Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Marc Villemain
28 mars 2007

Habillé pour la vie

 

Il se laisse facilement, tranquillement, presque douillettement envelopper par la fatigue de vivre. Il lui suffit, alors qu'il s'éveille, de regarder et d'écouter alentour. Il sait que l'acharnement à vivre n'est plus compatible avec la mission d'exister.

Dit avec davantage de talent, celui de Louis Calaferte (Situation - Carnets XIII - 1991) : « Clairement concevoir l'essentiel de la vie — s'y tenir. »

3 janvier 2007

Les acteurs

 

Disons les choses simplement. L'éclosion et le lent enracinement de l'aspiration démocratique, densifiée à l'extrême lorsque les idéologies prométhéennes prirent le relais, ont donné à l'individu le sentiment de sa puissance en tant qu'acteur de l'histoire. De ce sentiment, nous ne nousdéferons pas facilement - suivant le principe de l'avantage acquis. De grands acteurs existent pourtant ; ils sont pour la plupart connus, quelles qu'aient été par ailleurs les conséquences de leurs actions. Mais ils sont peu nombreux, galvaudés parfois, récupérés toujours, méconnus le plus souvent. Le gros des troupes humaines, ceux-là mêmes qui forment les bataillons de la démocratie, est exclu de cette geste de l'action : nous ne sommes en réalité que des spectateurs, dans le meilleur des cas des témoins - mais des témoins voués au mutisme.

 

Le franchissement arithmétique des années, chaque 1er janvier, est un artifice calendaire ludique et symbolique qui ne saurait détourner de cette lucidité : nos vœux, pour la plus grande part d'entre eux, demeureront pieux. Et le plus vraisemblable est que notre avidité à nous sentir acteurs de l'histoire ne conduise guère qu'à aggraver les choses. Je comprends qu'on puisse s'en attrister.

 

23 novembre 2006

Du sexe des anges et de l'amour des animaux...

 

La technologie de Canalblog est à ce point performante (mais ni plus ni moins sans doute que sur n'importe quelle autre plateforme ) que chacun peut aisément savoir qui vient visiter son blog, ce qu'il y fait, et par quel biais il y a atterri. C'est en cliquant par curiosité sur l'option qui permet de savoir quels mots-clés les internautes ont entrés dans leur moteur de recherche pour arriver chez moi que je suis tombé sur cette entrée : « Les techniques pour pénétrer ma chienne ». J'avoue avoir été stoppé net dans mon élan, ahuri (on le serait à moins) que l'on puisse : 1) compter sur Google pour trouver une réponse à une situation aussi délicate ; 2) atterrir avec de telles pensées (de tels projets ?) sur un blog aussi respectable que le mien.

1 décembre 2006

Balthus Underground

 

Les visages dans le matin du métro comme un tableau de Balthus, quand aucun regard ne se croise et qu'aucun oeil ne se toise. Seulement nous, absorbés par la mécanique vitale. Autant d'énergie employée à la conservation d'un job qui, pour la plupart, rétrécit le monde et ne sert qu'à remplir l'auge — mais qui pourrait se plaindre ?

15 décembre 2006

Du courage

 

Pourquoi nous souhaitons-nous si souvent, à la moindre occasion, comme ça, au détour d'un bonjour ou d'un au revoir, pourquoi nous souhaitons-nous si souvent « bon courage » ? D'aucuns méritent cet encouragement : ils souffrent en leur âme ou dans leurs chairs, leur vie est un désastre, ou elle requiert une obstination, une pugnacité, un courage particulier, justifié, exemplaire. Mais cette sollicitude a atteint de tels degrés, s'est répandue à un point tel, qu'elle ne peut décemment recouvrir une quelconque réalité. Prendre son tour dans la queue dans une grande surface, respecter une contrainte professionnelle, circuler sur le périph', sortir acheter des croissants quand le soleil pointe, ou même sans raison, parce qu'il faut bien que la journée se passe : tout est prétexte à cette sollicitude. J'ai chaque jour l'occasion de souhaiter bon courage à mon épouse. Mais je sais pourquoi : ce qu'elle fait dépasse de très, très loin mes capacités physiques, psychologiques et morales, je sais que je m'écroulerais dans un lit d'hôpital au bout de dix jours de son régime, et ne conçois donc la possibilité même de son activité qu'à la condition de faire montre d'un courage que je n'ai pas, moi, à éprouver. Peut-être cela signifie-t-il, donc, que ceux qui nous souhaitent « bon courage » sont ceux-là mêmes qui, en leur for intérieur, savent qu'ils en manquent ? Peut-être. Mais cela va sans doute au-delà de cela. Car si l'on met de côté les cas les plus criants (souffrance, abandon, solitude, misère, deuil, dépression, maladie, terreurs etc.), les occasions pour nos contemporains de faire preuve de courage sont somme toute assez rares. Tout au plus avons-nous besoin, pour vivre au jour le jour, d'un peu de volonté, de fermeté morale et d'énergie. Alors ? Alors il se pourrait bien que notre société, qui promeut comme aucune autre la promesse du bien-être, de la santé, de l'enfance éternelle et de la mort sans douleur, qui valorise comme jamais l'organisation, la planification, la précaution et le contrôle social, qui prête une attention exorbitante aux moindres caprices, aux moindres plaintes, aux moindres frustrations, ne soit plus en mesure d'appréhender le dépassement de soi, de comprendre l'effort résigné, silencieux, assumé, d'accepter, même, l'idée que la vie n'est pas jouissance perpétuelle. Tant et si bien que nous faisons de nos petits tracas motif de grandes doléances, et que nous nous sentons sincèrement satisfaits de nous-mêmes lorsque nous avons pu les surpasser. Laissant le vrai courage à d'autres — ceux qui n'ont pas même le loisir de s'en prévaloir.

