dire que l'homme et le comédien ne font qu'un, que la vie du comédien est la comédie même ; que vivre et représenter, que vivre et jouer sont deux manières indifférenciées de se doter d'une existence.

 

Tout dès lors est remarquable, et la troupe, virevoltante, rend son hommage unanime au théâtre avec force maestria, humour, intelligence, trouvant d'emblée ses marques autour de ce déjà vieux couple que forment Terzieff et Aufaure, plus sensibles et lumineux que jamais. Elle sert un texte très vif, serré, percutant, diabolique à souhait, dont tous les tiroirs sont destinés à être ouverts. Tout cela pour aboutir à ce chant qu'entonnent les hommes de qualité dans un même élan de joie combative, afin que perdure une exigence esthétique qui, bien sûr, a tout d'une éthique. 

 

 

L'HABILLEUR - Ronald Harwood
Adaptation : Dominique Hollier
Mise en scène : Laurent Terzieff
AvecLaurent Terzieff (Le Maître), Claude Aufaure (Norman), Michèle Simonnet (Madge),
Jacques Marchand (Geoffrey Thornton), Nicolle Vassel (Lady M.), Philippe Laudenbach (Mr Oxenby),
Émilie Chevrillon (Irène).

19 mars 2009

Et que morts s'ensuivent : Sélection de Sud-Ouest

 

Sélection du Cahier des Livres du journal Sud Ouest, dimanche 15 mars 2009.

Machine à occire
 

Nouvelles. À l’homme de Paul Valéry, « prévu pour plus d’éventualités qu’il n’en peut connaître », correspond ici la figure floue de Géraldine Bouvier dont la récurrence épouse tous les rôles secondaires. Des notices nécrologiques pleines d’un humour glacé neutralisent en fin d’ouvrage la fonction romanesque esquissée à travers cette kyrielle de destins éphémères. L’auteur manie la machine à occire avec une cruauté réjouissante. (L.G.)

 

12 mars 2009

Bloggeurs, le Top 9

 

Paru dans le magazine Technikart - Mars 2009

 

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Ils écrivent sur Internet, ce qui ne les a pas empêchés de le faire aussi dans de vrais livres avec de vraies pages qu'on tourne. La blog sélection de "Tech".

 

Marc Z. Danielewski, L'amerloque ; Eric Chevillard, Le gallinacé ; François Bon, Le Pionnier, Pierre Assouline, L'institution ; Claro, Le stakhanoviste ; Anna Sam, La caissière ; Marc Villemain, L'inventif ; David Foenkinos, Le roi des salons ; Chloé Delaume, La geekette.



VILLEMAINm_OpalJF_29490_18MARC VILLEMAIN, L'INVENTIF

 

Écrivain et chroniqueur littéraire, celui-ci tenait un blog littéraire classique. Au moment où paraît son (bon) recueil de nouvelles ("Et que morts s'ensuivent"), il a l'idée de lancer un blog concept où sept auteurs écrivent en marabout-de-ficelle. HTTP://LESSEPTMAINS.CANALBLOG.COM

 

Étienne Ducros et Baptiste Liger

 

9 mars 2009

Et que morts s'ensuivent : Nicolas Gary dans ActuaLitté

Une étonnant critique, signée Nicolas Gary, sur ActuaLitté.

 

Amateurs de rubriques nécrologiques, férus de chiens écrasés et vous autres adeptes de crimes ordinaires, le chroniqueur le plus acéré de ce XXIe siècle vient de signer l'ouvrage de votre vie. Marc Villemain a le mérite de ne pas tromper son lecteur. Dans une succession de nouvelles, ce grand malade — car nous devons appeler un chat, un chat — tue, mutile, suicide à tour de bras d'innocents personnages lesquels n'auront pas eu la chance de naître sous la plume compatissante d'un Marc Levy qui les aurait tendrement choyés dans une intrigue sentimentale médiocre, certes, mais au moins plus reposante.

Dans un style qui s'approche régulièrement du pointillisme et de la rigueur d'un médecin légiste et avec cet humour épars que l'on attribue aux cimetières, M. Villemain nous décortique onze décès purement de son fait. Aussi, puisque la peine de mort a été abolie alors que je n'avais pas encore le droit de vote, je propose en guise de peine qu'on lui impose le même traitement que le personnage d'Orange mécanique, ça lui fera les mains. Et les pieds.

Médecin légiste, oui, car son écriture est précise, détaillée et même froide dans les premiers textes. Non que les suivants en deviennent chaleureux, mais une ambiance moins tendue – stylistiquement, bien sûr – y succède. Petit inventaire : nous avons donc deux « soeurs stellaires » dont l'une plantera une fourchette dans l'oeil de l'autre ; une critique littéraire acerbe qui risque de ne plus marcher droit ; une mécène prise en otage par un pseudo et apprenti terroriste ; un ingénieur en cosmétique dont la vie est une ruine.