 

14 octobre 2006

Regarde-moi !

 

Jardins du Luxembourg. Les enfants ne cessent d'interpeller leurs parents pour leur montrer se dont ils se sentent fiers : « Papa, Maman, regarde ! » (tout juste sont-ils parvenus à se suspendre à une corde ou à glisser sur un toboggan sans se ramasser). Et nous ? Nous devenus des grands, en aurons-nous jamais fini de vouloir prouver à nos parents ce dont nous sommes fiers ou pas trop honteux ? Qu'il ne soit plus là n'y change rien : je m'entends parfois, comme dans un murmure, lui lancer, à mon tour : « Papa, regarde ! »


 

7 novembre 2006

Les cahiers au feu

 

Avant de me débarrasser une fois pour toutes de mes journaux intimes, les vrais, ceux que l'on écrit à un âge où l'on ne se supporte pas plus soi-même qu'on ne supporte ce qui nous entoure, je ne peux évidemment pas m'empêcher de les parcourir, ne serait-ce que pour m'assurer qu'il n'y aurait pas là, allez savoir, un souvenir, une anecdote, un bon mot pourquoi pas, qui pourraient m'être utiles. Eh bien, non ! Comme prévu : peu de choses — rien. Sauf lorsque j'y suis authentique, ce qui est rare. Alors, ça et là, perce quelque éclair de lucidité douloureuse - ainsi cette note du 15 mai 1993 : « Deux heures du matin - Lecture du Journal de Kafka. C'est à désespérer d'écrire. Serait-ce alors la vanité qui me susurre d'essayer quand même ? »

11 octobre 2006

Dernière cigarette avant...

 

Enfin, on respire ! Nous avons, chers amis fumeurs, encore une bonne année devant nous. Youpi youplaboum. Nous devrons certes continuer d'essuyer les œillades souffreteuses, les soupirs horripilés et autre jérémiades scandalisées des honnêtes citoyens que nous cancérisons à longueur de temps, mais au moins disposons-nous d'une année supplémentaire de préparation psychologique à la Grande Interdiction.

 

J'ai perdu pour ma part le goût du donquichottisme : je ne me battrai pas (et d'ailleurs, comment le ferais-je ?) contre les moulins législateurs à purifier le vent qui ont trouvé à s'unir et, une fois n'est pas coutume, en s'appuyant sur un vaste mouvement populaire. Je serai docile, obéissant, légaliste ; mieux : je m'engage à continuer d'user de mon droit de vote sans aucunement me soucier de pénaliser ceux qui n'auront fait qu'incarner l'intérêt général en transformant un agacement majoritaire en loi.

 

Reste que la société ne doit pas rêver : une fois la cigarette et ses avatars éliminés du grand tout social, d'autres fléaux prendront le relais de l'unanime condamnation - et eux-mêmes soulèveront leurs vagues de protestations rageuses et de législations purificatrices. Les Italiens, fiers d'avoir réduit leur fumeurs à l'état d'irresponsables clandestins pathologiques, doivent maintenant prendre la mesure des ravages provoqués par l'alcoolémie, principale compensation que nos amis transalpins aient trouvé pour compenser leurs carences en nicotine. J'ai hâte de voir ce combat-là arriver en France, pays dont la sobriété en matière de consommation d'alcool est on ne peut plus légendaire.

 

Il m'est permis toutefois d'interroger certaines limites de ce dispositif répressif. Aussi n'est-ce pas à moi que je pense en cet instant, mais à ces pauvres vieillards, déjà abandonnés par les leurs (lorsqu'ils en ont) dans des maisons de retraite, et à qui monsieur le ministre Xavier Bertrand vient d'interdire de fumer dans leurs chambres, "même si, juridiquement, il s'agit d'un substitut du domicile". Voilà qui a le mérite de la clarté : l'Etat vient donc légiférer jusque dans nos chambres - fussent-elles des "substituts". Pauvres vieux, qui regardent seuls venir la mort, et qui n'ont plus même droit à ce minuscule plaisir qui tient les hommes depuis qu'ils font société : se droguer doucement, paisiblement, sereinement, afin que la vie, quand l'état du corps le leur permet, soit un peu moins  insupportable.

 

3 novembre 2006

Bastille à (re)prendre

 

Je pense avoir été des rares spectateurs indirects, en tout cas résolument extérieurs aux institutions judiciaires, à répondre, il y a quelques semaines de cela, au questionnaire qui fit suite aux États généraux de la condition pénitentiaire, organisés par l'Observatoire International des Prisons (OIP). Spectateur indirect, disais-je, puisque je partage mon existence avec une pénaliste et qu'à ce titre, quelle que soit par ailleurs ma très ancienne et très spontanée allergie à certaines manifestations de la violence légale, mon intérêt initial pour l'univers carcéral et pour tout ce qui a trait, de près ou de loin, à la privation de liberté, s'en est peu à peu trouvé enrichi.

 

Ce qui est en cause ici, ce n'est pas la prison dans son principe — tout groupement humain doit pouvoir stopper dans son élan un individu qui s'avérerait immédiatement dangereux pour ses congénères. C'est bien là le seul intérêt (et le seul but officiel, faut-il le rappeler) de l'emprisonnement : protéger les individus et la société en empêchant d'agir celles ou ceux qui pourraient leur nuire. Cette vision est naturellement idyllique, et nul n'a jamais connu de geôles confortables — sauf, peut-être, certaines personnalités très fortunées ou jouissant d'un entregent peu ordinaire. Et si l'exemple nordique, le plus proche de l'idéal d'un univers carcéral respectueux des droits humains, semble commencer à faire quelques émules chez nous, nous n'y sommes pas encore, tant s'en faut.

 

Ce que nous savons de manière certaine, et dont attestent toutes les enquêtes sérieuses, c'est que, au fil du temps, la prison française est devenue criminogène. Autrement dit, celui qui en sort aujourd'hui a plus de chances de commettre de nouveaux délits que de retrouver une existence que l'on qualifiera, faute de mieux, de normale. Il y a à cela mille raisons, qu'on pourra se contenter d'énumérer : désintérêt général, renoncement du politique, durcissement unanime des politiques de répression, peines exorbitantes, diminution des budgets, mauvaise ou insuffisante formation des acteurs, etc... Mais la raison essentielle, et d'autres l'ont dit infiniment mieux que moi, c'est que la société a les prisons, non seulement qu'elle mérite, mais qu'elle veut. C'est une volonté du temps qui a fait des prisons françaises ce qu'elles sont — les pires d'Europe, selon un Rapport du Conseil de l'Europe paru l'an dernier. Or un certain pessimisme me semble de mise : rien, dans la société, n'indique un quelconque début de commencement de renversement. Ce qui, hier encore, passait pour un fait divers tout juste bon pour la presse locale, fait aujourd'hui les choux gras des grands médias nationaux : à cette aune, et elle est décisive, l'on voit mal ce qui pourrait déclencher un quelconque mouvement — malgré l'action résolue de l'OIP. La campagne présidentielle qui s'amorce n'y aidera d'ailleurs pas : vous verrez que, d'ici le printemps, quelques faits divers sitôt oubliés donneront moult arguments à certains (voire à tous) pour muscler leurs discours. Il faudra donc attendre que le peuple français (dont on nous explique aujourd'hui qu'il serait le meilleur expert de l'évaluation politique) ait admis l'idée que, non contente d'être résolument immorale et anti-républicaine, la prison française est tout bonnement inefficace et contre-productive. Ce temps arrivera, mais quand ?

12 novembre 2006

Baccalauréat

 

Qui est autorisé à me dire : « tu dois » ? Ce fut le sujet de l'épreuve écrite de français du baccalauréat, lorsque je le passai. Rétrospectivement, je me dis que c'est assez drôle d'être tombé sur cette question : je n'ai eu de cesse, depuis, de me la poser. Je n'avais récolté qu'un modeste 12/20, mais sans doute ne ferais-je pas beaucoup mieux aujourd'hui — ne serait-ce que parce que je continue d'ignorer la réponse.

 

12 décembre 2006

Porte close

 

Merci à Lignes de fuite d'avoir déniché le texte, magnifique, de la conférence prononcée par Orhan Pamuk le 7 décembre dernier, lors de la remise de son prix Nobel. Non sans quelque bonne raison, j'en retiens le même extrait, tout en vous invitant instamment à lire le texte intégral sur le site de la Fondation Nobel.