Et permettez que j'en passe, des plus cocasses. Alors pour le coup, oui, les morts vont défiler, comme un cortège de macchabées attendant patiemment la guillotine qui leur ôtera la vie. Toutefois, si la préméditation est indéniable, l'auteur ne pourra pas être accusé de masochisme : c'est en effet sans plaisir manifeste qu'il trucide, un peu comme le bourreau lassé de voir rouler les têtes. Ce qui n'empêchera pas le lecteur frétillant de savourer ces morts comme l'on se délecterait d'une tranche de gâche vendéenne, tartinée de nutella...

M. Villemain, votre livre est d'autant mieux ficelé qu'il ne s'agit pas de nouvelles. Menteur, va ! Non, c'est un roman qui se dissimule sou couvert de nous faire l'inventaire, à la Prévert, d'une série de drame humain. Encore que j'ai bien ri, en découvrant la fameuse mécène que les forces de l'ordre venaient sauver de son ravisseur se faire tuer d'une balle, alors que c'est le preneur d'otage qui était visé. Que l'on se rassure, ce dernier y passera aussi. Couac, et la morale est sauve. Un roman donc, car finalement, tous ces personnages sont liés entre eux, par une sorte de réseau que l'on ne découvrira qu'à la fin, et qui tissera les connexions immanquables, dans ce que vous avez nommé Exposition des corps.

L'absurde, c'est le tragique qui s'ignore, disait Ionesco, me semble-t-il, ou bien son frère, et l'absurdité dans laquelle vous plongez ces malheureux en devient vraiment délicieuse. Âmes sensibles, s'abstenir : ici on débite du cadavre au kilo. Et quel rendement !

8 mars 2009

Et que mort s'ensuivent : Gerald Messadié dans Le Magazine des Livres

Mag_des_Livres
 

Gérald Messadié, dans la dernière livraison du Magazine des Livres, s'attaque donc à Et que morts s'ensuivent. Il y a trouvé, dit-il, un poison fatal.

Pour lire l'article, cliquer sur MESSADIE (fichier format pdf).

4 mars 2009

Et que mort s'ensuivent : Thierry Germain, dans Esprit Critique

 

 

C'est avec une certaine émotion que j'ai pris connaissance de l'article que Thierry Germain consacre à mon recueil de nouvelles. Je sais qu'il me lit depuis toujours, ou presque, qu'il a lu Monsieur Lévy aussi bien que Et je dirai au monde toute la haine qu'il m'inspire, et ceci explique très probablement l'acuité, la justesse et la profondeur de son propos. Je ne saurais décemment en dire plus, et seulement vous inviter à le lire, en cliquant ici, sur Thierry_Germain (fichier format pdf).

4 mars 2009

Du Grognard

 

 

Le numéro 9 de la revue Le Grognard vient de paraître. Sous la tutelle de Stéphane Beau, Stéphane Prat et Goulven le Brech, cette jolie revue à l'apparence aussi désuète que son ton est vif poursuit son bonhomme de chemin - ce qui ne signifie pas, tant s'en faut, que celui-ci est balisé...

 

Petite particularité de ce numéro : j'y publie un assez long texte, intitulé Écrire, dit-il.
 

3 mars 2009

Et que morts s'ensuivent : le livre du jour d'EVENE

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Et que morts s'ensuivent est Le livre du jour du site EVENE, et fait l'objet d'une critique d'Emilie Vitel.

 

Qui connaît ou croise une Géraldine Bouvier ferait mieux de se tenir sur ses gardes. Car cette madame Toulemonde, qui assiste sans mot dire aux exécutions les plus arbitraires, n’est autre que le second rôle favori des nouvelles de Marc Villemain, un personnage clé, en somme, dans l’affaire de cet écrivain tueur en série. Et que morts s’ensuivent tient volontiers sa promesse : en quelque 165 pages, l’auteur règle leur compte à onze innocentes victimes, dans des circonstances toujours plus extravagantes. A la fois meurtrier et enquêteur, il sillonne la France et les époques en quête de la proie idéale. Celle-ci s’appelle Nicole Lambert, Matthieu Vilmin ou Edmond de La Brise d’Aussac. Cantatrice, curé ou icône sacrifiée sur l’autel de la vindicte populaire, elle cristallise le vide de l’existence et porte sur ses épaules le poids des contraintes sociales. Le ton frais et gouailleur tourne vite au sarcasme cinglant. Marc Villemain nourrit une tension délicieuse, mène ses personnages droit à la catastrophe, et réduit les tragédies à de simples anecdotes. A force de détails croustillants, il excite une curiosité malsaine, va jusqu’à réveiller certains penchants sadiques, et mène la danse jusqu’à l’apothéose. Imagé, millimétré, sordide à souhait, Et que morts s’ensuivent s’impose comme un recueil palpitant, digne du Petit Journal et autres quotidiens de faits divers qui tenaient autrefois les Français en haleine.

 

par Émilie Vitel

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