« Pour devenir écrivain, il faut avoir, avant la patience et le goût des privations, un instinct de fuir la foule, la société, la vie ordinaire, les choses quotidiennes partagées par tout le monde, et de s'enfermer dans une chambre. Nous, écrivains, avons besoin de la patience et de l'espérance pour rechercher les fondements, en nous-mêmes, du monde que nous créons, mais le besoin de nous enfermer dans une chambre, une chambre pleine de livres, est la première chose qui nous motive. Celui qui marque le début de la littérature moderne, le premier grand exemple d'écrivain libre et de lecteur affranchi des contraintes et des préjugés, qui a le premier discuté les mots des autres sans rien écouter que sa propre conscience, qui a fondé son monde sur son dialogue avec les autres livres, est évidemment Montaigne. Montaigne est un des écrivains à la lecture desquels mon père revenait sans cesse et m'incitait toujours. Je veux me considérer comme appartenant à cette tradition d'écrivains qui, que ce soit en Orient ou en Occident, se démarquent de la société, quelle qu'elle soit, où ils vivent, pour s'enfermer dans une chambre pleine de livres. Pour moi, l'homme dans sa bibliothèque est le lieu où se fonde la vraie littérature. »

17 novembre 2006

Journal du 6 février 1996


Je fouille et farfouille toujours dans mes vieux journaux, non sans quelque malaise. J'en conserve certains états, certains mots — à fins d'archivage, mais aussi parce que, pour certains d'entre eux et sans nécessairement le partager, comme c'est le cas ci-dessous, j'en entends encore l'esprit.

     On demande trop à la vie. Elle n'est qu'un processus. Nous nous agitons : en vain. Seule l'extase intérieure, seul le côtoiement passager de la folie peuvent, à cette vie qui s'impose, ajouter quelque sens et beauté. Qu'importe de vivre s'il n'y a pas d'œuvre à la clé ? Vingt-sept ans, et pas l'ombre d'un commencement d'œuvre en vue.

 

14 novembre 2006

Sensuel Stendhal

 

Ce joli trait, au chapitre VII du Rouge et le Noir : « Comme il faisait chaud, son bras était tout à fait nu sous son châle, et le mouvement de Julien, en portant la main à ses lèvres, l'avait entièrement découvert. Au bout de quelques instants, elle se gronda elle-même, il lui sembla qu'elle n'avait pas été assez rapidement indignée. »

26 janvier 2007

Ne rien laisser


Viennent un moment, un âge, une condition, où l'on accueille naturellement ses contradictions, ses failles et sa banalité. On le fait sans honte : le héros en nous est mort et enterré. On ne sauvera pas le monde. On ne laissera rien derrière nous. On aura tergiversé entre ambitions et lassitudes, slalomé entre lâchetés et velléités, sombré d'éclats en démissions : cela s'appelle faire de son mieux. Le monde nous montrera du doigt : c'est qu'il est fautif de se résigner, c'est l'indice d'une faiblesse, d'un égoïsme. Autour de nous des êtres souffrent, des peuples meurent et des civilisations s'éteignent : nous y répondons par la magie. Les sociétés croient s'organiser en rendant coup pour coup aux désordres — mais sont-elles vraiment dupes ? Elles promeuvent comme jamais l'impératif communicationnel, y consacrent, même, beaucoup d'argent, mais nous avons égaré jusqu'aux règles de la conversation. Ce moment où l'individu se sent comme libéré du monde sans être sourd à sa tragédie, et même en en portant sa part propre, déroute la communauté. Aussi a-t-on rarement assisté à autant de stigmatisations, d'anathèmes, d'exclusions, dans un pays où chaque citoyen est devenu le procureur de l'autre. C'est un sacré sentiment de plénitude luxueuse que de pouvoir tourner le dos au monde sans que rien ni personne ne nous convainquent d'y faire face — puisque quand nous y faisons face, seul l'échec fait écho. Il est réconfortant de songer que nous n'aurons rien laissé qui justifiât que l'on soit regretté.

24 octobre 2006

C'est la ouate

 

Il est déconcertant de vouloir écrire, d'en éprouver le désir — de l'éprouver, même, avec une certaine vivacité — et de ne rien trouver à écrire. Ce n'est pas le syndrome de la page blanche, du moins pas tout à fait. On sent surtout s'interposer entre soi et le monde une sorte de pellicule, un écran de ouate — des poussières parasites qui tuent dans l'œuf toute représentation, tout sentiment naissant. L'indifférence ne nous emporte pas, ou pas forcément ; nous sommes plus près d'un état que recouvre une forme de mutisme ou d'atterrement. Quelque chose d'impérieux, d'impérial. La volonté ne peut, seule, en venir à bout, pas plus que le désir, ou même le travail. Il faut attendre. Non que cela passe, mais que ce qui naît et semble vouloir se mouvoir en soi ait achevé sa course, soit allé au bout de ses petites œuvres. Il faut laisser aller la chose en soi, accepter d'attendre qu'elle se soit épanchée et ait tout recouvert, dans une attitude d'ouverture, de consentement, de contemplation active. Et cela ne tient qu'à un fil. Est-ce à dire que la machine en nous à fabriquer les mots peut s'émanciper de l'idée ou de la pensée ? Je ne crois pas — même s'il n'est d'aucune utilité d'avoir quelque chose à dire pour l'écrire. Simplement que l'idée et la pensée ont besoin de temps, et qu'elles nous manipulent.

 

29 septembre 2006

Ecrire et bruire

 

Une brasserie parisienne où j'ai quelques habitudes. Aucun goût notable, aucune originalité, rien ne se distingue, aucune sociologie attitrée, aucun code ni signe de reconnaissance, juste les gens du quartier, ou ceux qui y travaillent, ou les touristes. Ambiance sonore maximale : on se croirait dans une de ces discothèques des années quatre-vingt, criardes, kitsch, sans âme. Mais comme partout où l'homme a ses habitudes, bien sûr on est gentil avec vous. Je connais les serveurs, ce sont des bosseurs efficaces, serviables, toujours une attention pour moi. L'un d'eux me demande comment je fais pour lire dans tout ce bordel. Faute de mieux, je lui réponds que c'est un bon exercice. N'empêche, je ne pouvais jusqu'à présent ni lire ni écrire sans qu'ait été fait le plus complet silence : le passage d'une voiture dans la rue, le goutte-à-goutte d'un robinet, le bruit de pas des voisins dans l'escalier, un lointain grésillement, tout me troublait au point de m'empêcher d'écrire — ou au point de m'en donner le prétexte. Ici, maintenant, dans ce capharnaüm où tout s'efface tant tout est recouvert,  je peux lire et écrire. Sans doute parce que la lourdeur ambiante, cette vulgarité qui bruit de tous les bruits de la mécanique quotidienne, m'oblige, par esprit de contradiction et comme pour rétablir l'équilibre, à une certaine dignité dans la pose. Mais plus sûrement parce je trouve alors quelque chose d'autre à fuir que moi-même.

 

13 novembre 2006

Journal du 13 août 1993

 

Je retrouve cette note dans mon journal du 13 août 1993.

Dur de trouver sa voie. Enfant chargé de rêves, d'idéaux et de destinées glorieuses ; qui a toujours voulu être le meilleur et ne s'en est jamais donné les moyens ; qui a toujours voulu faire croire qu'il était différent et n'éprouvait que le poids des dominations ; qui trépignait de mépris devant les conformismes et demeurait là, bouche bée, bras ballants, à regarder les pièges se refermer ; qui disait vouloir s'extirper de la masse et s'en trouvait toujours incapable. Quelle vie aura cet enfant ?

 

17 janvier 2007

Le vide - sa sérénitude (ou -nité, je ne sais plus)

 

Est-il vraiment possible de n'avoir aucune pensée ? De n'avoir à ce point rien à fixer que nulle pensée n'en pourrait naître ? N'être qu'un oeil enregistreur, une éponge à couleurs, un buvard à sensations ? Laisser venir ce qui vient, ne rien chercher, ne rien vouloir, avancer en mode automatique ? Laisser l'intellect, la culture, le transmis, l'acquis, prendre le contrôle ? Être objectivement sans jugement ? Cela m'arrive souvent: regarder les choses, mais ne rien voir. Lire la presse, s'arrêter sur des choses lues mais sans qu'aucune pensée n'advienne. Pourtant tout est bon à prendre : l'exécution précipitée de Saddam Hussein et celle, techniquement ratée, de  ses affidées ; la spiritualité sarkozienne recouvrée là-haut, tout là-haut, sur les cimes mystico-telluriques du Mont Saint-Michel ; l'exil helvétique des porte-monnaies et le soupçon de trahison nationale afférent ; la fertilité française (signe d'optimisme ou indice de désespoir ? amour de l'enfance ou peur du vieillissement ? patriotisme matrimonial ou repli familial ?) ; la remise par monsieur le ministre des insignes de Chevalier dans l'ordre national des Arts et des Lettres à cette exceptionnelle femme de lettres qu'est Amanda Lear ; les saisons qui n'en sont plus ; la bravitude.

 

Dire, parler, écrire : il faut que la pensée précède — je connais les charmes de l'écriture automatique, avec moi cela fonctionne mal. Mais écrire cela, écrire sans penser, donc écrire qu'il est impossible d'écrire, n'est-ce pas déjà penser — puisqu'on pense qu'on ne pense pas ? Ou est-ce formaliser par le vide l'expression d'un atterrement devant le monde - devant les objets, les simples choses du monde ? Ou est-ce se payer de mots ? Ou est-ce tenter de ré-attribuer à son être une direction — pas même une pensée, une simple direction ? De retrouver ce qui, ordinairement, nous met au diapason ? Tout est vrai, et tout est vrai en même temps, mais à des degrés divers. Selon l'humeur ou l'énergie du moment, selon le désir ou pas que nous aurons de nous sentir participants, la chose sera agréable ou ne le sera pas : on pourra se sentir, non seulement vide, mais creux ; non seulement inutile, mais voué à le demeurer ; on enviera ce héros que devient à nos yeux tout humain agissant ; on détestera se regarder comme une molécule ; on s'allongera comme pour le dernier sommeil ; on attendra la fin du jour. Et puis, parce que le retrait requiert sa petite exigence, parce qu'il est plus fatiguant qu'il y paraît d'être fatigué, parce qu'aucune agitation ne parviendra à nous donner totalement tort ou à nous convaincre tout à fait, parce que l'énergie négative n'est pas moins noble que la positive, ou parce que le vitalisme n'est pas un progressisme, on pourra aussi savourer ce qui, entre deux ombres, pourrait bien ressembler à de la sérénité. Il faudra juste savoir ne pas trop en attendre ; ne pas la confondre avec quelque absolu — le bonheur, ce genre de chose. Accepter que ce qui se pose en soi constitue une pause nécessaire dans le devoir-être. Accepter que cette pause s'impose. Et se préparer à penser de nouveau.

 

8 janvier 2009

Où vont les gens ?

Je regarde passer les avions, de la fenêtre de mon bureau : à l'instant, il en est trois qui viennent de croiser leurs fumées. Mystère des visions et autres réminiscences qui s'inscrivent en nous, j'ai cru, une seconde, que l'un d'entre eux se dirigeait droit sur la tour Montparnasse. L'illusion optique évanouie, les avions ont passé leur chemin, estompant derrière eux une traînée de poudre blanche dans le ciel obstinément froid et bleu. À l'intérieur, des gens, plein de gens, qui ont une autre vie que la mienne et qui, à cet instant précis, s'arrachent à la Terre. Je suis là, moi, bien assis, calé dans mon fauteuil, le regard tourné vers la fenêtre haute ; eux se détachent de ce qui pèse ici-bas, apesanteur. Le spectacle des avions dans le ciel me donne toujours l'impression que les gens fuient vers un avant irréversible. Je suis sûr que beaucoup y trouvent un plaisir assez trouble, mâtiné d'excitation pour le lointain et d'angoisse pour une origine dont rien ne dit qu'ils la retrouveront. Où vont tous ces gens, que vont-ils faire là-bas qu'ils ne peuvent ici, quelle affaire à conclure, quel espace, quel royaume à découvrir, quelle routine ou quelle improbable histoire à vivre ?

14 novembre 2006

Journal du 27 juillet 1994

 

Je continue de feuilleter ces vieux journaux intimes — avant, donc, de les jeter les uns après les autres. Cette note :

 

Dans la nuit. Insomnie. J'écris. Il faut parvenir à habiter la solitude, l'habiter tout entière, dans sa totalité pleine ; se coller à ses parois. Imaginer une pièce carrée, vide, complètement vide et nue, sans autre matière que le vide et la pénombre - ou au contraire une clarté trop grande, trop lumineuse : elle est là, la solitude est là. Il faut s'y engouffrer, ne pas lui laisser, à elle, ce plaisir de nous engouffrer, elle ne demande que ça. Il ne faut pas se laisser habiter, mais l'habiter, elle. Et si possible avec joie.

 

27 septembre 2007

La junte birmane tient parole

 

Ce qui est frappant dans la répression de la sédition birmane, et au-delà de toutes autres considérations politique, stratégique, militaire ou humanitaire, c'est qu'elle aura pour ainsi dire été annoncée officiellement. Ainsi a-t-on pu lire, depuis une semaine, que l'armée préparait la répression sous toutes ses coutures, politiques et logistiques, ou encore qu'elle prévenait les manifestants et tous ceux qui auraient l'infortune de se trouver dans leur sillage qu'elle s'apprêtait à tirer à vue. Ce cynisme n'est possible que parce que nous vivons dans une ère de communication frénétique qui permet, pour peu que l'on ait assimilé le fonctionnement situationniste du temps, d'annoncer l'horreur sans que l'annonce elle-même n'en modifie la survenue. Nul n'ignore ce qui se trame, les puissances terrestres réunies s'en saisissent, les appels et les tractations se multiplient, mais le feu est ouvert dès le lendemain. Et ce qui est fascinant, c'est que la surpuissance menaçante des grands ne déplace pas une virgule des communiqués et des intentions de la junte au pouvoir, absolument et totalement indifférente aux menaces de rétorsion et aux chiffons rouges agités à la tribune de l'opinion mondiale. Cette indifférence est rude à avaler pour tous ceux qui font profession de politique et d'opiniâtreté onusienne, tant le politique ne survit que parce qu'il peut convaincre les citoyens de sa capacité à se saisir du réel et à en infléchir le cours. Ici, les actions de prévention, de précaution, d'ingérence et de négociation, n'auront servi à rien, et toutes se seront heurtées à quelque chose d'incroyablement obtus et borné, au point d'apparaître comme parfaitement irrationnelle aux consciences occidentales.

 

21 mars 2007

Darfour : meeting à la Mutualité

 

L'engagement humanitaire est ce qui reste de l'idéologie quand la politique a failli — ou de la politique quand l'idéologie a failli ; ce qui ne signifie évidemment pas que l'humanitaire soit exempt de considérations politiques ou idéologiques, tant s'en faut. Cette antienne, qui n'est pas récente, est probablement assez juste, et formulée, c'est selon, avec bienveillance, résignation ou dénigrement. Pour ma part, je m'y rallie et m'y suis rallié de bonne grâce il y a assez longtemps déjà : il faut être rudement sûr de soi et de sa pensée, rudement sûr de la pertinence des clivages traditionnels, rudement sûr, encore, de la réalité du pouvoir dit politique, pour ne pas admettre les limites de l'engagement classique (généralement bipolaire). Nul ne pouvant raisonnablement suivre le rythme de la complexification exponentielle du monde, et le politique ne pouvant pas davantage échapper à cette règle, ne nous restent que quelques fondamentaux, dont il est certes facile de sourire mais dont on voit mal comment l'on pourrait leur dénier ce statut : à défaut de sauver le monde, donc, veiller à ce que le martyre des humains ne se perpétue pas dans le plus complet silence, dans le meilleur des cas contribuer à en sauver quelques-uns. Nous en étions là déjà au moment de la Bosnie et du Rwanda : la donne ne se pose pas en d'autres termes pour le Darfour.

 

Le citoyen lambda que je suis a depuis longtemps déserté les lieux et instances du militantisme pour, globalement, se replier. Je vote, je m'informe, je ne refuse pas la discussion, parfois je pétitionne, j'écris : voilà, peu ou prou, ce qu'il subsiste de mon passé militant, un vague sens du devoir. Sans doute nul ne peut déserter sans quelque accès de mauvaise conscience (et il est vrai que les militants sont assez doués pour lester de culpabilité les esprits moins engagés), mais on s'en arrange au fond assez bien. Restent donc les « grandes causes », et ce qui se produit au Darfour, génocide, crime contre l'humanité ou quelque autre appellation qu'on voudra bien lui donner, en est évidemment une. Que l'on me permette toutefois cette digression : le récent déni de génocide en Bosnie, officialisé dans un arrêt de la Cour de Justice Internationale, n'est pas pour rassurer quant à la capacité du droit à qualifier les crimes. À l'heure où la France est plus isolée que jamais du monde et de l'Europe, au moment aussi où seul semble la passionner son devenir hexagonal (comme s'il était indépendant du reste du monde), et alors que le temps électoral que nous traversons n'a sans doute que rarement connu une telle insignifiance, le meeting organisé par le collectif Urgence Darfour, SOS Darfur et Bernard-Henri Lévy aura au moins permis de faire entendre une autre ambition, et d'engager quelques-uns des candidats à l'élection présidentielle. C'est pourquoi j'y étais, pour faire masse, l'hystérie médiatique et la sottise communiquante n'étant sensibles qu'au bruit de la foule.

4 octobre 2006

Fumer, c'est vivre

 

Je vous l'accorde : un tel titre ne s'imposait pas. Toutefois, la provocation étant moins nocive pour la santé (biologique) que quelque émanation dont la loi s'apprête à se saisir, j'ai l'illusion de penser que l'offuscation sera tempérée...

 

À entendre certains commentateurs et/ou militants de l'indiscutable bonne cause (ou simplement à croiser le regard de mes voisins de table au restaurant), entonner, de poignants trémoli dans la voix, leur chant de l'horreur humaine sur terre, j'ai parfois l'impression qu'on s'apprête à évoquer un génocide oublié, une entreprise inédite de terrorisme planétaire ou un acte de torture et de barbarie sur un nouveau-né particulièrement abject (l'acte de torture, pas le nouveau-né), enfin bref, quelque chose dans le genre. Au train où vont les choses, il n'est donc pas absolument déraisonnable de penser que, au-delà de la fiscalité éthique et autres formulaires d'amendes qui se concoctent goulûment au différents étages de Bercy, il s'avérera bientôt nécessaire d'envisager une sanction pénale (avec peine de sûreté, cela va de soi) pour fumeurs récalcitrants. On continuera certes de fumer dans les prisons (on voit mal les matons empêcher un trafic qui, appréciez la litote, ne les dérange pas), mais au moins le Mal sera-t-il circonscrit aux seuls indésirables, qui pourront donc s'en donner à coeur joie et crever entre eux tout en esquissant dans l'air de voluptueuses volutes.

 

Pour ma part, il y a bien longtemps que quiconque ne m'a plus demandé, comme on le faisait naguère, gentiment, poliment, élégamment : « Monsieur, excusez-moi, pourriez-vous veiller à ce que la fumée de votre cigarette n'affectât pas mon plaisir à dîner ? » (délicieuse injonction à laquelle je me soumettrais avec la meilleure grâce et, je vous prie de me croire, avec le sourire). Non, désormais, c'est regard de guingois, insultes, scandale, présentation des papiers et intervention de la puissance publique. L'idée même que fumeurs et non-fumeurs puissent converser s'est s'évanouie aussi vite que de la fumée. N'en déplaise à l'hygiénisme apolitique et post-moderne, nul ne répond à ce fait incontestable : il y a dix ans encore, la tolérance semblait aller de soi.

 

Par ailleurs, et parce que j'ai (moi aussi) grandi dans le culte de l'intérêt général et de la laïcité, je confesse avoir du mal à supporter que l'espace public cesserait de l'être (public) sous le seul effet d'un mouvement excommunicateur, fût-il populaire et hypocritement arc-bouté sur l'intérêt général ; et on n'ôtera pas de mon esprit, certes aussi encrassé que mes poumons, que l'exclusion de l'engeance fumeuse des lieux publics constitue une négation de la notion même d'espace public. Je n'en suis d'ailleurs pas plus surpris que cela, quand les fantasmes sécuritaires et autres obsessions purificatrices semblent devoir recueillir les suffrages de nos concitoyens unanimes. C'est tout un modèle social, culturel et philosophique qui, tout doucement, très tranquillement, très silencieusement, s'effrite.

 

L'allergie à la fumette, n'est pas discutable : on a le droit de ne pas supporter telle ou telle chose de la vie en société (moi-même, je ne supporte plus grand-chose) ; ce n'est d'ailleurs pas un droit, mais un fait. Mieux : nul ne conteste le mal qui s'ingère en nous par l'entremise des tiges à cancer. Je constate simplement que nombre de non-fumeurs se comportent de plus en plus comme des anti-fumeurs, ce qui, vous l'admettrez, ne correspond guère à l'esprit bon enfant, responsable, généreux, civique et, oui, osons le mot, humaniste, qui accompagne les campagnes anti-tabac (l'inénarrable fumer tue).

 

Que voulez-vous, il se trouve que les plaisirs terrestres ne sont finalement pas si nombreux - et ce n'est certainement pas la société du loisir obligatoire qui va arranger les choses. Un bon bouquin (ça n'emmerde personne, ça surprend juste les braves gens qui nous voient lire seuls au restaurant), un bon verre de vin rouge (d'accord, ça esquinte rudement le foie, mais au moins nul autre que soi ne sent son intégrité physique mise en danger), un bon clope (hic) : divine trilogie. La société, soudainement lucide devant un mal dont nous n'ignorons plus rien depuis cinquante ans, a décidé de jeter son dévolu (et son opprobre) sur les fumeurs. Bah, pourquoi pas... Un jour viendra le tour d'autres engeances malfaisantes : les bovins ? (ne riez pas, il semblerait que, via leurs incessantes flatuosités, leur responsabilité  soit rudement engagée dans le déjà triste état de notre pauvre couche d'ozone) ; les paysans ? (qui élèvent les bovins dont les incessantes flatuosités etc...) ; les vieillards ? (pensez un peu à la Sécu) ; les femmes sans enfants ? (une insulte à la civilisation) ; peut-être les intellectuels ? (une insulte au peuple) ;  trisomiques ? (une insulte au bon goût) ; musiciens ? (trop bruyants) ; les ouvriers ? (trop de sueur) ; les clochards ? (ils font peur aux enfants) ; les Juifs les Noirs et les Arabes (ça, c'est déjà fait) ; les chiens ? (ah non, ça, jamais !) ; peut-être les blogueurs ?

 

21 février 2012

A bâtons rompus avec Eric Bonnargent - Cid Errant Production -

 

L'été dernier, au tout début du mois d'août, se tenait le festival littéraire organisé par l'association Lectures vagabondes, sise dans l'Hérault, dans les vallées de l'Orb, de la Mare et du Jaur, du côté de Lamalou-les-Bains et Villemagne-l'Argentière.

 

Franck-Olivier Laferrère et Virginie Vaylet, à la tête de « Cid Errant Prod », ont profité de cette bucolique occasion pour susciter un échange entre Eric Bonnargent, mon coreligionnaire du blog L'Anagnoste, et moi-même.

 

Voici donc la trace filmée de cette rencontre. Cela vaut ce que cela vaut : c'est l'été, les esprits papillonnent, à côté de nous un producteur de vin installe son stand... Paroles impromptues, donc, mais excellent souvenir.

 


Entretien croisé Marc Villemain-Eric Bonnargent

9 novembre 2006

Charles Nodier forever ?

 

À l'adolescence, les phrases que l'on note dans nos petits carnets sont toujours un peu les mêmes, puisque c'est l'âge où s'agrègent et se compilent les réflexions les plus improbables et les pensées les plus contradictoires.

 

Ainsi notais-je, dans mes carnets du 20 août 1993, ce mot de Charles Nodier, que j'étais allé dénicher, allez comprendre, dans le Larousse mensuel illustré de 1920 : «  À vingt ans, j'ai épuisé la lie de toutes les douleurs et, après m'être consumé dans des espérances inutiles, je me suis aperçu, à vingt ans, que le bonheur n'était pas fait pour moi »

<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 > >>